Ibid., p
avez dépassé mon attente. Il n*y a que vous pour unir à ce point la solidité des arguments au charme de la forme littéraire. Ce n*a été, du reste, qu'un cri de satisfaction et de surprise. On affirme que vous avez fait reculer les auteurs et souteneurs du projet. Dieu le veuille! Sans quoi, vous et moi, nous risquerions, avec bien d'autres, de redevenir des repris de justice.
Tout à vous de grand cœur,
MOKTALEUBERT.
Mercredi, !*■• septembre 1863.
Mon bien cher ami,
Merci de votre bonne lettre. Je vous croyais à Broglie et je vous y ai écrit hier, averti par ma fidèle portière du voyage de Gand et hors d'état de vous y suivre. J'ai précisément pour ce moment-là un rendez-vous à l'autre bout du monde, c'est-à-dire à Marseille, et je ne puis le manquer. Ma conscience et mon amitié sont en repos, puisque je vous vois partir fortement et agréablement accompagné ; mais je suis au regret de n'être pas du voyage. J'aurais sûrement cédé à l'envie de pérorer et de renouer avec la démocratie notre liaison intermittente, si cette puissante dame avait bien voulu nous sourire. Je regrette donc les discours que j'aurais pu faire et les bonnes causeries qui nous auraient consolés de nos discours. Mais je suis pris à ne m'en pouvoir dédire, et je ne serai libre que lorsque vous serez revenu. — Mille amitiés autour de vous et à vous.
Paevost-Paraool.
Bourg d'Iré, 42 décembre 1863.
Monsieur, une crise névralgique me tient encore sous sa griffe et me laisse à peine la faculté de dicter quelques mots ; mais j'aime mieux vous paraître imbécile qu'ingrat, et, d'ailleurs, il me semble que je me guérirai un peu, en vous remerciant. Vous m'avez comblé. Je vous demandais à peine la simple mention d'un fait, et vous m'avez accordé un article, un de ces articles qui, même courts, sont complets, parce qu'ils sont toujours exquis.
Ahl Monsieur, comme vous parlez de Dieu et de ses consolations, du cœur et de ses plus tendres charités, en homme qui s'y connaît! Comme Mme Swetchine vous avait bien deviné dans la prédilection qu'elle vous voua dès votre première apparition I Aussi, permettez-moi de vous assurer que, bien au-dessus de moi qui vous rends grâce, c'est elle qui vous bénit, et laissez-moi vous serrer les deux mains comme un très ancien ami, qui ne peut plus manquer de vous demeurer fidèle.
Falloux.
Lundi, !•■• août 1864.
Mon cher Octave,
Je suis bien heureux d'avoir de tes nouvelles et bien fâché de ne t'espérer — comme on dit ici — qu'en septembre, car je pars le 25 et ne reviendrai que le 1®"^. Je compte te garder ici chez moi, où la place est grande, et
le faire tant causer et promener que tu ne t'en iras plus. Je ne me console pas de ne pas t'avoir ici où l'on vit si libre, si seul si l'on veut, et dans un admirable pays. J'ai tant de clioses à te conter!
Sur le désir de ma femme, j'achète ici une maison, et c'est par économie. De plus, je t'écris dans un grenier que j'ai connu trop tard, puisque c'est le seul coin d'Étretat où j'aie le courage de travailler. J'ai entrepris mon livre : Démocratie et Liberté, Il serait fini, si j'avais connu ce grenier deux mois plus tôt. J'ai corrigé à Paris l'épreuve de l'Introduction de Montaigne^ qui fait deux feuilles juste, soit huit cents francs, si ces gens -là payent, ce que j'ignore.
Ma propriété n'est pas le vol; elle vaudrait quatre sous au lieu de huit mille six cents francs, que ces quatre sous me resteraient, tandis que l'argent comptant aurait disparu dans les dépenses de chaque jour. J'aurai une pierre à moi pour reposer ma tête, un asile en temps de calamité publique et de dégoût, et tu t'y enseveliras un jour avec moi. Mille tendresses.
Anatole.
Jeudi 5 janvier 1S65.
Monsieur,
Voici un petit volume qui vous est bien dû comme û l'écrivain de notre temps qui a le mieux parlé des mêmes sujets, et qui devrait le plus décourager rimitation, si la jeunesse n'était toujours imprudente et souvent condamnée, sous peine d'oisiveté, à répéter ce qui a été mieux dit avant elle*. Mais votre ancienne bienveillance