M. Jacques était le dii'ccteur de la Liberté de penser
même chose. Moi je réponds simplement : a Veuillez alors m'indiquer une carrière » .
Comme la question n'est pas facile à résoudre, la discussion est remise après le concours, qui pourrait, par un coup de bonheur, lever la difficulté. S'il ne la lève pas, dans un mois nous serons encore délibérant; et ce qui me désespère, c'est qu'il ne sortira de là rien de neuf. Ah ! si je n'avais que moi au monde, conune je prendrais joyeusement la chose, et qu'une carrière à enlever d'assaut me plairait! J'essayerais de la vie et des mille positions de ce monde, parfaitement insouciant et désireux seulement de passer ces quarante ou cinquante ans qui t'effrayent bien à tort, toi qui as ta position faite et ton avenir assuré. Mais j'ai ma jeune et charmante sœur, j'ai un père et une seconde mère, des amis dont je suis fou et que je ne verrais plus, volontairement, si je tombais au-dessous d'eux, enfin mille raisons d'être ambitieux et amoureux de la vie. Cette crise déplorable me fatigue, dans le moment où le repos m'est le plus nécessaire.
Dimanche, 15 juillet 1840.
Mon cher Ludovic,
Une consigne presque générale me relient aujourd'hui à la pension. J'y perds le plaisir d'aller déjeuner avec toi, comme je me l'étais promis ; j'y gagne le temps de t'écrire, comme tu me l'as demandé.
Je le savais l'esprit trop bien fait pour ne pas prendre en bonne part les conseils sincères que je t'ai donnés. Il reste à les mettre en pratique; c'est le plus difficile. Que
le courage ne le manque pas, comme il m*a tant de fois manqué après les meilleures résolutions.
Tu mets parmi les lectures inutiles ou mauvaises, dont je te détourne, G. Sand et Balzac. Loin de là, relis ma lettre et tu verras que je te les recommande, mais en te demandant de les réserver pour tes dimanches et pour tes vacances. J'ai pour ta prison un beau roman qui surpasse tous les autres en intérêt, en pathétique, en terreur, et qu'on ne te défendra pas d'y lire : ce sont les Annales de Tacite. Je crois, en mon âme et conscience, que c*est le livre qu'il te faut. Prends une édition — l'édition de M. Burnouf est la meilleure — où le latin et le français juxtaposés te permettent à chaque instant une comparaison qui te donnera bientôt en version latine l'habitude du latin, en français une phrase vive, concise, énergique. Mais il faudrait être bien malheureux pour n'apprendre que du style dans le"^ commerce d'un si mâle génie. C'est le roman le plus beau, le plus effrayant de tous. Il y règne un ton de tristesse qui, dès les premières pages, t'ira au cœur. Tu ne trouveras nulle part ailleurs ces admirables tableaux d'un temps qu'il faut connaître, pour savoir où tombe une société qui n'a ni l'amour de la liberté, ni l'instinct du droit, ni la croyance au progrès. Il n'est pas de livre plus propre, à mon avis, à élever l'âme et surtout à l'affermir contre les hasards. Il faut te figurer que tu vis en ce temps, que tu joues un rôle dans ce drame, et tu verras bientôt s'accroître ta force et s'élargir tes idées. C'est dans ce livre qu'on apprend à rester libre au milieu d'esclaves, à défier la toutepuissance au nom de sa raison et de sa volonté, à compter sur soi-même et sur soi seul, à être le maître de sa vie et à en faire moins de cas que de sa dignité. Tu as besoin de ces fortes leçons; ton caractère, très léger, très gai, a tout à gagner en se formant à cette école. Je Tai lu, ce beau livre, dans le plus mauvais temps de ma vie, peu après la mort de ma mère et la ruine complète
de ma famille; et tu ne saurais croire ce que j'y ai puisé de force, d^indépendance et d'indifférence pour la mauvaise fortune. J'espère que tu n'auras jamais besoin de tout cela ; mais nous sommes dans un temps où il faut aussi compter sur soi-même et rester libre. Ce n'est plus l'empereur qui se joue de nos destinées; c'est le hasard, la banqueroute, la guerre civile, les fureurs du peuple, les accidents et tout l'imprévu des révolutions. Voilà de l'occupation pour un an ou deux, car cela ne peut se lire à la légère. Pour moi, pendant que tu seras ainsi tranquillement occupé, je serai déjà tristement secoué par tous les tracas de la vie» Si je n'ai pas le prix d'honneur, et c'est un coup de dé, je suis refusé à l'École Normale; et me voilà à vingt ans à la charge de mon pauvre père, à qui sa retraite donne à peine de quoi vivre. Il est bien probable qu'alors je m'engagerai; et vois quel changement dans ma vie, dans mes habitudes de corps et d'esprit. Il faut te préparer à toutes ces épreuves, comme si elles t'étaient réservées, quoique j'espère que l'entrée de la vie te sera plus facile qu'à ton ami. Mais que mon exemple te donne de sérieuses pensées.
