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l'ignore pas. Serrano pourra se donner le plaisir de parader au premier rang, mais arrivé vingt-quatre heures trop tard, le coup d'audace une fois risqué, avec cela d'un caractère porté à l'indolence, il aura beau devenir le chef du gouvernement provisoire : jamais il n'aura du pouvoir que les apparences et celui qui en exercera la réalité, qui pendant deux ans sera le véritable I égent de l'Espagne, ce sera Prim.
Le mouvement commencé à Càdiz se propagea ;tvec une rapidité foudroyante dans toute l'Espagne. Gonzalez Bravo, affolé, céda la place au marquis de la llabana. Le premier mouvement du nouveau président du (Conseil fut de faire revenir h Madrid la reine, qui se trouvait alors à Saint-Sébastien. Il y renonça en voyant le peu le zèle des officiers à défendre sa cause. Cepenlant il réussit à donner une assez forte armée à Xovaliches, qui marcha sur Cordoue pour barrer la route à Serrano. La rencontre eut lieu le '.S septembre. L'action resta indécise jusqu'au ^oir, où, voulant enlever à la baïonnette le pont il'AIcolea, Xovaliches fut dangereusement blessé. Dans la nuit son armée se retira ; le 2 octobre elle capitulait, passant en fait aux ordres de Sarrano. Si au lendemain d'Alcolea la reine avait ibdiqué et envoyé vers les rebelles le prince des Vsturies, la révolution tournait court. Serrano
lui-même a avoué qu'il aurait proclamé Alphonse XII. Mais la souveraine ne consentit pas à ce sacrifice, qui lui fut pourtant conseillé. Le 3o septembre elle se réfugia en France, tandis que dans sa capitale, abandonnée à elle-même par le gouvernement en désarroi, la révolution s'efFectuait sans trouver de résistance.
Prim n'avait pas pris part aux opérations de l'armée insurgée qui avaient abouti à la victoire d'Alcolea. Serrano ne s'était pas soucié de garder à ses côtés un rival avec lequel il eût fallu partager l'honneur de vaincre et dont la présence eût pu devenir embarrassante si l'occasion s'était offerte de se prononcer pour le prince des Asturies. Il avait donc chargé le général de parcourir le littoral méditerranéen pour soulever les principales villes ou recevoir leur acte' d'adhésion à la révolution. Parti à bord de la Zaragoza, Prim touchait le 28 à Malaga, le 25 à Almeria, le 26 à Carthagène, le 2 octobre à Valence où il était accueilli par l'archevêque, le capitaine général et Payuntamiento provisoire, tandis que la population couvrait sa calèche de couronnes. Même enthousiasme le lendemain à Barcelone. Là cependant il y eut une note discordante. La capitale catalane comptait un certain nombre de républicains. Un de leurs chefs, Tutau, prononça un discours où, en termes très clairs, il invita les progressistes à abandonner les monarchistes de l'Union libérale pour se joindre au parti républicain démocrate et en former Télé-
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ment modéré et conservateur. Prim ne répondit pas, mais visiblement contrarié il s'embarqua le soir même pour Tarragone.
Là et dans sa ville natale de Reus il reçut un i accueil qui dut lui rappeler les journées gloî rieuses de son retour du Maroc. Pendant sçs |- années de proscription, Barcelone avait rayé son f nom du Salon des Cent. Aujourd'hui, Tarragone lui décernait h son tour le titre de fils adoptif f: et h Reus son épée de la guerre d'Afrique repre- ^ nait dans la salle du Conseil la place d'honneur ■*: d'où on l'avait enlevée. En route vers Madrid, \[ le train qui l'emportait devait s'arrêter à chaque N Station pour satisfaire au vœu des populations 'V accourues à la gare.
'* Ce fut le 7 octobre que Prim arriva dans la ] capitale. Serrano y avait fait son entrée le 3, sans la gêne d'avoir à ses côtés ce rival de gloire. Il avait été reçu par une foule enthousiasmée [ qui avait applaudi ses vivats à la liberté, à l'hon- ' neur de l'Espagne, mais qui avait montré une réserve subite quand il avait proféré le cri de : vive l'Union libérale ! Ce parti n'était pas populaire et comptait plutôt ses fidèles dans les classes bourgeoises. Quant au vainqueur d'Alcolea, son prestige, pour grand qu'il fût, restait encore au-dessous de celui dont Prim était revêtu aux yeux de la nation. On en eut la preuve à l'arrivée h Madrid du marquis de Los Castillojos. Attendu ii la gare par un peuple I immense, étouffé par des gens qui voulaient l'em-
brasser et lui serrer les mains, Prim dut lentement se frayer un chemin, à cheval. Les applaudissements et .les acclamations couvrirent la voix des orateurs qui le haranguaient, l'empêchèrent Hw-mème de se faire entendre. Il parcourut la rue d'Alcalâ sous une pluie de fleurs. Serrano l'attendait au ministère de l'intérieur. Ensemble ils parurent au balcon et s'embrassèrent. Prim réussit alors à prononcer quelques paroles qu'il fit suivre de vivats à la liberté, à la marine, à la souveraineté nationale, à l'armée et au peuple.
Dans une lettre du ii octobre, notre compatriote, le peintre Henri Regnault, raconte: « Depuis dix jours la ville est en fête... Prim a été accueilli avec un enthousiasme insensé ; il a été couvert de bouquets et de couronnes... Pour le moment il est nommé ministre de la guerre ; il arrivera plus haut sans doute. Le peuple l'aime tant qu'il ne le laisse pas dormir. Toute la nuit on lui chante des chœurs, des hymnes ; les musiques de tous les régiments viennent lui jouer des marches triomphales sous ses fenêtres. C'est un tapage incessant. Les cris de ç^wa retentissent à tout moment. La Puerta del Sol et le commencement de la calle Alcalâ sont toujours remplis de curieux qui attendent qu'il se mette à sa fenêtre ou qu'il sorte, pour l'acclamer encore.
« Il a pourtant rudement secoué le peuple après l'assassinat du secrétaire de Gonzalez Bravo, devant la Gobernacion. Il lui disait qu'il n'était composé que de canailles, de morceaux