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Chap. III, p

2. a Prevost-Paradol,ilit Maxime Du Camp, n'avait jamais demandé, en réalité, que la liberté ; il l'avait; il l'accepta, s'y rallia et fut conséquent avec lui-même. » (Souvenirs^ t. H, p. 405.) — a Au fond, écrivait M. Sarcey dès 1863, il aime par-dessus tout le gouvernement parlementaire pour lui-même, et il est probable que si l'empereur voulait ou pouvait couronner l'édiiice, il se rallierait franchement au régime impérial, i

voies, sans s'alléger de sa conscience? » Ajoutez qu'avec la grande majorité de la nation, qui avait adhéré au plébiscite, il ne doutait pas de la sincérité de l'empereur. Au lendemain de l'organisation de l'opposition constitutionnelle, Napoléon III avait accepté ce qu'on appelait le programme des cent seize. Le champ ne resterait-il pas à ceux qui combattaient ses idées, si ceux qui les approuvaient ne s'en emparaient pas tout de suite avec lui?

Tel est le langage qu'il se tenait, et qu'il tenait à ses maîtres comme à ses amis. Parmi ceux-là même qu'autour de lui retenait l'expérience politique ou la froide raison, n'en était-il pas qui se montraient prêts à pardonner à l'empire le vice de son institution première, ses passions et ses fautes, pour s'associer à l'entreprise libérale que le pays éclairé soulignait manifestement de ses vœux? « Après tout, disait Doudan, le jeu en vaut bien la chandelle.... L'empereur rentre chez lui fatigué, revenu des chimères, repris par les sentiments naturels de famille, de conservation, se félicitant peut-être de n'avoir plus un monde sur les bras ou sur le dos, comme Atlas, et de pouvoir se reposer de temps en temps en rêvant la gloire sensée du petit nombre de ceux qui dans l'histoire ont limité volontairement les pouvoirs qu'ils avaient entre les mains. Il faut se tenir en espérance. » Pensait-il à Prévost -Paradol quand, dans l'intimité, il ajoutait : « Ne refusons pas notre affection et nos vœux à ceux qui se prêtent à un essai loyal »? Aujourd'hui, de quelque façon qu'on raisonne, ce qui est sûr, c'est qu'on ne se trompe point, en ne prêtant à Prevost-Paradol rien de médiocre. Scherer l'a dit avec autant de justesse

que de force : « Sa nature entière répugnait à la bassesse ».

C'est Tambassade aux Etats-Unis qui lui avait été réservée dès les premières négociations de ralliement. Cette mission lointaine, et dont la durée était limitée par son objet, — une simple question de tarifs à régler, — avait l'avantage de « le mettre à récart jusqu'à ce que le cours des événements se fût définitivement réglé, et de lui donner quelque temps de repos avant les élections qui le feraient entrer au Parlement ». Le 12 juin, il était nommé. Quelques jours après, l'empereur et l'impératrice le recevaient en audience de départ. Sur une note prise au crayon, le lendemain, presque sous sa dictée, je retrouve, dans leur désordre familier, les indications suivantes : « ... L'impératrice, après quelques moments d'entretien banal sur les traités de commerce, les douanes, les tarifs, — une leçon qu'elle avait apprise le matin, — abordant brusquement le sujet qui hantait son esprit, discourant avec une extrême abondance et une passion extrême — ici tout coulait de source et sortait du cœur — de la Prusse et de représailles, comme si nous avions quelque injure à venger, de la nécessité pour la France de reprendre rang, comme si nous étions sous le coup d'un complot européen, adorant son fils, prête à tout faire pour préparer son avènement, encore mal éclairée sur la portée de la politique du 2 janvier, ayant son parti de cour. Bien voir de ce côté, le jour où nous ferons quelque chose.... L'empereur très affable et préoccupé de plaire, conversant librement et naturellement, en homme déchargé, heureux même de courir, après toutes les autres, cette suprême aventure, un peu

triste (serait-il gravement malade, comme on en a répandu le bruit?), parlant avec sagesse du couronnement de Tédifice, de la presse, des services qu'elle 1 end en Angleterre, des passions qu'elle suscite en ï'rance, de la manie qu'elle y entretient de discuter la forme du gouvernement. Une lettre de Gambetta avait paru le matin.... C'est la république prochaine, dit l'empereur. — Que voulez-vous. Sire? Il y a là trois ou quatre gouvernements qui attendent, le chapeau à la main, la grande faute qui leur permettra d'entrer. — Il avait sur sa table la France nouvelle..,. Il déclare qu'il veut la paix : nous ne pouvons affronter la guerre que les mains pleines d'alliances. Son dernier mot : terminez l'affaire des tarifs, et revenez prendre votre place dans le gouvernement. Granjl éloge de lord Clarcndon, l'homme le plus aimable, le plus fin, le plus habile. Il a aussi beaucoup de goût pour Ollivier.... »

