‹ Prieur de la cote-d'orChapitre 12 sur 32 · AULARD, X · texte numérisé non relu

AULARD, X

(3) Id., X, 3;o.

d) Id., X, 3:7.

(5) Id., X, 396. Cl' décrcl du ii IV'vrirr 1794, XI, m. (f>) Id., X, 491-

quatre au ci-devaul collège d'Harcourt (1) : elles servirent au même usage, ainsi que la chaudière en cuivre, que Ion a trouvée dans la maison Maupcou (2). Les hospices eux-mêmes seront mis en réquisition. « Bicôlre et les autres hospices délivreront tous les ustensiles de fer et de cuivre propres à la fabrication du salpêtre, qui ne sont pas nécessaires au service de ces établissements, et lesgrilles et fourneaux en dépendant,à charge d'en donner récépissé aux administrateurs ou économes, et d'en justifier l'emploi. )) (3).

Cette prodigieuse activité, Prieur ne la restreignait pas à Paris. Il retendait à la province. Bien que secondé sur ce point par les inspecteurs récemment créés et investis de pleins pouvoirs, souvent il lui arrivait d'intervenir directement. Ainsi le Sjanvier 1794 il autorise un certain Cartier-Drault à établir des ateliers de salpêtre à la Grande (iuerche (4). A la même date il concède à Limoges. agent de la régie à Orléans, le ci-devant couvent de Sainte-Euverte pour y établir une raffinerie de salpêtre (5). Le 13 janvier il réquisitionne directement un

(i) AuLAiU), X, 568.

(2) Id., X, 568, 588.

(3) Id., X., -or). Cf. arrf'tés analog-ues du Sjanvier 1794 (^j n>^)) achat de bateaux de charbon ù Dccize, destinés à la régie des poudres de Paris. — Du 2-2 janvier (X, Sj;), autorisation d'installer des bains d'épreuve jjour poudres et salpêtres dans les rossés'de l'arsenal, et concession de treize livres de poudre à Vignon pour accélérer ce travail. — Du 2'3 janvier (X, 397). réciuisilion de toute la potasse qui se trouve au Havre. — Du 22 janvier (X, 3-j), Guyton est chargé de « l'aire exécuter par les ouvriers qu'il croira devoir employer mille pèse-li(jueurs de cuivre ou de fer-blanc pour être distribués aux sections de Paris et aux districts qui en auront besoin, alin d'accélérer et de faciliter la fabrication du salpêtre. » — Du 5 février (X, 711), réquisition de toutes les cendres qui se trouvent dans les maisons occupées par les administrations nationales. — Du 10 février (XI, \\). réquisition de potasse dans le port du Havre. — Du u février (XI, 06), ré(juisition «lu soufre à .Marseille. — Du II mars (XI. 640), réquisition de chaudières destinées à Chalon-sur-Saône, pour rafiincr le salpêtre à Commune All'raiicliic (l.yon).

(4) -VuLAni), X. i52.

(5) Id., X, 11;.

certain Cardey qu'il envoie comme auxiliaire à Ducey, salpêtrier à Bolandoz (1). Le 17, afin d'augmenter l'importance de la raffinerie de Nancy, il cède aux directeurs de cet établissement des jardins appartenant au ci-devant comte de Custine (2). Le 23 il nomme à INIaubeuge un certain Camuset «pour remplacer sa mère qui ne peut conduire elle-même l'atelier de salpêtre dont elle est chargée » (3). Le 30 il procède à la nomination comme directeur de la manufacture de Moulins de Hérissé en place de Brillanton (4). Le 24 février il envoie Paget en inspection aux poudreries d'Essonne (5). C'est ainsi qu'en ne négligeant aucun détail et en prouvant à ses agents qu'il ne perd de vue aucun d'entre eux que Prieur réussit à stimuler leur zèle et à obtenir d'eux une somme de travail énorme. C'est ainsi surtout qu'il réussit à amasser en peu de temps les provisions de poudre dont il avait besoin pour tenir tète aux armées de la coalition.

