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I.V KEVOLUTION

<]e bètcs (c'est son mot;, qu'il était indigne de la liberté, et que si pareille chose recommençait, fui, Serrano et Topete partiraient et le laisselaient se débrouiller comme il voudrait. Sur quoi on a applaudi à outrance... »

Dans la nuit qui suivit Feutrée triomphale de

Prim h Madrid, un cabinet se constitua. Dès le

lendemain de la révolution, à Câdiz, il avait été

'onvenu que Prim prendrait le ministère de la

. lerre. Serrano, investi de pleins pouvoirs par

la junte provisoire de Madrid, aurait eu quelques

•Iléités de le nommer simplement capitaine

• néral et gouverneur militaire de la capitale.

Mais il comprit vite qu'il eût été imprudent de

lui refuser la situation promise. Les portefeuilles

furent également répartis entre unionistes et

progressistes. Prim eut la guerre et le grade de

ipitaine général ; Topete, la marine ; Loren-

ina, les affaires étrangères ; Romero Ortiz, les

iltes et la justice ; Figuerola, les finances ;

igasta, rintérieur ; Zorrilla, le fomentOy c'esl-

dirr* les travaux publics, le commerce et l'ins-

iiction publique; Avala, les colonies. Les

rogrcssistes se trouvaient maîtres des dépar-

rnents les plus importants : guerre, intérieur,

lances et fomento. Serrano, il est vrai, demeu-

lit odicicllement le chef du pouvoir exécutif,

<:iis ministre sans portefeuille, il allait bien vite

trouver réduit au r(')le représentatif d'uniî

>rte de président de l.i Hi'publique. Serrano

gna ; Prim gouvernit

LÉOriARDOK. Q

YII

LA PREMIERE SESSION DES CORTES CONSTITUANTES, LA CANDIDATURE DU ROI FERDINAND DE PORTU- GAL. 1869.

A peine installé au pouvoir, le gouvernement provisoire se trouva aux prises avec les plus sérieuses difficultés. Le flot révolutionnaire menaçait d'entraîner beaucoup plus loin qu'ils ne le souhaitaient les hommes qui, pour lui livrer passage, avaient rompu les digues : le pays risquait de sombrer dans l'anarchie. Partout des juntes s'étaient improvisées et le peuple avait pris les armes. Avec un gouvernement centrîd mal affermi, cette situation pouvait devenii* dangereuse. Le cabinet obtint de la junte de Madrid qu'elle prononçât elle-même sa dissolution et invitât les juntes provinciales à imiter sa patriotique abnégation.

Des délibérations de ces assemblées un programme se dégageait : suffrage universel, liberté des cultes, de l'enseignement, de la presse; droit de réunion et d'association ; décentralisation administrative ; inviolabilité de l'individu ;

PREMIEKC SESSION DES CORTES CONSTITI ANTES I.)I

inamovibilité des juges, unité de loi, institution du jury. Le 25 octobre, le gouvernement donna satisfaction au vœu populaire en publiant un manifeste où il adoptait ce programme dans ses

;indes lignes, mais en même temps, quoique avec une grande réserve dans la forme, il laissait iri'S clairement transparaître ses préférences

(idées pour le maintien du régime monarchique.

Cette déclaration tendait ;i réao-ir contre la propagande très active à laquelle se livrait une

iction du parti démocrate. Ce parti venait de se séparer en deux groupes : l'un se ralliait au principe d'une monarchie libérale; l'autre n'acceptait que la république, et même voulait l'éta-r blir sous la forme fédérative. Ces républicains avaient à leur tète des hommes de grand talent, Castelar, Pi y Margall, Figueras, Orense, qui lattaient avec ardeur pour le triomphe de leurs doctrines. Dès ce moment, Prim se prononça rontre eux. « Pour établir une république, éci i-

ilt-il alors à Emile de Girardin, il faut des ré-

[1 publicains. Si en Kspagne ce dernier parti se

'rouve représenté par une fraction, celle-ci, pour

spectable qu'elle soit, n'est pas, à mon sens,

>ez nombreuse pour prendre la direction des iillaires, ni, en un mot, pour gouverner. » Ce-

indant,avec sa prudence habituelle, il ajoutait : [)aDs notre situation actuelle, rienne Tempéche [propager librement ses idées et, si elle arrive

