‹ Prieur de la cote-d'orChapitre 15 sur 32 · I) AULARD, VI · texte numérisé non relu

I) AULARD, VI

(a) Id., VI, 23.5.

<-5) Id..I\. ip.

considérant qu'il est de son devoir et de l'intérêt national de connaître l'état de l'esprit public et ses progrès, ainsi que les agents qui y contribuent, a arrêté que chaque journaliste sera invité à lui faire passer chaque jour un exemplaire de son journal. » Aussi bien les journaux rédigés dans l'esprit du gouvernement deviennent l'objet de ses faveurs. Le 10 septembre (1) souscription au journal V Antifédéraliste ou Correspondant des Sociétés populaires ; le 13 novembre (2) il demandera 600 exemplaires au Moniteur, 600 au Journal Universel, QOOkï Antifédéraliste, 600 au Père Duchesne, 600 au Journal des hommes libres. Le 20 septembre (3), l'imprimeur Ferrières recevra la commande d'un million d'exemplaires des Droits de l'homme, suivis de la Constitution de 1793.

Prieur n'a pas négligé ce qu'on appelle de nos jours la propagande par l'image. Le (4) 12 septembre 1793, il rédigeait de sa main l'arrêté suivant : « Le Comité arrête que le député David sera invité à employer ses talents et les moyens qui sont en son pouvoir pour multiplier les gravures et les caricatures qui peuvent réveiller l'esprit public, et faire sentir combien sont atroces et ridicules les ennemis de la liberté et de la République. » Arrêté analogue (5) le 12 février 1794: « Les gravures représentant les belles actions de Fabre, représentant du peuple, et de Paul Barra, jeune hussard de l'armée de l'Ouest, seront achetées en nombre d'exemplaires pour être distribuées aux membres de la Convention nationale. )) Parfois même il arrivait à l^rieur de s'intéresser directement à tel ou tel dessin, dont il avait sans doute

(I) AuLAUu, Vn, 39.5.

(1) Id., Vni, 38o.

(3) Id., VI, 5:5.

(4) Id., VII, 443.

(.-)) Id.. XI, 8-.Î.

été 1 inspirateur. Ainsi, le 1 I janvier 1794, il enverra (1) un mandat de 1,000 fr. à Mailly a pour frais de la gravure d'une caricature intitulée h; Congrès des Rois, dont il sera délivré 900 exemplaires à la destination indi(iuée par le Comité, à savoir : 600 en noir et 300 en couleur. »

Il est vrai que toutce(iui, de près ou de loin, touche aux choses de l'esprit a le privilège d'intéresser Prieur. Lui signale-t-on un dépôt de livres précieux, quelque bibliothèque d'émigré, il prend toutes sortes de précautions pour les conserver. C'est lui (|ui ordonnera (2) le transport aux Tuileries de la bibliothètiue de l'émigré Angivillier, et il ne néglige pas le corps de bibliothèque. Par réquisition du 2 février 1894, rédigée par lui (3) « le Comité de Salut l^ublic ayant besoin d'un corps de bibliothèque qui est dans la maison de l'émigré Angivillier, cul-de-sac de l'oratoire, arrête que le citoyen Ameilhon. membre de la commission des arts, est autorisé à en faire la délivrance au Comité et à en donner décharge à qui il appartiendra. » Apprenant que la bibliothèque (4) de la maison Juigné se trouve dans une maison dont a pris possession la commission des armes et poudres, il donne des ordres très précis, et indique les précautions à prendre pour sa conservation. C'est encore lui (5) qui prescrira de former à l'usage des divers comités, et dans le local du comité de l'instruction publique, une bibliothèque d'ouvrages spéciaux sur les travaux desdits comités, qui sera formée aux dépens des bibliothèques confisquées sur les émigrés.

La musique ne le laisse pas indifférent. Apprenant que les artistes composant la musique de la garde natio-

(1) Allard, X, i8;

(2) Id., XI, 2.

(3) Id., X, 6i:.

(î) M.. XI. 2.

(.")) Id., XI. (iS.

nale de Paris se proposent de faire graver et de répandre des airs patriotiques, il prend aussitôt un arrêté (3) pour les encourager. « Considérant que cette entreprise, indépendamment de l'utilité qu'elle présente par rapport à l'art musical comme objet d'instruction publique, est une mesure importante sous le rapport révolutionnaire, en ce qu'elle tend à améliorer l'esprit public par la préparation des hymnes et chants républicains, à exciter par là le courage des défenseurs de la patrie, en même temps qu'elle fournira aux fêtes civiques, qu'on ne saurait trop multiplier, un des moyens qui en fait le principal ornement, et qui influe très efïicacement sur leur effet moral. » Prieur leur fait allouer une somme de 33,000 livres. On ne leur impose d'autre condition que de donner 550 exemplaires de leur recueil de chants, formant de 50 à 60 pages d'impression, qui seront distribués dans tous les districts par le Comité de Salut Public (1). Ce à quoi pensait toujours Prieur, plus encore qu'à la musique ou qu'aux bibliothèques, c'était aux inventions nouvelles. Il espérait, en les encourageant, augmenter d'autant les ressources de la République et lui fournir ainsi les moyens de résistance dont elle avait tant besoin. Apprenant que dans les papiers de l'émigré Juigné, qui avaient été dispersés un peu au hasard, se trouvaient des mémoires sur la fabrication des cuirs de Russie, il ordonna (2) aussitôt de rechercher et de classer ces papiers, espérant qu'il pourrait de la sorte introduire en France une industrie nouvelle. On lui dit qu'on a trouve le moyen d'utiliser le papier imprimé. Il rédige aussitôt

(i) Ari.AUi). XI, i5;.