Tout à toi, Anatole Pkevost.
16 juillet 1849.
Cher ami.
Un maître d'études qui va composer avec toi et que son métier n'a pas encore rendu l'ennemi de tous les hommes, veut bien se charger d'un mot pour toi. Si tu avais* par hasard le loisir de me répondre, il se chargerait volontiers de ta lettre.
Ce que tu m'écris des examens d'Edouard de SuckauS de rinftuence de mon prix de Tannée dernière, me rassurerait, si je pouvais être rassuré. Mais franchement cela est au-dessus de mes forces, et je m'attends à une catastrophe. Je n'entends pas seulement par là l'échec à l'École, mais les pitoyables suites qu'il peut avoir. Les nouvelles charges que mon père s'est imposées pour moi en venant à Paris, sa tristesse, ma susceptibilité, me défendent de songer à rester chez lui, si j'échoue. Et d'ailleurs qu'y ferais-je? Travailler? Ah! que tu me connais peu! Qu'il te sied de parler de volonté, à toi, qui as vaincu le grec et le latin, sans compter le déplorable effet d'une éducation commencée en province! Mais pour moi, ce mot de volonté n'est qu'une peine, qu'un remords. Je n'ai jamais eu la force de me gêner, je ne l'aurai jamais. Quant à rester chez M. Bellaguet, je ne le ferai pas, sachant que je ne travaillerais pas et que, de ce côté aussi, mon orgueil serait blessé.
Reste l'unique alternative de m'engager ou de passer ma vie, si obscurément que ce soit, en attendant que je m'élève ou que je meure. Pour moi, sans mon père ou ma sœur, sans mes amis, sans mes ennemis surtout, que j'ai l'amour-propre d'arriver à surpasser, je me trouverais bien heureux d'un labeur misérable et d'un petit coin tranquille qui me laissât quelques heures pour travailler à mon gré. Celui qui me découvrira cela m'aura sauvé la vie ; car c'est m'enterrer que de me jeter au régiment. Je me cacherais de tout le monde excepté de deux ou trois amis véritables, et je ne reparaîtrais plus que hors d'affaire.
Voilà mes rêves, en cas d'échec. Tout devient beau et brillant, si je réussis. Deux ans à tes côtés, des livres, du travail, du repos, de l'indépendance, admirable vie à laquelle je n'ose penser. Le tout dépend de ce coup de
\ . Sur Edouai-d de Suckau, voir VÉtude, p. 12.
i64 PREVOST-PARADOL.
dé dii concours; nous verrons. Tu verras aussi que je suis tout autre avant et après le malheur. D'abord plein d'anxiété, d'inquiétude, de terreur, fatiguant de mes plaintes mes amis vrais et laissant mon trouble échapper de toutes parts ; une fois le coup reçu, je ne suis plus que courage, que résignation, disons mieux, qu'indifférence. Fasse Dieu que je n'aie pas à le montrer !
Tu passes ta licence, l'issue n'est pas douteuse. De Suckau doit être épouvanté, s'il compose. Si jamais mon tour vient, j'aurai grand'peur. Quelle triste vie, semée de chausse-trapes et de torrents à passer ! Que nous avons besoin de bras amis et qu'il est doux d'en sentir un vous soutenir !
