‹ Prieur de la cote-d'orChapitre 7 sur 32 · XI, 4<J · texte numérisé non relu

XI, 4<J

(■}) Id.. XI, S'i.

Cl» lll.. \IU. 2<)I.

annuriers qui servaient alors comme soldais dans nos armées. Voici ledécret(l) qu'il rédigea à cette occasion et lit signer par ses collègues le l^"" février 1794. « Le Comité de Salut Public considérant ([u'ilestnécessaire de fabriquer promptement des armes pour terrasser les enntMuis de la République ; ((ue le nombre des armes fabriquées sera d'autant plus grand (ju'il y aura plus d'ouvriers occupés à cette fabrication : (jii'il se trouve actuellement dans les bataillons un grand nombre d'ouvriers en état de travailler aux armes, lesquels seraient plus utiles à en fabriquer pour leurs frères ((u'au poste qu'ils occupent, arrête que tous les ouvriers en état de travailler à la fabrication des armes, dans tous les escadrons et bataillons de la République, se feront inscrire au conseil d'administration de leur bataillon.» Ces encouragements, ces décrets, ces menaces, ne furent pas inutiles. De nombreux ouvriers furent ainsi réunis, et Prieur put donner une vive impulsion à toutes les fabrications d'armes ([u'il avait entreprises.

IMusieurs des ouvriers ainsi réquisitionnés par le Comité de Salut Public n'avaient accepté qu'à contre-cœur le travail qu'on leui- confiait. Ils le jugeaient indigne d'eux. Les uns ne se rendaient pas à leurs ateliers, et les autres en changaient constamment. 11 y avait là pour la défense nationale de graves inconvénients. Prieur lit décréter que les ouvriers armuriers étaient considérés conmie faisant partie de l'armée, et il leur interdit tout chômage. « Il serait honteux qu'ils observassent les fêtes et les dimanches, lorsque leurs frères d'armes, en face dr l'ennemi, versent, tons les jours indistinctement, leur sang pour la défense de la République. Le Comité de Salut Publif arrête quedans les usines, forges, arsenaux

(i) Al i.viiM. M. .\SS. (.(• (Ircn-I lui miniiv d,- ijr, le Icmlrniaiii. •.• Icv rici- i;i.(i. (X. (lui).

et tous autres établissements employés directement ou indirectement à la fabrication des armes et de l'artillerie pour la défense de la République, les ouvriers, pendant tout le temps de la présente guerre, ne pourront en être distraits par l'observation d'aucun culte, ni par les cérémonies d'aucune confrérie, religion, association quelconque. » 8 novembre 1793. Quant aux désordres provenant des trop fréquents changements d'un atelier à l'autre. Prieur y pourvut en faisant décréter (11 décembre) (1) « qu'aucun ouvrier, travaillant déjà dans un atelier pour les armes, n'en pourra sortir pour travailler ailleurs, même dans un autre atelier, sans la permission du directeur, du régisseur ou de l'inspecteur. » Il paraît que le décret fut mal observé, ou que de coupables complaisances permirent de l'éluder, car Prieur fut obligé de le renouveler en l'aggravant, quelques semaines plus tard, le 23 février 1794 (2). «Le Comité de Salut Public considérant. . . . qu'il y a des ouvriers qui aiment assez peu la République, et semblent prendre assez peu d'intérêt au besoin d'armes qu'ont nos frères devant l'ennemi, pour abandonner les travaux publics et ne s'occuper que des travaux particuliers, arrête : 1° que tous les ouvriers qui travaillent à la fabrication des armes soit dans les ateliers publics, soit chez les soumissionnaires particuliers, ne pourront quitter leurs ateliers, même pour en changer, sans y être autorisés par l'administration générale de la fabrication des armes portatives; 2° que les comités révolutionnaires sont chargés, sur la dénonciation des régisseurs, directeurs ou inspecteurs d'ateliers, ou sur la dénonciation du soumissionnaire, de faire rentrer dans leurs ateliers respectifs les ouvriers qui en seraient

(I) Aui.AHO. IX, 385.

a) 1(1., XI, 3S5.

sortis pour travailler ailleurs. » Ces mesures sévères produisirent (Je bons résultats. Les ouvriers français, et les ouvriers parisiens particulièrement, avaient l'intelligence trop ouverte pour ne pas comprendre qu'en restant à l'atelier ils étaient aussi utiles que sur le champ de bataille. 11 se rencontra bien quelques récalcitrants qui clabaudèrent, mais les ordres du Comité étaient impératifs, et ils finirent par obéir.

