PREMIERE SESSION DES CORTES CONSTITUANTES
ètre. Ensuite il tenait à ne laisser subsister aucune équivoque sur ses sentiments à l'égard de la dynastie déchue. Ce fut un des rares points sur lesquels il s'exprima nettement et avec une invariable énergie pendant les deux années où il fut au pouvoir : « Bien qu'en politique, déclara-t-il, dire toujours ou jamais soit chose aventurée, ma conviction est telle à l'égard de cette dynastie que je la crois tombée pour ne se relever jamais. L'histoire présente des cas de rois déchus (le telle ou telle manière, mais aucun analogue au présent, où la dynastie a été rejetée à l'étranger par la force de l'opinion du pays ; de là ma conviction qu'elle ne reviendra jamais, jamais, jamais. Et que ceci serve de réponse à ceux qui, non sans mauvaise intention, m'ont supposé des plans de restauration en faveur de D. Alphonse de Bourbon, parce que j'aurais l'ambition de devenir régent. Celui qui a avancé pareille chose ne me connaît pas. Jamais je n'ai eu d'ambition, ni envié quelque chose ou quelqu'un. Et si jamais je n'ai eu d'ambition, j'en aurai moins
• ncore aujourd'hui, où, par ma situation, je n'ai, dans tous les sens, rien à désirer. Si : une seule chose, et celle-là avec toute la véhémence de mon àme : voir le pays constitué et la liberté ;is8urée... »
A cette déclaration péremptoire, Prim en tjouta une autre ; en termes très suffisamment
• xplicites il affirma dans sa péroraison sa volonté bien arrêtée de ne se jamais compromettre pour
aucun prétendant au trône. Ce fut là sa grande habileté : prévoyant dès le premier jour toutes les difficultés de la solution monarchique, il se refusa toujours, sous couleur de respect pour la volonté nationale, à prendre officiellement position en faveur d'un candidat, quel qu'il fût, de façon à ne lier sa fortune au sort d'aucun.
Les Cortes abordèrent leur tache législative el commencèrent l'élaboration de la Constitutionj qui devait régir l'Espagne. Dans ce grand débatj parlementaire Prim ne rechercha pas les occasions d'intervenir. Lorsque les républicains, luj^ rappelant ses déclarations inconsidérées di 1867, demandèrent la suppression de la conscription, suscitèrent même des émeutes à ce sujet^ il se contenta, sans renier ses promesses passées, d'en reculer la mise à exécution à des temps moins troublés, et il réclama énergiquement le maintien du système en vigueur. D'ailleurs^ comme ministre de la guerre, et aussi parce] que le souci de son autorité le lui commandait,] il parut à la tribune chaque fois que l'exigea lai défense ou l'intérêt d'une armée dont le dévoue-î ment faisait sa force. Mais en général et par calcul il se réservait. Rester silencieux était le: moyen le plus sûr de ne point se compromettre, vis-à-vis de tel ou tel parti, de les ménager tousi et de leur laisser, à chacun, quelque secret espoir!
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le l'attirer à soi. Si quelque interpellation trop ilirecte le forçait à répondre, il enveloppait sa ' t'usée de réticences, de phrases énigmatiques, t dans cette Chambre où les grands talents oratoires abondaient et se donnaient libre carrière, il évitait de se répandre en longs discours ; du reste il ne réussissait pas dans les dévclopj^ements d'éloquence à la Castelar ; quand il y laissait entraîner, bien vite il tombait dans ne périlleuse emphase où le clinquant des méijihores cachait mal leur incohérence. Où il |>:iraissait le mieux à son avantage, c'était lorsque, ien maître de lui, dans une forme sinon très l.àtiée, du moins concise et vigoureuse, il réduiilt ses agresseurs au silence par quelque brève r iposte, ironique et hautaine.