Cette poudre, dont il était si prodigue quand il s'agissait de la dépenser pour la défense nationale, Prieur la ménageait avec un soin jaloux toutes les fois que la consommation ne répondait pas à un besoin urgent. Il ne donnait qu'avec peine l'autorisation d'en distraire quelques livres, par exemple, pour faire sauter les démolitions de la Bastille (11 décembre 1793) (6), ou pour les illuminations de Paris (7), car a cette illumination est un objet qui ne peut être négligé sans de grands inconvénients, et l'emploi du salpêtre que l'on demande est trop

(i) Allard, X, 224.

(2) Id., X, 280.

0) Id., X, 3o5.

(4) Id., X, Ôiî.

(5) Id., XI, im.

(6) Bon do dix livres à rarchitectc Vignon (Aul.\iid, IX, Sgi).

(-) Bon df mille livres de salpêtre de seconde cuite à Fricaut (Aulaud, I\, 46 I).

prochain pour qu'on puisse constaler par des expériences si son usage ne peut être remplacé. » 17 décembre 1793. Il consent même, mais il a grand soin de jusliOer sa générosité, à abandonner vingt livres de salpêtre et vingt livres de poudre aux entrepreneurs du théâtre de la République, à l'occasion de la représentation du « Jugement dernier des Rois (1), à cause des avantages qui peuvent en résulter pour la propagation des principes républicains, » 19 novembre 1793, mais, en toute autre occasion, il se refuse obstinément à dissiper les trésors dont il a la garde. Sur ce point, il pousse même si loin le scrupule, qu'il fait prendre par ses collègues l'arrêté suivant (IG janvier 1794) (2) : « Le Comité de Salut Public, considérant combien il importe de réserver de la poudre de guerre pour foudroyer les tyrans, et voulant cependant favoriser la représentation des pièces de théâtre propres à élever l'esprit républicain et à enflammer le courage des citoyens, arrête que la municipalité de Paris est chargée de constater l'utilité des demandes de poudre et de salpêtre qui seront faites pour les spectacles, de manière à en réduire la quantité à la moindre possible ; que ce ne sera que sur l'avis motivé de la municipalité que le Comité de Salut Public donnera l'ordre de délivrer les poudres et salpêtres destinés à ces spectacles ; enfin que les municipalités préviendront les entrepreneurs de spectacles que, passé le 1'^'" ventôse prochain, il ne leur sera plus fourni de poudre, s'ils ne donnent en équivalent la quantité de salpêtre qui sera ultérieurement déterminée et extraite du sol même des terrains qui leur appartiennent ou des maisons qu'ils habitent. )>

(1) AiLARD, VII, 555. Cr. décret du 24 lévrier 1794 (XI, 3013), accordance à Carny, pour diverses expéi-iences. .V» livres d<- salpêtre et 8 livres de soufre, eu) Id.. \. j-i.

Nous ne saurions même sourire de cet excès de précautions. Prieur n'ignorait pas qu'en ménageant ainsi les ressources nationales, il assurait le salut de la patrie. Les fusils et les canons ne manquaient plus. On avait de la poudre en abondance. Nos soldats n'avaient plus qu'à courir à l'ennemi. Pleins d'ardeur, ils s'élancèrent au combat, et la France fut sauvée.

CHAPITRK Vîl

l'HIEUn A LA CONVENTION

LA l)i:iENSE NATIONALE. — TÉLÉGRAPHES ET BALLONS

Prieur, et ce ne sera pas un de ses moindres titres à la reconnaissance nationale, ne s'est pas préoccupé seu lement d'utiliser les ressources du sol et de parer aux nécessités immédiates de la défense. 11 a compris qu'à des temps nouveaux convenaient des instruments nouveaux. Il s'est rappelé, lui qui connaissait si bien l'iiisloire militaire, que ce qui avait surtout contribué aux victoires d'un Gustave-Adolphe ou d'un Frédéric II, c'était ou l'adoption d'une lactique jusqu'alors inconnue, ou l'introduction d'un instrument de guerre ou d'une arme, dont l'emploi déterminerait la victoire. Nos savants avaient alors imaginé deux engins merveilleux, (jui certes ont beaucoup progressé depuis le jour où ils turent découverts, et dont les applications ne sont pas encore toutes indiquées, peut être même pas soupçonnées, les télégraphes et les ballons. Prieur espéra que l'ingéniosité française réussirait à tirer parti de ces inventions encore restées à Télat théorique, et que les constructeurs de télégraphes et de ballons contribue-