La passion de l'impératrice avait frappé Prevost- Paradol : pourquoi ces discours sur la Prusse? répétait-il en revenant de Saint-Cloud. Mais le langage si net de l'empereur avait fini par dissiper son inquiétude. Heureux des assurances qu'il avait recueillies de la bouche même de Napoléon III, il s'était empressé d'en faire part à ses amis. La veille de son embarquement à Brest (30 juin), un organe officiel les confirmait en termes exprès : « Jamais, écrivait-on, le. maintien de la paix n'a été mieux garanti sur le vieux continent ». La question des tarifs était mûre et facile à résoudre. Prevost- Paradol se voyait, libre de tout souci d'affaires, renouvelant et enrichissant le trésor des observations recueillies par Tocquevillc sur le Nouveau Monde. Des rêves de mariage pour sa fille aînée

qui l'accompagnait, pour lui-même peut-être — il était veuf depuis dix-huit mois, — se mêlaient à ses visées politiques. Comme le Glazomène de Vauvenargues, « Tespérance commençait enfin à flatter sa peine ». Les attaques de quelques inimitiés persistantes n'étaient plus qu'un stimulant à son activité. « Je tâcherai, disait-il, pour me revancher de leur méchante volonté, de faire que tout aille ici assez bien pour qu'ils en entendent parler. » Ces lignes, empruntées à une lettre de Louvois, il les avait, avant son départ, écrites de sa main, sur le premier feuillet d'un carnet destiné à recevoir ses souvenirs intimes. C'étaient les seules que nous devions y trouver! Il n'avait pas franchi l'Océan qu'un télégramme, devançant son arrivée, annonçait que le conflit avec la Prusse venait d'éclater. « La guerre? N'est-ce pas, c'est la guerre? » lui criaient les reporters accourus au-devant de lui ; et la veille de la séance solennelle où il devait déposer ses lettres de créance, les hostilités étaient déclarées. Moins de douze jours après son débarquement, le Lafayette^ qui l'avait amené de France, y remportait sa dépouille.

On a cherché à sa mort des explications diverses : l'accueil réservé des Américains*, la froideur presque malveillante du personnel de la légation franr çaise, les difficultés auxquelles se heurta dès l'abord son inexpérience diplomatique pour le règlement de la neutralité, une insolation, un jeûne prolongé,

1. c Ces Américains sont étranges : ils ne sont pas flattés du tout qu'on leur envoie un homme d'un esprit rare et d'un talent supérieur; ils auraient préféré un prince ou un marquis.... Il y a de singuliers secrets dans les instincts des démocraties les plus altiéres. » X. Doudan, 20 juin 1870.

un trouble dans la circulation du sang dont les premières atteintes s'étaient manifestées Thiver précédent.... Oui, à ce moment sans doute, toutes les souffrances, toutes les mélancolies de sa vie lui remontèrent au cœur, et pas une des circonstances malheureuses qui pouvaient en aggraver Timpression ne lui fut épargnée. Ses enfants étaient à Newport, où il les avait envoyés pour les mettre à l'abri de la chaleur, en attendant qu'il allât les rejoindre. Autour de lui aucun ami. Le soir même où il arrivait à New-York, il m'écrivait : « Me voilà débarqué et tout enveloppé de tristesse. Que je voudrais t'avoir auprès de moi... pour me réconforter doucement, ainsi que tu l'as fait tant de fois ! Croirais-tu que, ce matin, les souvenirs de l'École me hantaient, comme un rêve douloureux et charmant. Que tout cela est loin! Que je suis loin de vous tous! Combien je le sens! Jamais je n'ai eu tant hâte de revenir. » Et personne qui pût répondre à ce cri de détresse, le jour où s'écroulaient toutes les espérances d'un avenir si chèrement acheté ! « N'y a-t-il point , s'écrie-t-il quelque part, tel instant de l'existence où l'on est éprouvé par de si injustes douleurs, frappé par des déceptions si odieuses que le monde et la vie paraissent n'avoir plus de sens, et que notre main se lève comme d'elle-même pour accuser un ciel vide?

Les uns se redressent après de telles secousses; les autres, jamais; mais ces heures cruelles sonnent tôt ou tard pour la plupart des âmes, et quiconque ne les connaît pas n'a point vécu. » Cette heure avait sonné pour lui. Une fois de plus, la fortune semblait n'avoir exalté son ambition que pour la trahir. Mais à l'indifférence qui l'avait de bonne

heure familiarisé avec Tidée de la mort volontaire vint s'ajouter un sentiment qui détermina la crise et la précipita.