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idées, celle-ci donnera satisf\iction à ses aspirations. »

L'avenir était ainsi réservé. Pour le présent, ces républicains, en minorité évidente, agitaient dangereusement le pays. En décembre, il y eut à Câdiz et à Mâlaga des troubles sérieux suscités par un essai de mise en pratique de certains principes encore plus socialistes que républicains. L'ordre ne fut rétabli que par la force. Jl

Ces incidents graves eurent une répercussion" inattendue dans le ministère. Le général Caballero de Rodas avait été envoyé pour mettre les émeutiers à la raison. Aussitôt le duc de Montpensier, toujours en Portugal, s'était empressé de franchir la frontière et de mettre son épée au service du gouvernement. Pensait-il, après une action vigoureuse contre les perturbateurs, de concert avec Caballero de Rodas, pouvoir revenir à Madrid en pacificateur et se faire proc!a-||| mer roi par Serrano et Topete ? On ne lui laissa j pas la liberté de le tenter et il fut invité à repasser immédiatement la frontière. C'était Prim et ses amis qui avaient imposé cette décision au cabinet; de là chez les ministres unionistes une mauvaise humeur qui ne se contint plus lorsque Prim, pour consolider sa situation, eut nommé généraux une douzaine d'oiïîciers supérieurs h sa dévotion. Serrano critiqua vivement cette promotion au Conseil. Prim riposta par une lettre ! menaçante. Un moment la rupture sembla consommée. Tandis que les partisans de Serrano

PREMIERE SESSION DES CORTES CONSTITUANTES lOO

îiccusaient le marquis de Los Castillejos de dilapider les fonds de l'Etat et de s'entourer de prétoriens, les amis de celui-ci s'efforçaient de rejeter sur leurs adversaires tout l'odieux de la I épression sanglante des émeutes de Câdiz et de Miilaga. En même temps, symptôme alarmant j)our rUnion libérale, des personnages autorisés in parti progressiste faisaient mine d'entrer en ronversation avec les républicains. C'était une manœuvre que Prim devait renouveler plus d'une i>is. Elle réussit. Les choses s'arrangèrent à amiable, mais en somme ce fut Serrano qui ;ipitula. Son rival avait fait l'essai de sa force et restait le maître du terrain.

Cette crise intime fut assez bien dissimulée iii public et le ministère parut plus uni que jamais, lorsqu'en janvier 18G9 il lança son mani- •ste aux citoyens espagnols appelés à nommer (les Cortes constituantes. Avec des électeurs nouveaux, dont les trois quarts, de l'aveu d'un homme politique, M. Cos-Gayon, ne savaient pas lire, il fallait parler clairement. Pour combattre les menées républicaines, le gouvernement pro- \isoire, tout en respectant d'une façon inconnue isqu'alors la liberté du vole, n'hésita pas ii pro- « lamer une seconde fois ses préférences pour la monarchie.

I>a Constituante élue du 1") an 18 janvier ompta cependant une soixantaine de républilins, envoyés aux Cortes surtout par la (Catalogne f l'Andalousie. Les provinces de Câdiz et de

Séville, très travaillées par le socialisme, n'avaient pas nommé un seul monarchiste. Prim, élu à Madrid et à Tarragone, avait échoué, ainsi que Tamiral Topete, dans cette même ville de Câdiz, qui trois mois plus tôt les acclamait. Il n'en était pas moins vrai que le marquis de Los Castillejos triomphait : ses amis, progressistes et démocrates monarchistes, formaient un groupe compact de cent cinquante à cent soixante députés. L'Union libérale était réduite à soixante-dix ou quatre-vingts représentants, parmi lesquels figuraient quatre fidèles de la monarchie déchue, dont le plus marquant était Canovas del Castillo. Une trentaine de députés carlistes avaient été élus dans les provinces du Nord.