Les coalisés avaient à Paris des agents qui les renseignaient sur les faits et gestes de la population. Les progrès inattendus, incessants, de la fabrication des armes les étonnèrent. Ils voulurent les enrayer. Des agents provocateurs pénétrèrent dans les ateliers, et, par leurs fallacieuses promesses, essayèrent de déterminer des désertions. Prieur avait fait venir de Liège (luelques armuriers réputés pour leur adresse. Les embaucheurs s'adressèrent tout dabord à ces Liégeois, et réussirent à en détourner quelques-uns de leurs devoirs; mais le (^iomité veillait. Prieur les renvoya presque tous. Ainsi qu'il l'écrivait dans son arrêté du 19 décembre (1), « un des moyens que les ennemis pourraient employer pour arrêter la fabrication extraordinaire des fusils à Paris serait d'envoyer dans les ateliers des étrangers chargés d'y semer le mécontentement, la haine et les désordres. » Quant aux ouvriers français, il prit diverses dispositions pour les mieux surveiller et pour assurer la régularité de leur travail. Quelques-unes de ces dispositions étaient naïves, par exemple l'afïichage dans les ateliers {'2) du Bulletin de la Convention, «car il est important que les ouvriers de la manufacture d'armes de Paris soient exactement instruits des décrets de la Convention natio-

(II Al i.AHu, IX. 5i.j.

(2) Id.. IX, 5i5.

nale. C'est par de fausses nouvelles, par l'altération des décrets, et même par de faux décrets qu'on a réussi plusieurs fois à fomenter des troubles et à exciter des mouvements contre-révoiutionnaires. »

Certes, Prieur fut mieux inspiré lorsque, pour rappeler ces ouvriers au sentiment de leurs devoirs, il rédigea et fit signer par le Comité un arrêté spécial (1), dont voici les considérants : « Le Comité de Salut Public, considérant que la fabrication extraordinaire des armes est une mesure de salut public, qui fait trembler les ennemis intérieurs et extérieurs, et que, le jour où la fabrication de Paris sera dans toute sa splendeur, sera un jour de de deuil pour nos ennemis, puisqu'il assurera l'armement général et qu'il détruira tout espoir d'asservissement du peuple ; que les ennemis intérieurs et extérieurs emploient tous les moyens qui sont en leur pouvoir pour entraver et arrêter cette fabrication, espérant par leurs manœuvres retarder l'armement général, prolonger la durée de la guerre et lasser le peuple français, comme si des républicains pouvaient se lasser de combattre pour la liberté ', qu'un des moyens qu'ils emploient est de faire placer dans les ateliers des intrigants qui leur sont dévoués, qui excitent des désordres, retardent les travaux, font perdre du temps aux ouvriers; qu'il faut arrêter ces mouvements perfides dans leur origine, déjouer les manœuvres de nos ennemis, engager les ouvriers à fabriquer le fer qui doit armer le bras des défenseurs de la République et le mettre à même de combattre et terrasser les tyrans et leurs esclaves, arrête >). Ces patriotiques adjurations furent entendues. Les traîtres furent surveillés et les mécontents rcfUiits au silence. L'ordre se rétablit dans les ateliers, et au

( I ) Aii.Aiti). IX. SiC).

tumulte confus des premiers jours succéda bientôt une tiévreuse et mélliodique activité. Quelques semaines avaient sufti à Prieur pour enrégimenter plusieurs millieis d'ouvriers et les animer du feu qui les dévorait.

LES ATELIERS A PAIIIS

Ces ouvriers (jii'il avait ainsi réunis, il fallait les loger, et. autant ({ue possible, concentrera Paris ou dans la banlieue immédiate la fabrication des armes à feu. Ce fut l'objet des incessantes préoccupations de Prieur. Dès le 24 août il rédigeait de sa propre main et faisait approuver par ses collègues du Comité un arrêté en vertu duquel le citoyen Poyet(l), architecte de la Commune, était autorisé à faii'e construire des ateliers pour la fabrication des armes aux Tuileries, tout le longde la terrasse qui donne sur le quai (2), dans le jardin du Lu.xembourg, le long de l'ancienne Chartreuseet parallèlement à la rue de Notre- Dame-des-Champs, et enfin à l'ancienne place Royale, au pourtour de la grille. Le ministre de la guerre devait organiser dans le plus bref délai « une administration chargée de tous les détails du travail de la grande fabrication d'armes qui va être établie dans divers emplacements de Paris )) et un entrepreneur, le sieur Genty (3),

(t) Ai'LAnn, \l, 84-

(a) Par arr("'t('' du 2.S août i^jVî (Aii.mid. \\. i^n) ces aiclicrs rurciil I l'aiisporli-s à TEsplanado des Invalides.