A Tannonce de la guerre, Timage du péril qu'il avait prévu, mais qu'il croyait ajourné, se dressa devant ses yeux. Il vit l'Allemagne et la France s'aborder corps à corps, comme deux trains « lancés à toute vitesse l'un contre l'autre », la France jetée à terre, meurtrie, mutilée. Et il ne put supporter la pensée de paraître avoir été trompé, encore moins de paraître avoir trompé les autres, ceux qui le suivaient avec confiance dans sa destinée nouvelle, comme ceux qui ne l'avaient pas vu sans peine s'y engager sitôt. Une fois de plus, ses écrits nous fournissent l'interprétation de sa conduite. « Notre façon d'accueillir la mort, disait-il, fait mieux connaître que tout le reste de nos actions ce que nous sommes. Il y a des exemples d'un certain courage qui se passe de témoins, de lumière, de vanité, de récompense, d'espérance même, qui est parce qu'il est, et qui compte parmi les plus nobles mouvements de l'àme humaine. » Ce courage, il en explique ailleurs la raison profonde. Dans son étude sur Sénèque, après avoir montré, par une analyse d'une rare vigueur, ce que l'orgueil du philosophe romain recouvrait de faiblesse, il concluait: « L'honneur, voilà ce qui, en définitive, a manqué à la vie de Sénèque. Les anciens ne connaissaient pas plus le mot que la chose, tandis que le plus ignorant, le plus humble des Français, a l'oreille toujours ouverte à cette voix intérieure qui le soutient mieux que tous les préceptes. Nul discours, nulle subtilité, nulle distinction n'est nécessaire pour avertir l'homme moderne de ce qu'il lui est interdit de

souffrir. C'est le sentiment de Thonneur qui, dans sa sublime simplicité, et sans lui donner d'autre raison, lui crie : Plutôt mourir! » Ce cri de la dignité, Prevost-Paradol Tentendit retentir au fond de son àme, froidement inexorable ; toute autre idée, toute préoccupation de ses autres devoirs, hélas! s'effaça de sa pensée : c'est au sentiment de l'honneur qu'il se sacrifia.

Des hommages inusités lui furent rendus par le gouvernement américain, revenu de sa prévention d'un jour. Le cabinet tout entier, le général Sherman, l'amiral Porter, représentant, l'un, l'armée, l'autre, la marine des États-Unis, les membres du corps diplomatique, assistèrent à ses funérailles. Les Français résidant à Washington voulurent porter eux-mêmes le cercueil. Un détachement de troupes régulières les escortait.

A Paris, les obsèques eurent lieu le 9 août, trois jours après Reichshoffen; et — dans la foule des amis qu'avait réunis ce rendez-vous suprême, — le cœur écrasé sous le poids des prophéties de la France nouvelle si vite et si cruellement réalisées, on comptait les premières étapes de l'invasion.

Sainte-Beuve s'est un jour ingénié à retracer la vie de Prevost-Paradol idéalement, telle qu'il en comprenait la direction. Le faisant naître vingt-cinq ans plus tôt, il le voyait — sous la Restauration, professeur en Sorbonne applaudi et destitué, — sous la monarchie de Juillet, membre autorisé du Conseil d'État et du Conseil de l'instruction publique, puis brillant député, sous -secrétaire d'État peut-être, cherchant sa voie entre M. Thiers et M. Guizot, M. de Broglie et M. Mole, finalement se fixant sous le drapeau de M. Thiers. Que de fois à notre tour, depuis 1870, ne nous sommes-nous pas demandé, avec l'inquiétude du patriotisme et la tristesse de l'amitié, quel rôle il aurait joué et quelle serait aujourd'hui sa place !

Pénétré pour M. Thiers d'admiration et de respect, Prevost-Paradol l'aurait servi avec dévouement. A l'Assemblée nationale, sa collaboration intelligente et active eût été recherchée dans les commissions d'étude. Rapporteur élégant et concis, il se fût du premier coup révélé, à la tribune, debater de premier ordre, vif et sobre, allant droit au fait, comme dans ses articles, et saisissant l'argument. Nul doute que M. Thiers eût trouvé l'occasion de le faire entrer dans une combinaison ministérielle. Le libérateur du territoire tombé, Prevost-Paradol aurait voté la Constitution de 1875 aux côtés de M. Du-

