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PRIEUR ET LES ECOLES

Par la pente de son esprit et la nature de ses études, Prieur était porté à s'appliquer à tout ce qui, de près ou de loin, touchait à l'instruction publique. Il croyait sincèrement que, dans une démocratie, il n'y a pas de problèmes plus intéressants à discuter que ceux quiont trait à l'éducation et à l'instruction populaires. Aussi accueillitil avec empressement sa nomination de membre du comité de l'instruction publique (13 octobre 1792). Il avait été élu le second, en compagnie de Condorcet, Arbogast, Chénier, David, Rabaut-Saint-Etienne. Lanjuinais, Romme, Siéyès, Quinette. Mercier, etc. (1). Le comité se mit tout de suite à la besogne. Il avait été convenu qu'il serait renouvelé par voie de tirage au sort, et Prieur fut compris parmis les sortants le 22 décembre, et encore n'y entra-t-il qu'au retour de sa mission aux départements franc-comtois, c'est-à-dire dans les premiers jours de novembre. Il est vrai que les membres du comité ne perdaient pas leur temps. Condorcet, qui avait esquissé un plan général d'organisation de l'instruction, le présenta à ses collègues, qui en disculèrent le titre II, relatif à l'enseignement primaire, du 20 octobre au 14

(i) GoiLLAUMK. Procèftverbniix du comité d'insfriirtion publique de In Con- {.^rnlion milionale (1891-189Î).

novembre. Lantheiias, nommé rapporteur, fut chargé par eux de préparer un projet de décret en cinq titres. Du 16 au 26 novembre on discuta le projet sur l'enseignement secondaire, qui avait été préparé par Arbogast. Le lendemain, 27 novembre, fut adoptée la division de l'instruction en cinq degrés, écoles primaires, écoles secondaires, instituts, lycées, société nationale. Le 12 décembre on reprit la discussion sur l'enseignement primaire, et de vifs débuts s'engagèrent à propos de l'instruction religieuse. Durand-iMaillane et Mazuyer en proclamaient la nécessité. Jean Dupont la niait et faisait même profession publique d'athéisme. Le 15 décembre Romme lisait un rapport d'ensemble, et une nouvelle discussion s'engageait où Lanthenas, Jean-Bon Saint- André, Lequinio, Bancal, Ducos. Leclerc et plusieurs autres députés s'efïorçaient tour à tour de faire prévaloir leurs idées en matière d'éducation, mais sans parvenir à convaincre leurs adversaires, car, en pareille matière, le problème sera toujours agité et jamais résolu.

Prieur avait assisté aux séances du Comité, mais il ne prit à cette lutte oratoire qu'une part insignifiante. C'était un esprit pratique. Les discours académiques et les théories ne lui ont jamais inspiré que du dédain. Né pour l'action, il n'acceptait la discussion que comme une préface indispensable. Il lui tardait d'arriver à la réalité tangible des faits. Ainsi s'expli(iue son indifférence ou sa neutralité.

11 est vrai que des questions autrement graves étaient alors posées, qui allaient interrompre toutes les autres: il s'agissait de prendre une décision au sujet du captif du Temple. D'ailleurs on confia bientôt à Prieur d'importantes missions à remplir hors de Paris. Plus tard on le lit entrer dans le Comité de Salut Public, et tout absorbé par son énorme responsabilité et ses écrasants

travaux, il dut forcément négliger les questions relatives à l'instruction ; mais il ne les abandonna (1) pas pour autant, et, toutes les fois que l'occasion s'en présenta, il affirma par des actes décisifs son immuable résolution de prendre sa part et de marquer son rôle dans les progrès de l'éducation populaire. A son sens il n'y avait pas pour le législateur de mission plus haute, et. sur ce terrain, pas plus que sur les champs de bataille ou dans son cabinet du Comité, il n'entendait faillir à son devoir. Seulement, fidèle à sa méthode, c'était par d'utiles créations, par de hardies innovations, et non par des discours, qu'il marquait son intervention.

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