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lion que ces créances fussent espagnoles d'origine et restées dans des mains espagnoles. En i8551e Mexique, ravagé par les révolutionnaires, se trouva avec un trésor vide, des revenus douaniers à peu près nuls, si bien qu'il suspendit ses payements, et aux réclamations des créanciers espagnols il répondit par une demande de suspension de la Convention de i853, en alléguant la nécessité de reviser certaines créances abusivement introduites sous le couvert de cette convention. Il alla même jusqu'à mettre sous séquestre les biens de certains créanciers soupçonnés de fraude, et ne leva ce séquestre qu'à la suite d'une démonstration de la flotte espagnole devant Vera-Cruz. Cependant, le 12 juillet i856, le ministre d'Espagne consentit à passer avec le gouvernement mexicain un acte qui, tout en reconnaissant les stipulations de i853, admettait la revision des créances. Cette réserve ne fut pas agréée par le gouvernement espagnol et la question demeura en litige.
Le différend s'aggrava à la fin de i856; cinq sujets espagnols furent assassinés à la ferme de San Vicente, près de Cuernavaca. Le ministre d'Espagne au Mexique réclama un châtiment exemplaire et estimant que la justice mexicaine n'avait pas poursuivi son oîuvre avec la diligence convenable, il rompit les relations diplomatiques le 19 janvier 1867. Le Mexique essaya de parlementer. Il envoya en Espagne M. Lafragua ; après un mois de démarches, les
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pourparlers furent rompus, à la fin de juin iSay. L'Espagne exigeait, outre l'exécution stricte du traité de i853, le châtiment des assassins de San Vicente et une indemnité de ce chef. Ce fut sur ce dernier point que la négociation échoua. Les relations restèrent donc suspendues et le discours de la couronne du i*^"" décembre i858 fit allusion à cet état de choses, en manifestant à Tégard du Mexique des sentiments assez belliqueux.
Ce fut en réponse h ce passage du discours d(^ la couronne que Prim fit au Sénat en faveur du Mexique une motion qui surprit : il dénonça \v mal fondé de certaines créances et démontra que le gouvernement mexicain, impuissant à mainte nir Tordre dans l'état d'anarchie présent du pays, avait, après les assassinats de San Yicenle, fait son possible pour en tirer vengeance et effectivement arrêté et exécuté huit des coupables. H estimait donc qu'une guerre ne serait ni raisonnable, ni juste. « Du reste, ajoutait-il, à qui irez-vous demander satisfaction ? Au gouvernement de Juarez qui est à Vera-Cruz? 11 vous répondra que malgré son désir de satisfaire à vos exigences, il ne peut le faire, parce que son autorité ne s'étend pas au delà des murs de cetto place. Au gouvernement de Zuloaga, qui occup«^ la capitale ? Il vous fera la même réponse. »
Pour s'exprimer d'une façon qui choquait à cr point le sentiment général, il fallait que le marquis de los Castillejos s'estimât mieux informé que personne. Il pouvait l'être en effet. Il était
;imi intime de Lozano Armentia, qui avait été ministre d'Espagne au Mexique et qui s'était vu disgracier pour avoir dénoncé h son gouvernement diverses fraudes des créanciers espagnols du Mexique. De plus Prim avait épousé, quelque temps auparavant, une Mexicaine de très riche famille, M"® Agùero, nièce d'un personnage politique dont le nom se retrouvera un peu plus loin, Echeverria. Cependant son discours ne convertit aucun sénateur et lorsqu'on passa au vote, il resta seul de son avis.
En dépit de ses déclarations le ministère O'Donnell n'en vint pas encore aux hostilités avec la république mexicaine et même il approuva un traité signé au mois de septembre 1869 entre Mon, ambassadeur d'Espagne à Paris, et Almonte, représentant du président /uloaga. Cette convention assimilait décidément il la dette extérieure, avec les mêmes garanties et privilèges, la dette dont les titres étaient aux mains des créanciers espagnols et à laquelle la convention de i836 donnait la qualification vague de dette propre et nationale.
Au moment où se concluait le traité Mon- Almonte, le président Zuloaga, chef du parti conservateur, était remplacé par son propre lieutenant Miramon, qui se trouvait maître de Mexico et que l'Espagne reconnaissait en fait en envoyant auprès de lui M. Pacheco ; O'Donnell se flattait de la naïve illusion que son ambassadeur pourrait jouer le rôle d'arbitre entre Mira-
mon et Juarez. Ce dernier, en 1860, avait le siège de son gouvernement à Vera-Cruz, mais il ne tarda pas à l'emporter sur Miramon et, le 11 janvier 1861, il entrait en vainqueur h Mexico.
