II. — ATTP.KS ÉCOLES
C'est encore à Prieur que l'on doit, en grande partie, l'organisation de l'Ecole des mines. Le 24 fructidor an II (12 juillet 1794), fut créée sur son initiative l'Agence des mines. Elle comptait 3 membres, 8 inspecteurs, 12 ingénieurs et 40 ('lèves. Les études comportaient quatre cours, géographie, physique, exti'aclion des mines, docimasie, métallurgie. La cinquième cours, cristallogra-
(1) Arclii\»'s (lu iniiiisItTc (U- la j'iicrrc. dossier l'iiiMir. ])ii'i'<' ii" 12S. l.i' iiiiuistiv lui rendait justice: « ^'os talents reconnus et les services que vous avez rendus en concourant à rétablissenu'ut de l'Ecole l'olvteclinique ont déterminé mon choix, et je suis persuadé qu'il sera pleinement justilié par l'utilité que ce conseil retirera de vos lumières. » Suivent des indications sur l'ouverture des séances, les fonctions des membres, et l'invitation de se concertei' avec le directeur de l'Ecole sur les mesures préparatoires à prendre.
(a) Id., pièce n« 29.
phio, fui plus tard confié à Haiiy. L'école avait été installée à l'ancien iiôtel de Mouciiy. au 29^ de la rue de riniversité. Un arrêté du 10 fructidor an fl (27 septembre 1794) détermina les conditions du concours d'admission. Une nouvelle loi, celle du 30 vendémiaire an IV (22 octobre 1797), restitua à l'Agence le nom d'Ecole des mines, et lit de cet établissement une école d'application subordonnée au conseil des mines et recruté par les polytechniciens. Il n'y eut plus que trente élèves, dont dix externes. Prieur avait été le principal inspirateur de ces réformes. Il avait surtout insisté pour (ju'on fil avant tout des élèves ingénieurs des théoriciens, et s'était opposé au transfert de l'école dans un terrain pratique pour les travaux d'exploitation. Le Premier Consul eut plus tard la malencontreuse idée de transformer l'Ecole des mines en école pi-aticjue, à Geislautern. dans le département de la Sarre, pour le fer et la houille, et à Posey, dans le département du Mont-Blanc, pour le plomb, le cuivre et l'argi^nt. Prieur avait eu le bon sens (le comprendre (jue les élèves avaient surtout besoin d'un enseignement théorique : aussi, lorsque, ({uelques années plus tard, la Restauration rappela les élèves ingénieurs à Paris, approuva-t-il celle nouvelle installation, qui devait, cette fois, être définitive.
Il est une autre école que Prieur aurait voulu également organiser, et à laquelle il aurait souhaité de longs jours de prospérité; mais elle n'eut qu'une durée éphémère. On sait qu'à la Révolution furent détruites toutes les écoles militaires répandues sur le territoire, à Brienne, à Sori'/.e. à Pont-le-\'oy, à la Fère, à Tiron, à Rebais, à \ endôme. à Efliat, à Pont-à-Mousson, Tournon, Beaumont. Auxonne et Dôle, oii l'on élevait les futurs officiers: mais on ne tarda pas à comprendre la nécessité d'assurer le recrutement de ces officiers, surtout ijuand
rémigration eut désorganisé le commandement. De là la création de l'école dite de Mars (13 prairial an II), dans la plaine des Sablons, le long du bois de Boulogne, où 3,000 jeunes gens « imbus des principes démocratiques, devaient recevoir l'éducation militaire. » Ils vivaient sous la tente, s'exerçaient au maniement des armes, et avaient été revêtus d'un uniforme théâtral, dessiné par David, maillot de couleur, tunique bleu clair, bonnet orné de plumes, épée ou plutôt sabre à forme antique et longue pique. Prieur avait été un des fondateurs de l'école. C'est lui qui avait inspiré à Barrère les principaux motifs de son rapport. Il paraît même que c'est surtout à l'intention de ces pupilles de la République qu'il composa ou inspira, mais en le signant, et par conséquent en acceptant la responsabilité de l'ouvrage, l'Art du militaire, ou traité complet de l'exercice de l'infanterie, cavalerie, du canon, de la bombe et <^/''.>'/3f'g«^.5\ Le temps manqua pour mettre en pratique les théories de Prieur. On trouva, non sans raison, que ces jeunes gens rendraient plus de services aux armées que sur un champ de manœuvres. Ils pouvaient d'ailleurs, à un moment donné, devenir un appoint dangereux pour une émeute ou pour une révolution. Enfin ils étaient bien nombreux et leur entretien devenait dispendieux. L'école fut dissoute le 4 brumaire an III (25 octobre 17!)ii. Elle n'a donc pas laissé de traces ni de souvenirs dans rhisloire (i ), et on l'aurait oubliée si plus tard on n'avait, mais en les modifiant, repris les idées de Prieur pour la création d'une autre école militaire, qui, plus lieureuse, s'est perpétuée jusqu'à nos jours avec ses traditions d'honneur et de gloire, l'école de Saint-Cyr.