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faure, et seconde, dans leurs eirorts pour fonder la République parlementaire, Gambetta et Jules Ferry. Mais dans le déroulement si rapide de la politique contemporaine, aurait-il jamais eu son jour de plein épanouissement, cette heure de pouvoir, à laquelle il avait aspiré toute sa vie? Elu en 1871 à Paris, et dans deux ou trois autres départements peut-être, alors que le suffrage universel allait chercher, sans distinction de nuances, tous ceux qui étaient en état de travailler libéralement au relèvement de la patrie, eût-il plus tard trouvé un collège résolu à le prendre tel qu'il se présentait et à le soutenir entre les passions contraires? Ce n'est pas sans raison que Sainte-Beuve le classait parmi les doctrinaires de la Restauration et du gouvernement de Juillet. Il n'avait rien du tribun moderne. La distinction aristocratique de sa personne et de sa parole le rendait peu propre aux luttes de la plate-forme électorale. c< C'est mon métier », disait- il de la tribune en un jour de succès, au cours de sa campagne de Nantes ; et l'événement lui avait bientôt appris que, si le talent ne perd jamais ses droits sur les esprits d'élite, il faut autre chose pour entraîner les masses. Il ne savait pas hausser la voix, ni enfler les promesses; il s'en tenait à ce qu'il avait à dire, il ne disait que ce qu'il se sentait assuré de faire. C'est au Sénat, sans doute, que de prévoyantes amitiés lui auraient ménagé sa place, au moment où la cooptation était une des formes du recrutement de la Chambre haute ; et c'est là qu'il eût pris rang parmi les conseillers d'une politique républicaine large, conciliante et ferme, travaillant à rallier autour du gouvernement national les esprits généreux et franchement ouverts aux espérances d'une société nou-

velle, défendant contre toutes les violences, et en dehors de tout esprit de parti, la France et ses libertés. Et puis, comme il récrivait du fond de la Bretagne, après son échec de 1869, il lui restait l'Académie; il aurait repris « ses projets de travail : à quarante ans , il est temps encore de refaire sa vie ». Ayant recouvré, nous nous plaisons à le croire, la sérénité nécessaire aux études élevées qui étaient le domaiTie naturel de son esprit, il nous eût donné quelques belles pages de plus sur la philosophie, qui avait eu les premiers efforts de sa pensée, ou sur Thistoire, dont il aimait les enseignements.

C'est le juste privilège de ces nobles existences, soudainement interrompues, qu'on n'en peut rien rêver qui ne les honore. Quel accueil Prevost-Paradol aurait-il fait à ces rêves? Faut-il regretter que le temps lui ait manqué pour les accomplir? Aux amis de M. de Tocqueville qui déploraient sa mort prématurée, il faisait répondre par M. de Tocqueville lui-même : « Pourquoi me plaignez-vous?... Mon cœur a battu trop vite, j'ai trop aimé, trop désiré, trop souffert, soit; mais c'était là ce que j'appelais vivre, et en échange de ces émotions qui, tout en nous déchirant, nous élèvent, que m'importaient les longs jours? Quelques années de plus pour quelques pensées de moins ne me semblaient pas si désirables. Chacun son lot en ce monde ; je n'envie celui de personne et je ne mérite point qu'on déplore le mien, puisque ma vie, bien que courte, et mon œuvre, bien qu'inachevée, me recommandent pour toujours aux gens de bien. » Sachons de même, pour Prevost-Paradol, nous contenter de son lot. Il nous eût été doux de le voir, dans sa caiTière pro-

longée, remplir toute notre espérance, peut-être, avec la complète maturité de Tàge, ajouter aux dons merveilleux de sa nature cette énergie de volonté qui sait dominer, modérer, faire patienter les passions les plus légitimes. Mais celui-là est digne, lui aussi, de durer dans le souvenir des honnêtes gens, « qui — pour lui emprunter le mot dans lequel il résumait à vingt ans sa règle de conduite — a fait moins de cas de sa vie que de sa dignité », et ses écrits contiennent assez « de vérités générales éloquemment exprimées » pour consacrer sa mémoire. Prevost-Paradol reste et restera, avec La Boétie et Vauvenargues, « dans cette famille des Hoche, des Desaix, des Marceau de la littérature et de la politique », comme il les appelait, qui, après avoir hrillé d'un vif et trop rapide éclat, laissent de leur talent une idée encore supérieure à leur œuvre.

CHOIX DE LETTRES

CHOIX DE LETTRES

21 mars 1849.

Voici une phrase de la lettre vers le milieu de la troisième page : a Est-ce que la nature et l'homme sont une même chose et, à certains moments, rentrent tous deux dans cette unité primitive et absolue, d'où ils sont sortis pour leur malheur? »

Le jour, cher ami, où le : Est-ce que? et le point d'interrogation auraient disparu pour toi de cette belle phrase, qui contient toute une philosophie, toute une morale et toute une politique, sera le jour où tu te seras le plus rapproché des opinions de ton ami. Au milieu du grand vague qui domine dans mon esprit, se sont à peu près dessinées ces grandes hgnes : l'unité de l'homme et du monde, l'identité de la vie qui est en eux, la sagesse et l'éternité des lois qui les régissent ou plutôt qui les régiraient, si l'homme, par sa volonté, n'avait brisé pour lui la loi commune et corrompu une partie de la nature. Tout cela, cher ami, te paraît un peu obscur;

1. Taine était alors à TÉcoie normale, où il est entré en 1848. Prevost-Paradol se préparait à y entrer et faisait sa philosophie au collège Bourbon (lycée Condorcet).

je vais, si je puis, te Téclaircir; et alors tu connaîtras, non pas mes convictions, je suis bien loin de ce grand mot si superbe et si tranquille, mais mes hypothèses et les tendances de mon esprit.