Juarez se trouva mal disposé à l'égard de l'Espagne, par antipathie de race d'abord, en vertu de son origine indienne, puis par ressentiment de la reconnaissance de Miramon. Il avait déjà manifesté son mauvais vouloir, au moment de la convention Mon-Almonte, en protestant contre ce traité; il avait saisi un bâtiment de commerce espagnol, la Concepcion, qu'il n'avait relâché qu'à la suite d'une démonstration navale devant Vera- Cruz. Enfin si, enjuin 1860, il avait laissé passer M. Pacheco qui se rendait auprès de son rival, il prit sa revanche aussitôt installé à Mexico : un de ses premiers soins fut en effet d'expulser l'ambassadeur d'Espagne, avec cette inadmissible distinction que la mesure était dirigée contre la personne de M. Pacheco, non contre son gouvernement.
Ainsi, au début de 1861, non seulement le traité Mon-Almonte était déchiré, mais les rapports étaient rompus, à la suite d'une insulte grave, entre l'Espagne et l'homme qui, de fait sinon de droit, se trouvait le maître de la république mexicaine. O'Donnel, cependant, n'intervint pas immédiatement; la flotte avait besoin d'être complétée, et il attendit. A ce moment du reste l'Espagne seule avait cessé les relations avec Juarez. Ce fut seulement lorsque la loi du 17 juillet 1861 suspendit pour deux ans le paye-
ment dos intérêts de la dette étrangère, que les ministres de France et d'Angleterre protestèrent et se retirèrent.
Prim suivait les phases diverses de l'imbroglio mexicain. En juillet 1861, il vint en France, à \'ichy, et y vit Napoléon III. Entre l'empereur, à l'apogée de. sa fortune, et le soldat ambitieux qu'était Prim, il y avait des affinités : de vagues songes de gloire militaire, le désir d'accomplir de grandes choses. Ils cédèrent l'un et l'autre à ce don de séduction qui fut une des forces de Napoléon III et qui valut à Prim tant d'amitiés dévouées ; dans leurs conversations, ils effleurèrent l'éventualité d'une expédition au delà de l'Atlantique. L'empereur y fait allusion dans une lettre qu'il écrivit h Prim un peu plus tard, le '2^ janvier 1862 : « Votre rcve de Vichy s'est réalisé ; voici les troupes espagnoles et françaises <|ui vont combattre cote à côte pour la même cause... » Ce rêve de Vichy, quel était-il ? Bien imprécis, sans doute, pour laisser place au malentendu qui se manifesta par la suite. Ce qui (îst certain, c'est que, dès le milieu de 1861, Prim se préoccupait, avec une arrière-pensée person nelie, des événements du Mexique. En août, il assista à Paris, chez M"* Agùero, à une entrevue «•nlre M. de la Fuente, représentant de Juarez, et uo secrétaire de l'ambassade d'Espagne. Mais ces pourparlers n'eurent pas de suite, et très peu après le gouvernement d'Isabelle s'engageait dans une voie toute diiTérente.
Le 6 septembre 1861, M. Mon, ambassadeur d'Espagne à Paris, télégraphiait au ministre des iVffaires étrangères, Calderon Collantes : « La France et l'Angleterre vont s'emparer des douanes de Vera-Cruz et de Tampico pour se rembourser de toutes les sommes que le Mexique leur doit. Dans ce but, des forces navales se di rigent vers ces points. Elles semblent ne se soucier en rien de nous... Je sais que l'idée d'une monarchie leur est agréable; l'occasion est favorable pour une solution, parce (jue nous sommes tous offensés et les Etats-Unis très affaiblis ', et jo me réjouirais que nous sortions de ceci sans y perdre. »
Quatre heures plus tard, Calderon Collantes <ixpédiait à Mon un télégramme où, sans faire allusion à la dépèche que nous venons de citer, le ministre invitait Mon à s'informer si le gouvernement français n'aurait pas l'intention de faire une démonstration au iNIexique. Le soir même un second télégramme de Collantes à Mon disait : c( Nos dépêches d'aujourd'hui se sont croisées. Le gouvernement est décidé h agir énergiquement. Un bateau à vapeur partira, porteur : d'instructions catégoriques au capitaine gêné- , rai de Cuba, pour qu'il agisse contre Tampico et Vera-Cruz... Votre Excellence peut le faire connaître au gouvernement impérial. Si l'Angle- i terre et la France conviennent d'agir d'accord