Tout le temps que dura la discussion du pro-
' t de Constitution, élaboré surtout par les mem-
l»res de l'Union libérale, Prim assista presque
(iiuet, et comme désintéressé, ii ces débats sur
'1rs questions de principes. 11 se contenta, lors-
juil s'agit de la liberté des cultes, de se décla-
r, en termes brefs, partisan de cette liberté,
y voyant, dit-il, comme ministre de la guerre,
iicun inconvénient au point de vue militaire.
Pendant que les Cortes discouraient, Prim laissait. Le principe monarchique n'était pas
irf)re \f)té par la Constituante, mnis r.'ulopfioii
ïl\0 PRIM
en était si assurée que le choix du monarque préoccupait déjà tous les esprits. Dès le début de 1869, ^^ ^^*^ d'Aoste avait fait savoir qu'il déclinait toute prétention au trône d'Espagne, et en réalité il n'y avait à ce moment en présence que deux candidatures sérieuses : d'abord celle du duc de Montpensier, que soutenaient Topete et Serrano ; mais ceux-ci l'avaient compromise, faute d'avoir osé proclamer Montpensier roi, le lendemain du pronunciamiento de septembre. Ils avaient en cela cédé à l'influence de Prim ; or celui-ci, sans se prononcer, était intimement résolu à se mettre en travers de cette candidature, soit, comme on l'a dit, par égard à une promesse faite à l'Empereur Napoléon, soit pour des motifs personnels. La candidature rivale était celle de Ferdinand de Cobourg, père du roi régnant de Portugal. Encore ne peut-on eni~ ployer que très improprement, en ce qui concerne ce prince, le mot de candidature ; en eflet, à la différence de Montpensier, Ferdinand n'avait jamais manifesté aucun désir de se présenter aux suffrages des Espagnols. C'était Prim et un groupe important de progressistes qui étaient les promoteurs de ce projet. A la mi-janvier 1869, M. Fernândez de Los Rios avait été envoyé auprès de Ferdinand, avec une lettre signée du marquis de Los Castillejos et de trois autres membres du gouvernement provisoire. Le prince, alléguant ses relations d'amitié avec le duc de Montpensier, prétendit ne pas vouloir se mettre
en concurrence avec lui. Ce n'était qu'une délite. En réalité ce qui retenait surtout Ferdiind, c'était son goût personnel pour les jouisinces paisibles et artistiques d'une vie de ilettante, et son penchant pour cette vie retirée fortifiait encore du sentiment très vif qu'il prouvait pour une personne à laquelle sa conition ne permettait pas l'accès du trône. Puis, il perdait la rente que lui servait le Portugal, craignait, connaissant l'instabilité des trônes, • se trouver un jour fort dépourvu.
Ces obstacles ne paraissaient pas insurmontables, et tout d'abord Prim obtint facilement • Ifs ministres que des fonds seraient déposés *l;ins des banques étrangères pour servir d'assumée à Ferdinand en cas d'accident politique. II commencement de mars l'affaire paraissait n assez bonne voie. A Paris, l'ambassadeur lEspagne, Olôzaga, avait obtenu sans peine I assentiment de l'Empereur. A Madrid, la canîidature de Ferdinand pouvait compter sur sept oix sur neuf dans le cabinet. Prim se montrait très satisfait. Aux Certes, où Castelar lui deman- <l;iit où était son roi, il railla gaiement l'orateur «Il lui répondant qu'il en avait trouvé un, et même plus d'un.