Je commence par mettre de côté certaines choses qui ne sont pas de mon ressort et qui te regardent particulièrement, telles que l'existence de Dieu, les problèmes relatifs à notre âme spirituelle, et, en général, toute la métaphysique ; je crois, d'ailleurs, que la solution de ces problèmes, quelle qu'elle soit, n'influe en rien sur le système que je te veux rapidement exposer; et une des grandes raisons qui me le rendent acceptable est qu*il les laisse insolubles, sans s'en inquiéter ni s'en dérober les prodigieuses difficultés ; car je ne les regarde pas moimême — comme tu me le dis un peu malicieusement, — sans en être ébloui; au contraire elles m'éblouissent tellement que je ne veux point les regarder.

Quelle que soit Torigine du monde, prenons-le tel qu'il est, et examinons-le avec toute la clarté de la science moderne. Qu'y voyons-nous? Nous sommes ici d'accord : une matière diverse en apparence, qui forme les minéraux, les plantes et les hommes, mais qui n'a pas de forme arrêtée, et qui, comme un grand fleuve, passe sans repos à travers toutes les figures des êtres par divers canaux qu'on appelle la naissance, la mort, l'alimentation, la combustion, la pourriture, tous noms qui n'expriment que les changements d'état de cette matière. Dans cette matière faussement divisée en matière organique ou inorganique, on avait aussi faussement distingué deux forces : les forces qui font le mouvement de la matière inorganique et les forces qui font la vie de la matière organisée. Maintenant voici ce que la science laisse voir, si elle ne le dit pas; voici ce que les savants se disent tout bas, ce que plusieurs ont avoué, ce que pressentent les poètes, ce qu'a chanté Lucrèce sans le savoir, ce qu'a chanté Virgile, ce que tu sais et ce que je crois.

Il est un fluide, — spirituel, si par spirituel on entend ce qui ne peut ni se peser ni se saisir, ce qui agit d'une manière inexplicable sur la matière, — matériel, si tout ce qui n'est pas l'âme de l'homme est matériel, et s'il est prouvé que l'âme de l'homme n'est pas une étincelle de ce fluide, — il est, dis-je, un fluide que nous désignons sous les divers noms de lumière, chaleur, électricité, magnétisme, galvanisme, attraction, effets divers d'une même cause, noms variés de ce principe universel qui est la vie de l'univers, et qui, réuni et concentré par places en foyers qu'on appelle soleils ou étoiles fixes, nourrit par ces mille sources ardentes et inépuisables des groupes de mondes comme le nôtre : voilà mon univers. Si Dieu existe, et je suis entre les deux difficultés de ne concevoir ni l'existence de cet être singulier, ni le monde sans cet être, s'il existe, cela ne m'embarrasse nullement, car ce monde tout matériel, si tu veux, où l'homme n'est que la première des créatures, ne me semble en rien indigne de lui ; je crois même cette œuvre, pleine de vie et d'unité, plus belle et plus grande que ces mondes de carton, ce monde en ménagerie à l'usage de l'homme, par lequel on veut prouver l'existence de Dieu. Du monde ainsi conçu découle, selon moi — je veux dire selon le système qui me tente le plus — une nouvelle politique, et par-dessus tout une nouvelle morale. Écoute, en effet, mes rêveries, qui sont celles de bien des gens; mais songe que je t'écris tout cela au courant de la plume avec le moins de mots possible et sans autre prétention que d'être compris. Avant la fin de l'année, j'espère te montrer tout cela en quelques pages correctes, châtiées et aussi dignes de ces grandes choses que je pourrai, faible atome que je suis, misérable étincelle raisonneuse détachée pour un moment du foyer et qui doit bientôt s'y confondre pour en jaillir de lîouveau. Écoute donc les conséquences de cette doctrine. S'il n'y a pas de Dieu, . toutes les idées de devoir, dévouement, sacrifice, périssent

iU PREYOST-PARADOL.

avec lui et le problème se réduit à organiser notre vie ici-bas en vue du bonheur commun; s'il y a un Dieu, quelle apparence que, dans ce monde si un, si régulier, si bien dans ses voies, où chaque chose a sa loi et est heureuse en la remplissant, l'homme soit le seul être qui n'ait point la sienne et qui erre malheureusement au gré de ses caprices? Mais n'a-t-il pas en lui le désir qui est chez lui la preuve de la loi commune, son mode particulier d'attraction? Que faire? Suivre sans remords le désir et les passions, ou comprimer par une lutte incessante le désir et les passions par la volonté et la morale? Si vous lâchez la bride aux passions, voilà la société actuelle à bas; si vous les combattez par la volonté, l'homme est l'absurde et inexplicable théâtre d'une guerre éternelle et douloureuse : absurde, s'il n'y a point de Dieu, car c'est une fausse idée du devoir qui l'empêche d'établir la paix en lui; inexplicable, s'il y a un Dieu, car tu ne crois pas plus que moi que ce monde doive être une vallée de larmes et que le mal soit un présent de Dieu. S'il n'y a point de Dieu, c'est à nous à accorder sans scrupule le désir et la volonté et à accommoder la société à cet accord et par conséquent au bonheur; s'il y a un Dieu, nous devons avoir notre loi comme la terre, l'eau et le feu ; il ne s'agit plus que de la trouver et d'être heureux par elle.