(a) Prieur ne négligeait i)as pour autant k's musiciens. On a conservé, écrit de sa main, un mandat de 0,090 livi-es au nom de Sarette, qui avait formé pour Tarméc de l'Ouest une compagnie de 21 musiciens (Aolard. XF. i,j8'.

(i) Al i,Aiu), xr. 4t.

l'arrêté (1) suivant (4 février 1794) : « Le Comité de Salut Public, considérant qu'il est nécessaire de créer des moyens d'économiser les chiiïons employés à fabriquer le papier, que depuis longtemps on connaît des procédés pour blanchir le papier imprimé et le rendre propre à la fabrication d'un nouveau papier, arrête : 1° que les procédés de blanchiment du papier seront décrits, imprimés et distribués au nombre de fiO.OOO ; 2° que Pelletier et llassenfralz seront chargés de la description de ce procédé; 3° que la commission des subsistances etdes approvisionnements de la République sera chargée de faire les dépenses que les expériences, l'impression et la distribution de ces ouvrages exigeront. » C'est à ce même esprit d'économie générale qu'il faut rapporter cet autre (2) arrêté, en date du IG décembre 1793, rédigé de la main de Prieur : « Le Comité de Salut Public défend expressément à ceux qui sont employés dans ses bureaux de laisser inutilement des feuilles de papier blanc dans les expéditions qu'ils sont dans le cas de faire, ainsi que de détruire ou brûler le moindre fragment de papier écril ou non écrit. Les débris des enveloppes de lettres et autres seront recueillis avec soin pour servir à une nouvelle fabrication. »

Détails mesquins, rêveries inutiles, préoccupations sans intérêt, certes il est facile de railler. Les railleries seront encore plus faciles ([uand on rappellera (3) l'ordre donné par Prieur (19 février 1794) au ministre de l'intérieur de faire planter des pommes de terre dans les carrés du jardin national des Tuileries et dans les carrés du Luxembourg, ou la mission (4)con(i('e à un inspecteur,

(0 Ari.Ann. \, (îa;.

(u) kl., IX. ni.

(i) Id.. XI, ao;.

(',1 Id.. X. aji.

il Barèges (22 janvier), pour « examiner le bain public appelé ci-devant de la reine, et présenter les meilleurs moyens de faire servir cet établissement au profit des citoyens peu fortunés du peuple et de rhumanité souffrante. » Mais n'est-ce pas en ne négligeant aucun détail qu'on fonde les grandes maisons? Personne ne s'est avisé de trouver Charlemagne ridicule quand il vendait les œufs de ses basses-cours, ni Napoléon grotesque, parce qu'il apurait les comptes de son tailleur. Si donc Prieur a trouvé le temps de s'occuper des pommes de terre des Tuileries ou des bains de Barèges. ce ne sont pas des railleries qu'il mérite, mais plutôt des remerciements.

N'en mérite-t-il pas encore quand il s'occupe des intérêts particuliers de ses électeurs, non pas qu'il fût accessible à ces puériles recommandations dont on a tant abusé depuis, mais quand il trouvait l'occasion de rendre service à ses compatriotes, sans négliger pour autant les grands intérêts à lui confiés, il ne la laissait jamais échapper. Ainsi le Directoire du district de Dijon lui adresse (1), le 12 messidor an II, la lettre suivante: {(L'administration a recours à toi pour lever une difficulté qui se présente. Plusieurs citoyens de notre district ayant perdu des chevaux en conduisant des grains et fourrages à l'armée du Bhin, viennent journellement auprès de nous pour réclamer une indemnité. Malgré que leur demande nous paraisse juste, nous ne pouvons cependant y faire droit, parce que rien ne nous y autorise et que nous n'avons aucuns fonds destinés pour cet objet. Nous te prions, citoyen représentant, de nous indiquer les moyens que nous devons employer pour venir

(1) Arcliives fie la Côtc-d'Or, K. 2,98, communication de M. Diimay. CI' une lettre des mêmes administrateurs (K. 2, 2'3, loi. Co V»), invitant Prieur à l'aire connaître à la Convention que les ressources en g-rains de la Côte-irOr sont épuisées.

au secours des ces citoyens. Signé: Froissard, Perrin, Nault, Villemeureux.»

La demande (1) était fondée, Prieur y fit droit, car les registresdu district in(ii((uent par la suite que le prix des chevaux fut remboursé, et il est probable qu'on doit cette mesure favorable à l'intervenlion de Prieur.

Attentif aux intérêts de ses commettants, mais plus soucieux des besoins généraux, et ne négligeant aucun des détails de l'immense machine gouvernementale, tel nous apparaît cet incomparable travailleur, et c'est ainsi sans nul doute que se le figurera la postérité.

(i) V4)ir aux archives de la Côtf-(rOr (K. 2. a'î, loi. 'm à la date du ad prairial au 11, uho lolti'c au citoyeu Houllciiol. rommissairc du quartier g-«''iu'Tal de l'ai-mée du Rliiu, pour lui accuser réccptiou des dépèches de Prieur pour le prouipt verscuieut de ôo.ooo quintaux de loin à l"armée du Rhin.

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