raient à sauver le pays. Aussi sedéclara-t-il le protecteur résolu des savants qui ciierchaient à appliquer à l'art de la guerre ces utiles découvertes, et leur promit-il le concours et l'aide effectif de l'Etat.

L'usage des signaux pour communiquer à distance a été en vigueur dans tous les pays. Les anciens se transmettaient les nouvelles au moyen de feux. C'est ainsi que dans la [ragédie d' A g^memnon du vieil Eschyle, Clytemnestre apprend la prise de Troie au moyen de feux répétés de sommets en sommets. Au temps d'Alexandre le Grand, un Sidonien lui proposa d'établir des lignes de postes qui lui permettraient d'obtenir, en moins de quatre ou cinq jours, des nouvelles des points les plus reculés de son empire. Polybe aurait, paraît-il, grâce à des torches élevées en nombre variable, trouvé le moyen de former les phrases en langage ordinaire, et les Romains établirent de véritables stations télégraphiques à poste fixe sur des tours dont les ruines subsistent encore. Les signaux se donnaient aussi par la voix. Ainsi fut transmise à travers les forêts gauloises l'annonce du soulèvement général des Gaules sous Vercingétorix. Pendant le moyen âge, sauf peut-être à Constantinople, on oublia l'art télégraphique, mais, dès que la physique eut fait quelques progrès, les savants s'ingénièrent à trouver le moyen d'établir à de grandes distances de rapides communications.

Sans nous arrêter aux rêveries de Roger Bacon, de l'Italien Porta, du père Kircher, et même de rxA.nglais Hooke, dont les systèmes restèrent toujours à l'état théorique, c'est à un physicien français de la tin du xviii®

Siècle, Amontons, que revient l'honneur d'avoir le premier imaginé un procédé pratique. Il disposait dans plusieurs postes consécutifs des observateurs qui, par des lunettes à longue vue, ayant aperçu certains signaux au poste précédent, les transmettaient en suivant et ainsi de suite. Ces signaux correspondaient aux lettres d'un alphabet, dont on n'avait le secret qu'au point de départ et qu'au point d'arrivée. Le procédé était ingénieux, mais il ne fut pas adopté, pas plus que celui d'un autre inventeur, iMarcel, qui. désespéré du dédain avec lequel on accueillait son projet, brisa ses machines. C'est l'abbé Claude Chappe qui, en 1791, malgré bien des traverses et bien des déceptions, fut assez heureux pour faire agréer ses idées, et doit être considéré comme le véritable inventeur de la télégraphie. Depuis longtemps il étudiait le problème de la correspondance rapide des nouvelles. Alors que les événements se précipitaient en Europe et que la France était menacée d'une coalition, la solution de ce problème s'imposait comme une nécessité. Chappe, aide par ses frères ou parents, Pierre, Ignace, René et Abraham, essaya d'abord divers systèmes basés sur des combinaisons de couleurs ou réglés par des intervalles chronométriques : ce n'est qu'après bien des tâtonnements qu'ils adoptèrent enfin un système de signaux, qui leur parut remplir les conditions voulues de simplicité, et qu'ils soumirent le résultat de leurs études à l'administration. L'Assemblée Législative laissa dormir dans ses cartons le projet proposé. La Convention l'étudia sérieusement. Il consistait à placer sur le sommet de hauteurs ou de monuments, à une distance d'environ trois lieues l'un de l'autre, des tours avec des guetteurs qui reproduiraient, à l'aide de signaux convenus, tous les mouvements des tours voisines. On pourrait de la sorte, quand les ombres de la nuit ou les brouillards