Mon travail ne peut venir trop tard, à cause de sa généralité qui embrasse non pas les partis actuels, mais les principes éternels des deux partis nécessaires qui déchirent le genre humain. Grâce à Dieu, au contraire, il devient, avec le temps, plus actuel, si j'ose ainsi parler, tant les événements se chargent d'en tirer la conclusion ! De ce côté du moins, j'ai un espoir. Nous verrons s'il sera déçu. Je finirais par perdre ma foi en moi-même, et alors je le dis du fond du cœur, tout serait fmi pour moi.
Je te serre la main, A. P.
De la bibliothèque de l'École, ce aoât 1840.
Mon cher ami, si peu que les jugements des imbéciles m'émeuvent, je n'ose pas braver l'opinion publique en allant te voir, quoique j'aie fini depuis un quart d'heure le plus ridicule thème grec qui ait jamais été fait ici. Je vais attendre, en lisant Virgile, une heure où je puisse
décemment m*en aller, puisqu'il est convenu que sortir de bonne heure est d'un intolérable orgueil.
Demain, les vers latins me retiendront jusqu'à la fin; je pourrai donc t'aller voir, sans blesser la modestie, et te reprendre mon illisible brouillon d'hier. 11 a dû te paraître faible, si j'en juge par moi, qui ne lis avec plaisir qu'une copie propre et régulière.
Je ne sais rien de nouveau sur le concours. Mais ce qui m'afflige beaucoup, c'est que les bruits qui courent ont suffi pour persuader à mon bon père que j'ai le prix. Le coup serait rude pour lui ; et je voudrais savoir cela tout de suite, ne fût-ce que pour atténuer le désappointement, s'il est inévitable.
Après les vers latins, un jour de repos; puis, l'ouverture de ces ridicules boîtes du Concours où mon avenir est renfermé,
A demain.
Tout à toi,
Anatole.
PREVOST-PAIUDOL A LUDOVIC HALÉVY
2 juillet 1850.
Mon cher Ludovic,
Je t'écris par la poste, parce qu'il paraît qu'une lettre que je t'ai esîvoyée par un élève n'est pas parvenue. Tu me dis en effet m'a voir attendu dimanche; or, j'avais répondu tout de suite à ta dernière lettre, pour te dire que je ne pourrais venir. Je ne sais comment la lettre s'est égarée. J'aime mieux la poste et j'en use.
Puisque tu peux sortir dès huit heures du matin, je me ferai un vrai plaisir de te prendre en passant à Louis-le-Grand. Je commencerai volontiers dimanche prochain, 7 juillet; mais il faut m'envoyer des instructions précises et des pouvoirs écrits, si cela est nécessaire.
166 PREVOST-PAUADOL.
Voici ce que je propose : partir directement avec toi de Louis-le-Grand pour Issy, à condition de me laisser partir de là-bas à midi, ou, s'il est possible, avant midi ; sinon, nous attendrons.
Pour moi, je suis tourné maintenant à la tristesse et au découragement. La carrière que j'ai prise, cher ami, est une carrière de servitude. Pas de milieu pour un jeune homme, qui pense comme moi, entre l'hypocrisie et la persécution. Non pas à l'École, où nous jouissons de la plus large liberté de conscience; mais, plus je fais de la philosophie, plus je m'écarte des théories admises et imposées par le Gouvernement, et, à moins de parler directement contre ma conscience, il faudra me faire destituer après deux mois de cours.
Ce n'est pas tout : à l'agrégation, j'aurais à jouer une indigne comédie, écrivant et disant le contraire de ma pensée, sous peine de briser ma carrière. Enfin ferais-je toules ces vilenies à l'agrégation et dans ma chaire, que mes idées philosophiques, bien connues, me feraient écarter du haut enseignement et briseraient mon avenir. Voilà, mon cher ami, ce que serait pour moi l'enseignement philosophique : 1" trois ans d'ergoterie à l'école ; 2" une indigne comédie à l'agrégation ; 5° dans ma chaire, hypocrisie ou destitution, et mieux, destitution à coup sur. Cela est pour moi plus clair que le soleil.