('i) I.f i8 août (AL'i,\ni), Vf, 140), Genty rei;evait fi,ix>t) francs pour cette coniniandc. On l'ut, paraît-il, mécontent de ses services, car le a'i décembre ijy'J ( Ati.AiiD XI, '306), Prieur prononçait sa destitution et son arrestation, a cause de sa négliffcnce, « attendu que le (Comité avait été oMig'é de recourir à un autre moyen, celui défaire construire des foi-eries et des émouieries à bras», «■t le remplaçait par son associé Guerne.

était autorisé a à faire l'achat de bateaux, la commande et l'achat des agrès, et tous les ouvrages préliminaires nécessaires pour mettre ces bateaux en état d'y établir les foreries de la fabrication des fusils. »

Ce n'était là qu'un premier essai. Deux jours après la création de ces trois ateliers (I). le 27aoùt Prieurfaisait décréter par ses collègues la création de trois nouveaux ateliers spéciaux : un d'équipement de canons de fusils dans les cloîtres des ci-devant Jacobins, rues du Bac et Saint-Dominique, et cetatelierdevint bientôt si considérable qu'il fallut évacuer la bibliothèque du cou vent pour augmenter le nombre des salles (2) (12 septembre) : Lesecond atelier fut installé aux écuries ci-devant d'Artois ; il était destiné aux équipeurs monteurs de fusils, et le troisième dans la maison de Bachy, rue Saint-Dominique; il était réservé aux platineurs(3). Le 18 août Poyet, l'architecte, recevait des instructions pour la constructions d'un atelier destiné à deux cents ajusteurs dans la maison Eymart, et d'un atelier destiné à cent vingt platineurs dans la maison Montmorency(4).Le29 Prieur chargeait un certain Hubert d'établir aux Carmes de la place Maubert et à la Sorbonne des ateliers pour ajusteurs et monteurs de canons de fusil. Poidevin, dans le ci-devant collège du cardinal Lemoine, et Rousselle, dans la maison du cidevant évêque de Metz, rue de Tournon, établirent des magasins pour les petites pièces des armes à feu, Le lenmain30août(5}est décrétée la création de nouveaux ateliers d'é([uipeurs de canons de fusil, de platineurs, d'ajusteurs et de monteurs de fusils L'architecte Delespine dirigera

(i) Allakd, VI. 114.

(3) Id. Vf, 443.

ri) id. VI, i.')o.

(^) l<l. VI, ife.

(.■)) 1<1. VI, i.S;.

l'atelier des monteurs de fusils dans la maison de Tessé, rue de Varennes, et dans la maison d'Aisne, rue Saint- Dominique, ot lo citoyen Menton celui des ci-devant Cordeliers, rue Marat. Le 31 août deux (1) nouveaux ateliers sont encore installés, l'un d'ajusteurs-monteurs aux Ursulines , dans la rue Saint-Ange, et l'autre de platineurs aux Quinze-Vingts, sans parler d'un troisième (2) atelier dans l'Ile de la Fraternité (Saint-Louis), qui s'occupera spécialement d'assortir des matrices pour ouvreurs. Un certain nombre d'architectes sont autorisés à réquisitionner (3), pour la construction de ces ateliers, « tous les citoyens matons. charpentiers, menuisiers, plâtriers, etc.. doiitces travaux exigeront l'industrie elles fournitures... Nous invitons tous les ouvriers amis du bien public, et (jui veulent sincèrement le salut de la patrie, de (aie) se réunir pour accélérer ces travaux importants. » Tous les ouvriers ainsi réquisitionnés recevront au minimum quatre livres par jour; mais ceux dont les talents ou la capacité seront signalés seront payés en conséquence. Quant aux sections de Paris, au conseil municipal et à toutes les autorités constituées, on les prie « d'user de tout leur pouvoir pour la prompte construction des immenses ateliers qui produiront les foudres qui doivent exterminer tous les tyrans. »

Lors((ue, à l'appel du Comité, se présentèrent en grand nombre de nouveaux ouvriers, il parut nécessaire d'organiser d'autres ateliers. Dès le 3 septembre 1793(4), Prieur en installait deux pour les platineurs et les ajusteurs monteurs dans le ci-devant couvent de Saint- Magloire (5), et deux autres le 5 du même mois, dans la

(l) AULARI», W. 201.

(a) Id., VI, aV).

('i) Correspondance de Cni-m^l. t. IM, p. <»i-

Page 1