LA RÉVOLUTION
ne lui était pas systématiquement opposé : il estimait seulement que, dans l'intérêt même de rinfante et pour la sauvegarde de sa dignité, mieux valait ne pas prononcer son nom au début de la révolution ; avant de la compromettre, il fallait attendre que l'opinion publique se fût prononcée ; ensuite les Cortes décideraient. Topete céda.
Dans cette nuit du 17 au 18 septembre 1868 et dans la matinée qui suivit, se joua la partie décisive dans la destinée du général Prim. La Buenaçentura n'arrivait pas. Aux premières heures du jour Prim, l'amiral, Sagasta, Zorrilla tinrent conseil à bord de la Zaragoza. Entraîné par la parole persuasive de Prim, Topete consent il ne pas retarder le moment d'agir. A midi, l'es- ( adre s'avance vers Câdiz en ordre de bataille. Au cri d'ordonnance de « Vive la Reine ! » Prim et l'amiral ripostent par celui de « Vive la Liberté ! » que répètent les équipages, et vingt et un coups de canon saluent la proclamation de la souveraineté nationale.
La veille, Topete avait rédigé une proclamation l'un style diffus, où l'on avait peine à saisir s'il lemandait l'avènement d'une monarchie nouvelle ou la réforme de celle d'Isabelle II, avec un changement de ministère. Prim, plus expérimenté, lança un appel aux armes en termes énergiques, où le mot de révolution figurait dès les premières lignes ; après un réquisitoire violent contre le régime en vigueur, il en appelait aux
libéraux de toutes nuances, et fort adroitement il remettait à plus tard la solution de la question constitutionnelle, laissée à la décision du peuple dans l'exercice de sa libre souveraineté.
Le lendemain matin ig, Câdiz se soulevait, sous les yeux de Tautorité impuissante, et Prim, immédiatement, constituait une junte dont il donnait la présidence à Topete et dans laquelle il avait introduit, en nombre égal, des représentants de tous les partis libéraux. A la tombée de la nuit la Buenaventiii a débarquait Serrano, Dulce et les autres généraux. Une nouvelle proclamation fut rédigée le soir même. Mais Prim avait donné la première impulsion ; il n'y avait plus qu'à suivre. Sous une forme un peu différente ce furent, dans ce manifeste, les mêmes idées, généreuses mais un peu vagues, exprimées la veille par le marquis de Los Castillejos. Au bas de l'affiche, au second rang, après la signature de Serrano, venait celle de Juan Prim. Dès ce moment celui-ci occupe la place qu'il conservera pendant toute la durée du gouvernement révolutionnaire. Cette place, qu'il a acceptée dans son entretien avec Topete, dans la nuit du 17 au 18 septembre, est en apparence la seconde et, officiellement, restera la seconde. Mais Prim a été bien servi par sa hardiesse et aussi par le hasard qui a retardé la Biienaventura. C'est lui qui a entraîné Topete à l'action, c'est lui qui, au moment décisif, a été le véritable initiateur de la révolution, et dans le peuple on ne