Et cependant j'ai peine à quitter la philosophie pour la littérature; car l'histoire est impossible avec une année de perdue, à cause de l'incroyable amas de faits et des tours de force de mémoire que cette agrégation demande. En outre, c'est me détourner de ma vraie carrière, qui est la philosophie. Enfin, c'est tromper Fespoir de cet excellent M. Vacherot, qui m'a poussé à la philosophie, et qui maintenant, tout à fait affligé de mon changement, cherche à me rassurer et à me retenir.
Je ne sais que faire et je suis désespéré. De toute façon, e vois un menaçant avenir, plein de combats et d*épreuves.
Dieu sait si je les cherche et si je n'aimerais pas mieux faire des opéras avec ton oncle ! En attendant, je languis et le temps passe ; et ma pauvre jeunesse, sans plaisirs et sans mouvement, se consume dans de misérables querelles qui ne valent pas celles des hérésies du moyen âge. Puisse la tienne se mieux passer !
Je ne suis pourtant pas d'un caractère à me laisser mener par la fortune et je tenterai de la brusquer. Il est possible que j'emploie toutes mes vacances à quelque grand travail, qui me tire du fond de mon marais. Si je pouvais » me passer de l'Université, je laisserais là de grand cœur ces disputes, ces hypocrisies et cette intolérance, et je jouirais de la hberté pour ma conscience et pour ma plume.
Tu ne me dis rien dans ta lettre de ta vie de collège. Travailles-lu ? Espères-tu pour le concours? Tout cela m'intéresse comme pour moi.
Anatole.
7 septembre 1851.
Mon cher ami, nous voici au 7 septembre, et je n'ai pas de tes nouvelles ; cela est contraire à tes promesses et de plus me donne lieu de craindre que tu ne sois pas allé aux bains de mer. Ton frère serait-il plus malade? N'aurait-il pas voulu t'y accompagner, et cela aurait-il suffi pour te faire oublier à toi-même les menaces du docteur Paulin? Enfin que deviens-tu et pourquoi n'en sais -je rien?
J'ai de mon côté une grande nouvelle à t'apprendre. De Suckau est reçu le premier à l'agrégation. — Allons donc, diras-tu! Et Taine? — Taine, mon cher ami, est tout
168 PREYOST-PARADOL.
simplement refusé, après les examens les plus brillants, les mieux soutenus et les plus solides que j'aie vu passer en Sorbonne. Notre pauvre Edouard est tout honteux d'avoir vaincu son maître, et pourtant il n'y a pas de sa faute; il a très sagement, mais très loyalement passé. Je n'ai pas entendu de lui une seule parole qu'il eût fallu désavouer dans l'intimité. Il a fort bien parlé, avec une convenance parfaite, avec beaucoup de sens et de facilité, je dirai même de charme. Bref, il a séduit les juges par son savoir, son laisser aller élégant et par la douceur germanique de son débit. Mais ce sont là des qualités d'enfant à côté de la force, de la clarté, de la correction, de la logique et de la hauteur de mon ami Taine, Tu ne saurais croire, cher ami, quel effet il m'a produit, combien j'étais fier de lui et quelles espérances il me donne pour l'avenir. Je ne le connaissais pas encore si souple, si nerveux, si clair et surtout si à son aise. Il était là le maître, et il y avait un peu de respect dans l'attention qu'on lui prêtait. 11 a la parole très régulière et cependant très animée; il y a dans son débit une chaleur contenue, une flamme intérieure qui donne la vie à tout ce qu'il touche. C'est la passion qui a la raison pour vêtement. El comment ont-ils fait pour le refuser? Écoute la vilaine histoire, et félicite-moi d'être sorti, l'an dernier, de ce mauvais lieu de l'enseignement philosophique.
Tu sais que les épreuves orales se composent pour chaque candidat de deux argumentations et d'une leçon. Taine fut désigné par le sort pour argumenter Edouard. Te dire la douceur, l'amitié et la persuasion avec laquelle Taine se montra supérieur à lui, sans le rabaisser d'une ligne, serait impossible. Bref cette épreuve leur faisait beaucoup d'honneur à tous deux, mais Taine avait le dessus. Le hasard désigna X... pour argumenter Taine, la question était : Preuves de Vexistence de Dieu dans Bossuet. Tu vois que le hasard jouait de mauvais tours à Taine. 11 pose sa thèse, parfaitement inattaquable, X...