ne s'y opposeraient pas, transmettre avec une grande rapidité soit des nouvelles, soit des ordres. Romme et Lakanal, chargés d'étudier le projet, firent un rapport favorable (4 avril 1793). Trois stations furent établies au parc Saint-Fargeau de Ménilnionlant, à Ecouen et à Saint- Martin-du-Tertre près de Luzarches, à trente-cinq kilomètres de Paris. Trois commissaires, Daunou, Arbogast et Lakanal, furent spécialement délégués pour suivre les expériences. Chappe avait à lutter contre l'ignorance et les préjugés des populations, contre l'hostilité du Comité des finances et contre l'indifïérence ou le scepticisme de Daunou et d'Arbogast ; mais il avait foi dans son œuvre, et Lakanal le soutenait. L'expérience décisive eut lieu le 12 juillet 1793. Elle réussit au delà de toute espérance. Les incrédules furent convaincus et Lakanal lut à la Convention, le 26 juillet 1793, un rapport à la suite duquel, le 4 août 1793, fut voté l'établissement d'une ligne télégraphique de Paris à Lille. Ainsi que l'écrivait Chappe à Lakanal: a l'établissement du télégraphe est la meilleure réponse aux publicistes qui pensent que la France est trop étendue pour former une République. Le télégraphe abrège les distances et réunit en quelque sorte une immense population sur un seul point. Il y a longtemps que. rebuté de toutes parts, j'aurais abandonné mon projet, si vous ne l'aviez pris sous votre protection. »

Lakanal ne fut pas le seul protecteur de Chappe. Prieur, dès le premier moment, s'était intéressé à l'invention nouvelle. Dès le 25 août 1793, il avait obtenu (1) de ses collègues de Comité un arrêté autorisant le sieur

(.1) Al LARD, VI, <)(). l'A' un autre arrêté, du '22 octobre i;y3 (A III, M-2). confir. niant les pouvoirs « du eitoyen Garnier pour sni-> l'iller et presser rétablissement de la maeliine télétrrapliique. »

— 2:i:^ — Garnier « à s'occuper de la machine télégraphique conformément au décret du 4 août », et mettant de l'argent à sa disposition. Pierre et Ignace Chappe, ainsi que Prosper Delaunay, « étaient appelés à Paris pour seconder le citoyen Chappe. » Le 18 septembre, Prieur autorisait (2) une réquisition en sa faveur, attendu que « ledit citoyen Chappe se trouve arrêté dans l'exécution de sa machine télégraphi(|ue par le défaut de fer. » Le 24 septembre, il rédigeait de sa main la résolution suivante: « Le citoyen Chappe est autorisé à placer la machine télégraphique sur les tours, clochers et emplacements qu'il a choisis pour leur établissement, et à y faire tous les ouvrages et constructions nécessaires, même à faire abattre les arbres qui pourraient gêner la direction de la vue d'une machine à l'autre. » Les municipalités devront veiller à la conservation des machines. Chappe choisira et nonmiera lui-môme tousses agents. Il pourra réquisitionner (les courriers et des chevau.x. On lui donne en un mot pleins pouvoirs. Aussi, comme il se sent soutenu, il n'hésite plus à marcher en avant. Les travaux d'installation sont conduits avec une prodigieuse activité, et les vingt-deux postes intermédiaires entre Paris et Lille sont construits avec une telle précipitation que, dans la séance du 30 novembre 1794, Carnot monte à la tribune de la Convention, et, d'une voix émue, aux applaudissements répétés et des conventionnels et de l'assistance, il donne lecture du premier (1) télégramme officiel. (|ui vient de lui être transmis : Coudé rcpri^^ nuœ .-l^/r/7(7//fv/^'. Séance tenante on répond parla même voie: IJi'rmôe du Nord a bien méiité de lu putrie. Quel-

(i) .Vli.mu), VII, aS.