Qui ferons-nous pher à cet accord? Le désir ou la volonté, les passions ou la morale, la nature de l'homme ou la société? Évidemment la seule chose changeable et docile, la morale et la société. Quel est donc le principe, le point de départ? Le voici. L'homme a en lui le désir qui se manifeste par les passions qui sont en ellesmêmes aussi légitimes et aussi salutaires que le feu des soleils, le courant de l'eau et la marche des mondes, mais que Tignorance des véritables lois de leur développement nous force à tenir en bride par la morale pour le salut de la société. L'homme n'étant pas né pour ce rude

combat et pour cette éternelle misère et devant chercher à s'en délivrer, voici le problème : trouver les lois du développement naturel des passions humaines et régler sur ces lois un ordre de choses où l'homme trouve le bonheur par l'accomplissement de sa réelle destinée.

Je t'ai exposé en courant un assez grand système, commode, puisqu'il se passe de ces solutions difficiles que tu poursuis et qu'il se trouve également bien des solutions contraires; inoffensif, puisqu'il ne fait que poser un problème de ce genre : étant donnée la vapeur, trouver la machine. Je te le livre et je te supplie de m'en parler longuement, et sans intervention de la métaphysique. Je n'ai rien de nouveau dans ma vie, sinon la lecture de Raphaël qui m'a singulièrement ému : lis-le, et tu sauras pourquoi.

Tout à toi,

Prévost.

26 mars 1849.

C'est une coutume générale, en ce siècle systématique et absolu, de faire une histoire à l'usage d'une opinion. J'en avais usé moi-même dans ma dernière lettre, faisant sortir la véritable philosophie de la vraie physique et de notre nouvelle intelligence du monde. A ton tour, tu divises hardiment la philosophie en trois époques, afin d'avoir le droit de me placer dans la première et de me tendre la main du haut de l'échelle. Fourier, que tu crois mon maître, a fait au commencement de son grand ouvrage, qu'il faudra lire quelque jour, une sorte d'histoire du monde qui le fait arriver fatalement et nécessairement à son système; M. Proudhon publie une série d'articles qui fait sortir directement du Polythéisme et

du Christianisme la banque d'échange et labolition de la rente. Je ne discuterai pas ton histoire, puisque tu ne réfutes pas mon opinion probable. Et d'ailleurs à quoi bon? Le paragraphe qui la termine pourrait servir de résumé à ma philosophie, si tu n'avais si brutalement séparé la matière de l'esprit. L'unité radicale de l'homme et de toutes choses, l'identité fondamentale du plaisir et du devoir, de la liberté et de la nécessité, voilà ce que j*ai voulu dire, voilà ce que j'aurais dit, si je savais manier comme toi cette divine langue de la philosophie. J'ai réuni l'homme au monde dans la matière; tu réunis le monde à l'homme dans l'esprit, voilà la différence ; je suis panthéiste matérialiste, tu es panthéiste spiritualiste, et voilà tout ce qui nous sépare. Mais comment se fait-il que nous en venions tous deux par des voies différentes à cette unité de l'univers, à cette identité du plaisir et du devoir que je t'ai envoyée et que tu me renvoies? Nos religions différentes auront-elles le même symbole? Oh! que je passerais volontiers de mon unité à la tienne, si tes arguments me parlaient aussi fort que la pile de Volta qui fond l'or et m'ébranle les nerfs, si le monde et moi n'étions poussés par les mêmes désirs et la même destinée. Si j'osais entrer en lice avec toi, je nierais que ce que tu appelles spirituel te représente réellement quelque chose. Ce mot lui-même veut dire souffle, force, électricité, tout excepté celte chose inconcevable et innommable à laquelle tu veux rattacher les réalités de ce monde. Et après tout, quoi de plus spirituel que celte force invisible, intangible, impondérable, inépuisable, qui remue toutes choses, qui perce les murs, parcourt en un temps inappréciable des espaces infinis, qui fait enfin tout ce que fait cette pensée dont tu es si fier que tu la veux d'une nature unique et supérieure à l'univers. Ta pensée franchit-elle le monde en moins de temps que le grand fluide? Agit-elle sur ton corps plus vite et par une puissance plus mystérieuse que le grand fluide sur la