Dès lors la solution théorique de la révolution dans le sens d'une monarchie libérale ne fait plus de doute. Mais pour la solution pratique, pour le choix d'un souverain, on peut prévoir les plus grandes difficultés. Sur ce point, les partis ^ qui ont collaboré au renversement d'Isabelle ontf ' des vues absolument divergentes. Serrano, To- J pete et la majorité de l'Union libérale sont par- . tisans déclarés du duc de Montpensier, que ce soit à lui-même que soit décernée la couronne, ou à sa femme, ou à leur fils aîné, âgé de neuf ans. Cependant, les unionistes eux-mêmes ne sont pas unanimes ; quelques-uns, satisfaits de la chute d'Isabelle, voudraient appeler au trône son fils, le prince des Asturies, Alphonse.

Les progressistes ainsi que la fraction des démo-

I i:S CANDIDATS Al THONE DESPAGNE l.)0

rates qui ne se prononce pas pour la république, <»nt un idéal politique tout autre, qu'ils caressent depuis de longues années. Ils révent de réunir lUs un même sceptre le Portugal et l'Espagne, ; déjà en décembre i865, en acclamant bruyanilent à Madrid le roi Dom Luiz, c'était en faveur '(* rUnion ibérique qu'ils manifestaient. Larévoition faite, il semble que leur rêve va pouvoir se it'aliser, soit qu'ils donnent la couronne d'Espagne à Dom Luiz ou qu'ils l'offrent ii son père, roi veuf de Portugal, Ferdinand de Cobourg. » ms le premier cas, c'est l'union immédiate; ins le second, elle est préparée et, par une : ansition naturelle, s'effectuera à la mort de Ferinand.

Cependant, un groupe de progressistes tourne

•jà lesyeuxvers l'Italie et songe au ducd'Aoste,

rnédée, tandis que d'autres se montrent dispo-

s à investir de la dignité royale le champion

il parti, le vieil Espartero.

Ces noms ne sont pas du reste les seuls mis

*n avant au lendemain de la révolution. Moins

1 un mois après le pronunciamiento de Câdiz,

ant la mi-octobre 18G8, on a parlé du prince

•ritier de la maison de llohenzollern, Léopold.

ourle moment, ce ne sont que des propos sans

msistance et aucune démarche n'a été faite.

11 faut ajouter qu'à cette époque les noms de

liisieurs autres princes allemands furent pro-

• ncés : ceux du prince Frédéric-Charles de

russe, du prince Philippe de Cobourg, de Par-

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chiduc Charles d'Autriche; un unioniste suggéra ridée de transplanter en Espagne toute la famille royale de Saxe. Il y eut des politiciens qui, dans leurs recherches à travers les généalogies princières du Gotho, s'arrêtèrent un instant sur le nom d'un fils de la reine d'Angleterre, sans réfléchir à l'impossihilité de mettre un protestant sur le trône de la catholique Espagne.

Le 2 2 février 1869 l'Assemblée constituante ayant achevé la vérification des pouvoirs, nomma son bureau et choisit comme président Nicolas Rivero, alcalde de Madrid, un des représentants les plus autorisés du parti démocrate. C'était une compensation offerte à ce parti dont aucun membre ne figurait dans le cabinet. Le même jour Scrrano résigna les pouvoirs du gouvernement provisoire pour les remettre aux Cortes. Cette remisé ne fut faite d'ailleurs que pour la forme et le cabinet fut reconstitué tel qu'il était.

Dans cette séance solennelle, après l'allocution de Serrano, le marquis de Los Castillejos prit la parole.

Il avait plusieurs raisons pour le faire. D'abord en s'adressant à la Chambre, seul de tous les ministres, après le président du Conseil, Prim donnait à entendre qu'il ne s'effaçait aucunement derrière Serrano et que, sinon en titre, du moins en autorité, il était son égal, plus peut-

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