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Le directeur de l'École normale

5. Le cacique, dans le langage familier des élèves de l'École normale, est le chef de la promotion, et à ce titre, c'est lui qui devient Tintermédiaire autorisé entre ses camarades et l'administration de l'École.

4. De Suckau avait été nommé professeur de philosophie à Saint- Etienne.

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qu'elles résonnent aux oreilles distraites comme le cri de veille qui vient frapper le factionnaire assoupi : Sentinelle, prenez garde à vous! P.... m'a parlé de t'écrire; réponds, si tu as le temps, mais ne te livre pas. Il n'est pas au dixième des vingt degrés qu'il faut franchir pour entrer dans le temple. Levasseur est là, et cet esprit solide me réjouit. Je m'appuie là-dessus, comme un goutteux sur une bonne béquille de bois de fer. Mais Octave que son frère mourant retient à Lille, me manque bien souvent.

Le malheur qui menace mon cher Octave, m'a ramené, ô mes maîtres, à une grave question que j'ai résolu d'approfondir. Est-il possible d'établir sur le panthéisme un mysticisme raisonnable? J'entends par là une satisfaction légitime à cet instinct de l'âme humaine qui lui fait désirer d'être en rapport direct avec l'infini. Il me semble que les prières, les miracles, le commerce perpétuel que les religions entretiennent entre l'homme et un Dieu, puisent toutes leurs forces dans cet instinct qu'elles pervertissent et satisfont du même coup. Comment le faire sans le dépraver? Comment nourrir le cœur sans mentir à la raison? Octave m'a souvent fait cette question. Non, lui dis-je, il y a un mysticisme scientifique; le vrai a sa grâce consolante. L'échelle de Jacob qui va de la terre au ciel est brisée; non que Dieu ne puisse pas être atteint, mais, au contraire, parce qu'il habite parmi nous, en nous et qu'il nous touche de si près que toute échelle est inutile. La nature tend au bien qui est le développement de son ordre. Elle y tend sans conscience dans l'arbre qui se redresse, dans l'animal qui aiguise ses grifTes, dans le fœtus qui se forme et se rend propre à la vie, dans la sève qui fermente. Mais elle y tend avec conscience dans l'homme qui aspire à beaucoup savoir et à bien agir. Qu'est-ce à dire, sinon que tu es un animal mystique? L'infini accomplit en toi-même ses plus grandes merveilles, et lu le vois à l'œuvre, tu lui applaudis, tu le secondes, tu le comprends* Tu l'adores par le travail, par

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la douleur bien supportée, par le plaisir sagement cherché; tu t*unis à lui par la science, tu le salues au dehors dans toutes les manifestations de la vie; tu l'écoutés au dedans parler par ta pensée. Tu l'aimes, et, selon la parole du maître, l'amour que tu as pour Dieu est une partie de l'amour infini que Dieu a pour lui-même. Et viens donc maintenant me demander des prières, quand tu es toi-même le prêtre, le temple et le dieu; des miracles, quand toutes tes bonnes actions sont des œuvres divines, des absolutions, quand la satisfaction morale ou le remords viennent, comme la faim et la soif, t'avertir et te faire rentrer dans Tordre universel! La nature divine n'est-elle pas un temple pour le mystique? N'y peut-il entretenir un perpétuel commerce avec Tâme universelle, se mêler au chœur et chanter à Tunisson? Écouter dans un bois les jeunes oiseaux qui chantent, voir les feuilles s'ouvrir au soleil et sentir en même temps dans notre pensée Dieu se réjouir de sa vie, et s'enivrer de son éternelle floraison., n'est-ce pas là l'hozannah dont parle l'Évangile, le vrai psaume digne des bienheureux, l'adoration convenable et douce au vrai Dieu, en ce monde et ailleurs, partout où il végète, respire et pense?

Pardon, mon maître, de cette poétique intempérance. Mais Dieu ne saurait se louer de sang-froid ni montrer sans orgueil son inépuisable richesse à ceux qui Taccusent de ne pas suffire au cœur de l'homme. Mais dis-moi toimême ce que tu en penses? Si dans ce trésor tu découvres une parole de plus, apporte-la et tu seras le bienvenu.

Qu'as-tu autre chose à faire, cher ami, dans ce pays barbare? Comme Ovide chantait Rome, tu dois philosopher et errer dans notre fantastique patrie le beau pays qui n'est jamais en étal de siège, où la libre pensée erre sans passeport, loin des Saint-Cyriens ivres jet de leurs ennemis non moins grossiers ! Je sais bien que tu passes dans cette splendide région le meilleur de ton

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temps; je le sais — tu vas rire, — parce que je t'y rencontre et que je n'y peux mettre les pieds sans t'y retrouver. Tu as une cabane où Spinosa vient prêter une voix à la substance, où Burdach vient causer de la nature. Ils sont divins, ces sages qui jouissent de l'ubiquité, qui m'instruisent à Paris pendant qu'ils le consolent à Nevers, et qui brillent comme le soleil, non pour tout le monde, hélas I mais pour des yeux détachés de la terre, c'est-à-dire des brillants uniformes, des reines de salon et de la politique. Je te loue de quitter Nevers pour le pays des visions ; mais loue-moi aussi de me dérober à ma prison pour m'attacher une paire d'ailes et aller te rejoindre aux régions éternelles. J'imite Gulliver tâchant d'arracher les chaînes des Lilliputiens. Ah! les habiles petits bonshommes ! Que de liens artistement noués, quel enchevêtrement de lacets perfides! Un thème grec à faire, un journal à lire, une sortie à employer; et me voilà sur la terre redevenu active fourmi, rivale d'autres fourmis, usant ma vie dans cette ridicule concurrence, dans cette course au clocher d'insectes. Fi donc! Et pourtant où seraient les délices de la patrie, si on ne la quittait pour la désirer plus vivement? Où serait l'ivresse de la philosophie, si l'on n'était que philosophe, de la science, si l'on savait toute chose de toute éternité ! Mieux vaut rompre par instant la chaîne pour la reprendre et pour la rompre encore. Mieux vaut t'écrire une heure pour retourner à Burnouf, avec l'espoir de le quitter pour te lire et t'écrire encore.

P.-S. — Ne t'inquiète pas de voir ma lettre décachetée, puis recachetée. J'ai voulu réparer un oubli. Mon héros est enfin loué*, et convenablement loué. Un bon juge m'a presque garanti le succès ; attendons au mois d'août, et d'ici là n'y pensons plus.

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