matière? Les Cartésiens, les Malebranche, ne peuvent se décider à faire agir la volonté sur le corps : qu'ils voient le fluide remuer les montagnes et qu'ils l'expliquent. Mets là une pile de Volta. Vois-tu séparés ces morceaux de cuivre, de zinc et de drap; ils ne disent rien, ils sont morts. Les voilà unis et mouillés, et aussitôt la force se montre, agit. Peux-tu l'arrêter? Crois-tu qu'il dépende de ces métaux d'arrêter un moment leur courant de fluide? Penses-tu qu'il dépende de toi d'arrêter un moment ta pensée qui, constante et suivie, dans la veille, dans le sommeil, s'échappe de toi comme une émanation continuelle et involontaire, jusqu'à ce que la ruine de ta machine et la dissolution de ses parties en arrêtent l'intarissable courant? Craignons que cette grande querelle du matériel et du spirituel ne soit qu'un malentendu. Une telle distinction brise pour moi l'unité adorable du monde et me fait paraître impossibles le bonheur de Thonime et la régénération de l'humanité; elle rend inexplicable et inconcevable cette vie universelle, ce grand fluide suspendu alors entre la matière et l'esprit pur.

Puisque tu m'as parlé de Fourier, je vais te dire ce que j'en pense. Résumant, à son insu peut-être, le mouvement des sciences modernes, il a compris Funité du monde matériel, l'identité des forces qui l'animent et l'existence du grand fluide. Puis, commeGalvani qui, faisant tressaillir les nerfs d'une grenouille au contact des métaux, rejoignait les deux courants de l'électricité minérale et de l'électricité animale et découvrait l'unité de la vie, Fourier, faisant rentrer l'homme dans son rôle véritable, Fécarta des vains problèmes qui l'agitent, des luttes vaines qui épuisaient les âmes stoïciennes, et joignant sa destinée à celle du monde, ouvrit la route où le genre humain doit chercher et trouver sa loi. Une seule erreur, mais humaine, mais naturelle, gâta cet esprit unitaire et absolu ; il crut avoir trouvé cette mécanique des passions, qui est le secret de la création, et comme le mot mysté-

rieux qui ouvre la porte des palais enchantés. Il se trompa, exposa admirablement des enfantillages et se couvrit, aux yeux des sots et des méchants, d'un ridicule immortel. Pour moi, je respecte et j'aime ce génie synthétique qui résuma toute la conclusion des sciences naturelles et qui exprima l'unité du monde et la loi de la création dans cette simple et grande formule : les attractions sont proportionnelles aux destinées.

Tout en cherchant une philosophie, tu en as une. Tu me la montres par échappées, soulevant un coin du rideau, tantôt de ce côté, tantôt de cet autre, si bien que j'ai peine à concilier ces diverses vues et que tu me promets un Protée changeant. Ta conception de la substance concilie logique et psychologie, matérialisme et spiritualisme; tout cela est bien beau. Mais je t'en offrais autant, appuyé sur les sciences qui valent tant d'arguments métaphysiques ! A Dieu ne plaise que je raille tes efforts et tes longues recherches qui vont te prendre la plus belle, la plus active partie de ta vie : il n'est jamais plaisant de voir dévorer un esprit de ta force. Quand tu auras découvert la vérité, lu ne seras plus d'âge à t'en servir pour le bien commun, à moins que, philosophe endurci, tu ne cherches en elle que le repos de ton âme et ton perfectionnement intérieur. Ce n'est pas là ce que nous avons le droit d'attendre de toi. Tu dois au monde, sinon ton concours bruyant, du moins ta simple et franche adhésion aux maximes qui doivent, je le crois, régénérer le monde. Tu as vu comme j'écartais avec soin de la question la querelleuse métaphysique qui est, en effet, hors de cause : ce n'était pour moi qu'une question d'histoire naturelle et de physique. Tu ne l'as pas voulu, et lu as bien fait, si tu as trouvé mieux. Moi, j'ai fait ce que lu me conseillais; j'ai psychologisé, et c'est la psychologie qui m'a rejeté dans la physique, pour employer ton langage. Désabusé de la seconde époque, je vais aborder résolument la troisième; je vais lire Spinosa qui me semble

ton maître. Je me promets toute l'impartialité qu'il est permis à l'homme de se donner, et je vais chercher de honne foi s'il est deux panthéismes, et si le tien est le vrai. Si je ne trouve là rien qui m'ébranle, je m'en tiens aux doctrines de ma dernière lettre et je leur dévoue ma vie ; c'est-à-dire qu'écrivant sur mon front le symbole de la foi, je châtie, j'achève et je publie les quelques pages que je t'ai annoncées; résolu que je suis à mettre mon existence au service d'une idée pratique, au lieu de la consumer tout entière dans un long et rude voyage vers la lointaine vérité.