12) Notons ijoui-taiit qu'avant lanouvclk' de la i-ciirist- dt- Coudr, le télégraplu- avait déjà transmis a l'aris. mais pas à titre olliciel, la nouvelle de la reprise de ()nesnoy (^38 thermidori et de Valenciennes (11 fnietidor).

ques minutes avaient suffi pour la réception de la dépêche et l'envoi de la réponse. Ce dut être pour Prieur et pour tous les amis de Chappe une patriotique satisfaction que de constater le frémissement d'allégresse qui parcourut alors la nation entière. La France venait de remporter une double victoire, et contre les ennemis, et contre l'ignorance. Aussi cette heureuse coïncidence fut-elle saluée par beaucoup comme l'aurore d'une ère nouvelle.

La joie de Prieur aurait été plus grande encore s'il avait pu annoncer à ses collègues que le problème de la navigation aérienne venait d'être résolu en même temps que celui de la télégraphie : mais ce que cherchaient alors les savants qui s'occupaient d'aérostation, c'était moins l'art de diriger les ballons que le moyen pratique de les utiliser pour le service des armées. Trois d'entre eux, le capitaine Coutelleje physicien Conté et Lhomond, avaient imaginé de construire des ballons captifs, qu'on conduirait à la suite des armées et qui serviraient à suivre ou à démasquer les mouvements de l'ennemi. C'étaient en quelque sorte des postes aériens, d'où un observateur, placé dans la nacelle, pourrait transmettre ses ordres aux aérostiers au moye.. de drapeaux de différentes couleurs. Le Comité de Salut Public avait nommé une commission de savants, parmi lesquels on comptait Monge, Berthollet, Guyton-Morveau, Fourcroy, etc. Le rapport des savants fut favorable. Le Comité, qui attachait un grand prix à la réalisation de cette idée, accepta les conclusions, mais à condition qu'on n'emploierait pas pour gonfler le ballon, de l'acide sulfurique, attendu que le soufre était nécessaire à la fabrication de la poudre. La

commission proposa de le gonfler avec du gaz hydrogène. L'expérience réussit, et Coutelle reçut immédiatement l'ordre d'aller en poste à Maubeuge pour proposer au général Jourdan l'emploi d'un ballon captif à son armée. C'est le 25 octobre 1793 que Prieur et ses collègues signèrent (1) l'ordre « de préparer le plus promptement possible un ballon capable de porter deux liommes pour faire sans corde des observations à l'armée du Nord ». 50,000 livres étaient afîectées aux frais de premier établissement. On recommandait le secret le plus absolu, à tel point que les trois délégués devaient recevoir des passeports et une commission ostensible, « afin que l'objet de leur fonction demeure inconnu, excepté au général de l'armée du Nord et aux représentants du peuple dont ils prendront les ordres. » Prieur, avec son esprit pratique, avait tout de suite pensé aux moyens de faciliter la tâche des aérostiers. Dès le 27 octobre (2) il les avait autorisés à prendre, sauf indemnité aux propriétaires, des tuyaux de fonte qui étaient alors déposés, sans emploi, sur l'Esplanade des Invalides. Le l*^"" novembre, il ordonnait (3) à l'administration des charrois de tenir à la disposition de Lhomond le nombre de chariots suffisant pour transporter sans retard toutes les matières nécessaires pour la construction de ballons d'observation au quartier général de l'armée combinée du Nord et des Ardennes. Tout donc semblait annoncer qu'un nouvel instrument de victoire allait être bientôt mis à la disposition de nos généraux.

(1) AiLAiin, VI ri. 3.