(i; CiH()ri:T. L' L'eut r dr Mars. i8\){).
On doit encore à Prieur l'organisalion des écoles de sanlé à Paris, Montpellier et Strasbourg, pour former des otliciers de santé destinés aux hôpitaux militaires et maritimes, (loi du 14 frimaire an III, 2.'} novembre I794i. Ces écoles fonctionnèrent d'abord sans beaucoup de régularité. Elles étaient d'ailleurs insuffisantes et on fui obligé de créer des annexes à Lille, à Toulon, à Metz, et même à Paris, au Val-de-Gràce. C'est en 1797 seulement que l'rieur réussit à assurer la vitalité de ces établissements. Le 5 novembre, aux Cinq-Cents, le député Calés venait de demander la création d'écoles de médecine à Paris, Angers, Montpellier, Nancy et Bruxelles. Prieur lui répondit (1) en ces termes : « Mon intention est moins d'attaquer le fond du projet qui vous est soumis sur les écoles de santé, et même de le discuter en ce moment, (|ue de faire voir qu'il est d'autres objets préalables à examiner. Notre collègue Calés a fort bien fait sentir dans son rapport les vices de l'ancien enseignenient de la médecine en France, et personne sans doute ne lui contestera cette vérité, mais ce n'est pas de ce point (juil faut partir aujourd'hui. Il existe, depuis près de trois ans, trois écoles de santé créées sur un plan philosophique et très beau, au moins en ce qui concerne l'école de Paris. Il semble donc qu'avant d'adopter un nouveau système d'études, il conviendrait de rendre compte au Conseil de l'état de celles qui sont en activité, et peut-être reconnaîtra-t-on qu'au lieu de suivre un plan entièrement neuf, il suffit de modifier les écoles existantes, de réformer ce qui s'y trouve de défectueux et d'augmenter le nombre de ces établissements en raison de la vaste étendue du territoire de la Républiiiue et de sa population.
(Il Monil'ur. ;m \\. iv i-").
« L'école de sanlé de Paris est une superbe institution ; elle offre en son genre l'enseignement le plus complet et le plus parfait qui ait jamais été donné nulle part: le mérite de ses professeurs, le soin qu'ils ont mis à déterminer son organisation intérieure, enfin le concours nombreux d'élèves qui en suit les exercices, ont fait la réputation de cette école. Déjà le bien qu'elle a produit par l'instruction qu'elle a répandue est inappréciable. Vous ne voudrez pas en arrêter la continuation ni en diminuer le bon etïet ; seulement le besoin d'économiser les deniers publics pourra vous amener à supprimer, en totalité ou en partie, le traitement pécuniaire accordé jusqu'à présent aux élèves. Ce changement est présenté depuis longtemps, sa nécessité est avouée ; le seul bienfait de l'instruction gratuite sera toujours très précieux à ceux qui sont appelés à en profiter.
« L'école de santé de Montpellier, placée dans un lieu célèbre par les anciennes études médicales qui s'y faisaient, a éternise en activité avec toutes les ressources que cette commune renfermait. Cette école fut instituée dans un mode plus restreint que celle de Paris, soit par le nombre des professeurs, soit par celui des élèves, parce que l'on savait bien que les moyens locaux ne pourraient être les mêmes, et cependant il ne paraît pas qu'il y ait eu des réclamations pour obtenir l'extension de cette école.
« Quant à celle de Strasbourg, quoique moins étendue encore que la précédente, elle a toujours été dans un état de langueur fort approchant de la nullité entière. Aussi le rapporteur du nouveau projet ne propose-t-il point d'école de santé pour cette commune. »
Prieur aurait désiré qu'on plaçât ces écoles dans les villes où les étudiants pourraient s'appliquer en même temps à la physique, à la chimie et à l'histoire naturelle.
Aussi (lemandail-il que le projet fût ajourné et leuvoyO, pour plus ample informé, à la commission d'enquête. Sa conclusion, très pratique ou très sage, était a qu'aucune extension, réforme et création d'établissement relatif à l'instruction publique ne soit résolue qu'en suite d'un rapport préalable sur les établissements du même genre qui se trouveraient exister. »
Les écoles de santé ne furent pas organisées tout de suite, comme l'avait espéré Prieur. Elles ne le furent (|ue lors de la constitution définitive de l'Université, et quand furent créées les Facultés. .\ Prieur revient néanmoins l'honneur d'avoir posé les principes. Sans doute, il ne fut pas le seul, mais pourquoi l'avoir pour ainsi dire systématiquement oublié parmi les réorganisateurs de notre enseignement public, et n'était-ce pas justice que de montrer quelle fut sa part, active certes et intelligente, dans la création de nos grandes écoles?