Si tu étais un autre homme, je dirais que, sentant en elle la vérité, tu redoutes cette doctrine que les temps ont rendue belliqueuse et qui veut être activement servie; je dirais que tu lui préfères les régions tranquilles d'une philosophie oisive qui, n'influant en rien sur les choses humaines, n'a rien à redouter des hommes. Mais tu n'es ni d'un âge, ni d'un caractère à sacrifier ainsi tes croyances à ton repos ; et ce qui t' éloigne invinciblement d'un pareil accommodement, c'est cet amour violent et» sincère pour la vérité philosophique qui te transporte et qui éclate à chaque ligne de tes lettres. Don Juan avait en lui cet amour pour la femme idéale; il a couru le monde, serrant et brisant de dépit dans ses bras toutes les imparfaites images qu'il croyait un moment aimer; et il est mort, épuisé de fatigue, consumé de son insatiable amour. Qui sait si la vérité absolue, ta chère et pure maîtresse, ne te suivra pas ainsi d'une course légère et éternelle ; si la doctrine que tu serres en ce moment dans tes bras n'est pas une de ces imparfaites images qui ont abusé et reposé un moment l'âme avide de Don Juan, et si, comme lui, tu n'arriveras pas à ton dernier jour, sans avoir atteint ton idéal? Ta vie serait alors perdue, noblement perdue, il est vrai, dans une belle recherche et dans une grande illusion. Mais ce temps de loisir, où les Don Juan pouvaient sans remords brûler ainsi leur vie, est

passé. Alors ils n'étaient que malheureux; aujourd'hui ils sont coupables. Dans la grande lice qui est ouverte et où se débat le sort du monde, chacun doit entrer, à son heure, entrer, combattre, tenir ferme jusqu'au bout. Ton ami n'y manquera pas, à moins que le choléra ne lui donne, en un moment, ou [un repos complet, ou le mot de l'énigme que tu poursuis si vaillamment.

PREVOST-PARADOL A TAINK.

18 avril 1849.

Cher ami, tu me pardonneras d'avoir tardé si longtemps

a te répondre. Mille choses se sont jetées à la traverse,

et par-dessus tout une insurmontable langueur qui me

tient encore assoupi et me rend pénibles les devoirs les

plus agréables. Je suis devenu, mon cher ami, ce qu'il y

a de pire au monde, un esprit paresseux dans un corps

débile. La philosophie, qui fait ton repos, ne saurait faire

le mien : tant je suis déjà mêlé aux choses de ce monde

et engagé avant dans la vie! Mes semaines s'écoulent

dans une sorte de sommeil interrompu par des accès de

passions, qui peuvent se traduire ainsi : je voudrais être

puissant, je voudrais être riche, je voudrais être aimé.

Ainsi se passent huit jours devant les livres ouverts et les

cahiers blancs ; puis arrive le dimanche, agité, fatigant,

inutile, suivi du lundi qui est comme le soir d'une longue

nuit. Je ne sais si tu me plaindras beaucoup, toi qui ne

connais rien de semblable et qui mènes une vie si sage

et si tranquille. Tu cherches la vérité dans une douce

lumière; tu as une foi qui, si elle ne te permet pas,

comme la mienne, de t'intéresser aux choses présentes,

te rend indifférent aux secousses qui nous agitent, aux

expériences qui nous enivrent, aux craintes qui nous abattent.

Je crois connaître ton Dieu. Si ce n'est celui de Spinosa, il en est sans doute proche parent. 11 est assez impersonnel, assez vaste, assez nécessaire pour me séduire, si mon âme grossière pouvait concevoir quelque essence plus spirituelle que le fluide électrique. Encore craindrais-je que ce Dieu, tout immobile qu'il paraisse, ne dérangeât ma morale et ma politique, que tu as si improprement nommée théorie du plaisir, si j'en crois Planât*. Morale et politique si ancrées dans le cœur de l'homme et si établies dans les faits, que c'est par elles qu'espèrent réussir ceux-là même qui font semblant de les combattre. C'est contre l'idée du bien-être que M. Guizot a fait cet immense parti de philosophes et de prêtres confondus par le péril, et lancé sa croisade. Mais quel est son moyen d'action, son programme, sinon la promesse d'une plus grande somme de bien-être, de la paix au lieu de la guerre, de la prospérité au lieu de la ruine publique, du calme au lieu de l'émeute? Qu'on le veuille ou non, c'est un fait désormais que l'idée du bien-être est souveraine du monde et que les gouvernements, qui se croient nés pour la combattre, n'ont de chance de succès qu'en l'annonçant en son nom. Tu sais assez bien l'histoire, tu as assez l'usage des faits pour avoir reconnu celui-là, et je m'é(onne que de ce côté tu ne sois pas socialiste.

Ce mot de socialiste me rappelle une grande perte que je viens de faire et que je ne commence à sentir, selon l'usage, que maintenant qu'elle est faite. J'étais en troisième, et seul, selon ma coutume, dans la grande cour de M. Bellaguet^ Il était arrivé depuis peu en philosophie un

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