(2) kl.. Vlll, 8:-

(3) 1(1., Vlll, i6r. — Cl' PoLcuET, Les sciences pendant la Terreur, p. 33. « On fait fabriquer à Lyon des étoffes de soie inconnues Jusque-là. qui réuniront les conditions de légèreté et de solidité voulues. On l'ail chercher à Dijon deux nacelles ayant déjà servi, qui doivent existera raca<léniie de cette ville. Enlin on organise à .Meudtui une compagnie d'aérostiers (jui ap])renuent militairement la manœuvre <les ballons de sruerre. »

Lorsque Coutelle (1) arriva à l'armée du Nord, il fut d'abord très mal reçu. On parlait même de le fusiller. On finit pourtant par se radoucir, et même par le complimenter sur son dévouement, mais l'ennemi était en vue et pouvait attaquer d'un moment à l'autre. N'était-il pas imprudent de tenter une expérience dans de semblables conditions? C'est ce que comprit Coutelle. qui revint à Paris et demanda à faire quekjues expériences avant de commencer ses observations aériennes aux dépens de l'ennemi. Prieur, de son côté, malgré son impatience d'assurer à nos soldats un nouvel élément de succès, ne tardait pas à (comprendre qu'en précipitant les essais on risquait de compromettre le résultat final. Il eut été plus qu'imprudent de transporter tout de suite à l'armée un instrument dont on n'était pas sûr. Mieux valait recourir à des expériences préparatoires, sauf à regagner le temps perdu. Sans fausse honte Prieur reconnut qu'il avait, dans son ardeur, dépassé le but. Il rapporta (2) donc l'arrêté de transport qu'il avait signé, « attendu que les obstacles que la saison apporterait à l'exécution pourraient en compromettre le succès et faire prendre des accidents pour des difficultés insurmontables » (24 novembre 1793). Seulement comme il ne fallait à aucun prix renoncera l'idée première, il fit signer par ses collègues du Comité un second arrêté en vertu duquel le château et le parc de Meudon étaient mis à la disposition des aérosliers : « Un ballon y sera élevé sans cordes, portant deux observateurs, qui essayeront la correspondance des signaux et s'exerceront à faire la reconnaissance du pays et à dessiner la carte dans cette position. Quand tout sera bien disposé, des expériences

m CfFiii DKKH. Masson. .h'(Vi/;7/r.s- dr t^nirrrr. J.rs in-rosticis aux armées de In République, d'après les souvenir'^ de M. lehamn de Selle de lieamhainp. {■2) Ari.AHD, Vni, 6-a.

auioiit lieu en présence des membres du Comité. » C'est la première idée de cette fameuse école d'aérostation de Meudon, qui a éprouvé tant de vicissitudes, mais dont les expériences, qui sans doute nous réservent plus d'une surprise, ont continué jusqu'à nos jours.

Prieur s'attacha à cette école comme à son œuvre personnelle. Dans son idée Meudon deviendrait un vaste ciiamp d'expériences militaires. C'est à Meudon(l) qu'on étudierait tous les engins de guerre, toutes les armes nouvelles imaginées par l'ingéniosité de nos inventeurs. Voici comment, dans un rapport très étudié qu'il présenta à la Convention, au nom du Comité de Salut Public, le 28 septembre 1794, Prieur exposait son sentiment à ce sujet : « Il n'est personne aujourd'hui qui ignore que la guerre est un art très perfectionné, et qui le devient chaque jour davantage ; que la valeur des troupes a besoin d'être aidée par la nature et la qualité des armes et par l'industrie de ceux qui dirigent les mouvements non seulement des armées entières, mais des plus petits corps. L'art de la guerre ofîre donc un vaste champ aux inventions, et ses inventions sont un bienfait pour l'humanité. En effet l'expérience prouve que, plus les armes sont terribles, moins la guerre est meurtrière. Le combat à l'arme blanche est de tous le plus sanglant, celui du canon l'est moins que celui de la mous(iueterie, et si l'on pouvait trouver une machine assez formidable pour que l'ennemi fût obligé de s'en tenir à une très grande distance pour n'en être pas écrasé d'un seul coup, il est évident qu'il n'oserait s'exposer à son elTet et que les précautions excessives qu'il prendrait pour s'en garantir tourneraient au profit de la conservation des hommes....