Taltaque alors avec une emphase ridicule sur Tomission dans sa thèse de la Providence, sur la tendance impHcile qu'il semblait avoir à confondre Bossuet avec Spinosa. Enfin tu ne peux te figurer une attaque plus déloyale, plus lourde, plus lâchement persistante. Il déclamait tant que le bureau Tinterrompit plusieurs fois. Taine d'ailleurs s'en tira admirablement; et les juges avouent maintenant à qui veut l'entendre, qu'après les argumentations, Taine tenait sans contredit le premier rang. Le lendemain, Taine fait sa leçon sur l'objet de la morale. 11 la fait à l'École le matin, devant de Suckau, et plusieurs autres : tous la trouvent excellente. Je l'entends à la Sorbonne, je la suis avec plaisir, persuadé qu'elle le mettait définitivement hors ligne. Et c'est pour cette leçon qu'ils l'ont refusé ! Ils disent qu'il l'a faite autrement que le bureau ne l'avait conçue ; qu'il y a eu de sa part — et de la nôtre alors — une méprise ; et que cette brillante et savante leçon l'empêchait seule d'être reçu. J'appelle cela iine injustice doublée d'un mensonge.
Que seraient donc pour eux la science et le talent, si une supériorité incontestée disparaissait devant une méprise toute matérielle — et d'ailleurs fort problématique — sur l'objet d'une leçon? Ils voudraient bien, ces Messieurs, passer pour des imbéciles, afin de ne point passer pour de malhonnêtes gens. Ce serait vraiment trop commode.
Tu peux juger, cher ami, si la joie d'Edouard est empoisonnée. Pour moi je retrouve un peu de calme, après un fort accès d'indignation. Pour mon Taine, il est fort tranquille et il a bien raison; il joue le plus beau rôle, et l'avenir est à lui, ou plutôt à nous, car ce coup a resserré nos liens et rendu notre entente plus cordiale encore et plus intime.
Sachez, monsieur Octave, que je démens vos prévisions et que je travaille. Je lis, et le 10, j'espère commencer à écrire. M... a dit en confidence à Taine qu'il
170 PREYOST-PARADOL.
travaille pour TAcadémie*. Cela ne m'effraye guère ; mais
si nous échouons tous deux, ce sera bien ridicule.
Réponds-moi, mon cher ami, et écris-moi régulièrement
jusqu'à la fin de notre séparation, qui me paraît déjà
longue.
Tout à toi,
Anatole Prévost.
P.'S. — Comme il faut une enveloppe à ma lettre et que je ne veux pas t'envoyer du papier blanc, je le noircis. Mais qu'y mettre? Je ne sais ce qui t'arrive, et il ne m'arrive rien de nouveau : je mange, je dors, je marche, je vais aux Français, je me couche, et le lendemain je recommence. Tout cela me fatigue et les vacances rae semblent un de ces longs congés qui nous ramenaient à rÉcole tout endormis. Je rentrerai très fatigué et sans m'être amusé le moins du monde. Mon père est malade, ma bonne madame Rey est malade. Je ne puis me défendre d'une certaine inquiétude. Ces agrégations m'effrayent, et le chemin détourné que tu sais me semble bien dillQcile et bien chanceux. Nous verrons.
Si tu reçois là-bas la Liberté de penser, tu y trouveras peut-être un court article de M. Louis Brégan, et une note dans le bulletin, qui, signée Jacques, n'en sera pas moins de ce M. L. B. *. Elle est destinée à être désagréable aux juges de Taine; espérons qu'elle remplira
son objet.
Cherche-Midi, 85.
Jeudi dernier, Edouard et moi nous avons dîné au Palais-Royal, bu une tonne de vin blanc, pris du café; puis nous sommes allés causer et prendre du thé chez
1. Il s'agit de l'éloge de Bernardin de Saint-Pierre mis au concours par l'Acadcmie française pour le prix d'éloquence en 1851.