(i) Monitciii-, ;ni II. ii» j;crmiiiiil, ii lloiral. lo thermidor, 29 Iructidor. Monileur, an III. 7 voii(lciiii;iirc, i.jel a- wnlôsc. IhiUctin de la Conw'ntkm fia i4 Ihcrinidor ail 1 1 .

Dans le courant de l'année 1793 la République éprouva de sanglants revers par la li-ahison ; elle courut les plus grands dangers ; elle se trouva même pendant un temps dans le dénuement le plus etïrayant des ressources ; mais bientôt on vit ce que pouvait Tamour de la liberté sur des Français. Des bataillons nombreux semblèrent sortir tout à coup du sein de la terre. On fabriqua partout des armes et de la poudre en proportion des besoins; on se livra avec ardeur à la recherche des inventions pour ajouter des nouveaux moyens à ceux par lesquels on devait exterminer les tyrans. Des expériences avaient été faites en plusieurs lieux et présentaient des avantages sérieux. Le Comité de Salut Public sentit la nécessité d'en fixer les résultats et d'en mettre au plus tôt la pratique en activité. Il n'ignorait pas que nos ennemis s'occupaientde leurcôté de perfectionner leurartillerie; mais il ne fallait pas divulguer nos essais, nos procédés, à nos cruels ennemis, il fallait échapper à cette sorte de léthargie, aux lenteurs ordinaires des établissements naissants, et que l'on ne peut vaincre que par l'opiniâtreté des soins et de la surveillance de l'autorité supérieure. Il fallait en outre pouvoir employer le génie de hommes éclairés qui se trouvaient à Paris; il fallait pouvoir multiplier les inventions, en faire succéder de nouvelles à celles dont on avait acquis la certitude du succès, et augmenter ainsi sans cesse nos ressources: mais, ce qui n'était pas le moins difficile, il fallait garantir ces tentatives des etïets de la malveillance et de la séduction de l'étranger. » On avait donc mis leGrand et le Petit Meudon à la disposition d'une commission de trois membres désignés par le Comité, et on avait pris les précautions les plus minutieuses pour déjouer l'espionnage. Aussi avait-on pu procéder tranquillement à diverses expériences, et les aérostiers étaient désormais à peu près sûrs de pouvoir

utilement suivre les armées. Prieur était très lier des résultats acquis. N'avait-il pas le droit de s'en considérer jusqu'à un certain point comme l'auteur? N'avaitil pas constamment encouragé et protégé Coutelle et ses amis? On a conservé des arrêtés, rédigés de sa propre main (1), et relatifs à des prêts de voitures à Coutelle et à Lhomond pour transpoiler au Petit Mondon des instruments et des machines pour la confection des ballons (17 décembre 1793), ou bien à l'envoi de dix voies de bois (i), pris à Versailles, et dont les aérostiers avaient besoin pour leurs opérations (22 décembre 1703j. Ce sont là sans doute d'inlimes détails, mais ne prouvent-ils pas que Prieur ne perdait pas de vue l'œuvre entreprise et croyait au succès final?

Aussi bien, même en dehors des aérostiers en quelque sorte officiels de Meudon. Prieur ne négligeait aucune information relative aux ballons. 11 avait entendu dire que le général Meunier, celui qui dirigea si glorieusement la défense de Mayence et fut tué au champ d'honneur, à Cassel. dans un des faubourgs do la place, avait fait un travail sur les applications pratiques des aérostats et avait adressé à l'Académie des sciences le résultat de ses expériences. Le manuscrit avait été égaré. « 11 est important, écrit (3) aussitôt Prieur (30 novembre I7'.)3), de se procurer un travail aussi précieux, dans lequel on est assuré de trouver les principes et les calculs propres à diriger le choix des moyens et à prévenir des tentatives infructueuses. » Il donnait en même temps l'ordre au juge de paix du Luxembourg de faire des recherches dans la maison de Meunier, place Saint- Sulpice. La perquisition eut lieu. Il en résulta (|ue les papiers avaient

(1) AULAKO, IX, 4''i-

Page 1