Malheureusement pour le marquis de Los Casfillejos, Castelar avait raison de douter du succès <\n ses recherches. Le monarrjuetjue Prim croyait voir trouvé, ne tardait pas ii se dérober an périlleux honneur qui lui était offert. Depuis la
réponse faite par Napoléon III à Olôgaza, une influence secrète avait prévalu dans l'entourage du souverain, sans doute celle de l'Impératrice qui s'exerça constamment en faveur de l'ex-reine Isabelle et de son fils contre tous les autres candidats possibles au trône d'Espagne. Toujours est-il que l'attitude de l'ambassadeur de France à Lisbonne démentit les paroles d'approbation données par TEmpereiir à Olôzaga. M. de Mon-^ tholon peignit si vivement a Ferdinand les conséquences de son acceptation que le prince, rejeté dans l'indécision, expédia auprès de Prin» son confident, M. de Soveral. Par l'intermédiaire d'Olôzaga le marquis de Los Castillejos demanda des explications à Paris et ne put en obtenir. On espéra plus de succès d'une démarche confiée à M. Tassara, qui se rendait à Londres pour y occuper l'ambassade d'Espagne. Mais celui-ci manqua d'adresse et de tact et finit par prendre les choses sur un tel ton que l'Empereur lui tourna le dos et se retira. Tassara voulut réparer sa faute en demandant à la reine Victoria d'écrire à Napoléon III en faveur de la candidature portugaise. Il ne réussit pas mieux dans cette tentative, ayant indisposé lord Clarendon par la vivacité de ses manières. Il fallut envoyer quelqu'un à Paris pour essayer de dissiper la mauvaise impression laissée par ce trop fougueux diplomate ; mais le gouvernement impérial était buté : ni cet envoyé, ni celui de Ferdinand, M. de Soveral, ni le ministre de Por-
LA CA.NDIDAILI.E DE lEUDlNAM) DK rOKTLGAL 1 |.>
tiigal, Saldanha, ne purent, en dix-neuf jours lie négociations, gagner M. Rouher aux sentiments que son souverain avait de prime abord manifestés en faveur de cette candidature. Ferdinand saisit avec empressement co motif pour désister. On lui avait annoncé l'envoi d'une toinmission espagnole. Le 5 avril il prévint par lin télégramme, dont fut quelque peu blessée la li«*rté castillane, qu'il n'acceptait pas la couronne
I^spagne et ne pourrait recevoir les délégués.
La désillusion fut sensible pour le généial Pi im. Il s'était cru si assuré du succès que, sans ;iller peut-être jusqu'à un engagement formel, — ce qui eût été contraire à ses habitudes de 'tudence, — il avait sollicité et obtenu de plu-
urs unionistes la promesse de leurs voix, en it'iir faisant espérer que, si Ferdinand se désist.iit, il laisserait élire Montpensier. Après l'échec <lf la négociation portugaise, c'est-à-dire au mois d'avril 1869, Serrano, s'empressant de faire tond sur cette espèce de convention, déclara ' lutement que Montpensier demeurait Tunique
|)oir des monarchistes. Le marquis de I^os Castillcjos s'irrita et répudia tout compromis. De là (l;iris le Conseil des récriminations et des dissentiments qui eurent leur répercussion dans les
i lieux parlementaires : le 10 avril la majorité monarchique tint une réunion pour discuter ; proposition de Zorrilla, tendant à déclarer
IIS les Bourbons et leurs alliés incapables
exercer une fonction publique en Espagne.
Il lie
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Montpensier était directement visé. Il s'ensuivit une discussion violente. Topete, aussi peu perspicace et aussi peu habile que d'ordinaire à mesurer l'expression de ses sentiments, se laissa emportera prononcer des paroles désobligeantes pour les démocrates et dut se retirer du ministère quelques jours après. Tandis que Zorrilla lui tendait la pointe sur laquelle l'amiral venait s'enferrer lui-même, ce même Zorrilla entrait en négociations très secrètes avec les hommes influents du parti républicain ; il aurait même esquissé avec eux le projet d'un ministère où seraient entrés avec Prim, Pi y Margall, Castelar et Figueras.
Prim restait en apparence étranger à ces manœuvres dont le but était d'inquiéter les partisans de Montpensieri Quand il vit l'Union libérale redevenue plus maniable par la crainte de le voir passer du côté des républicains, il consentit à la tranquilliser. Le 8 mai il rappela les trois jamais ! qu'il avait prononcés au sujet de la restauration possible des Bourbons ; il répudia tout engagement avec la minorité républicaine et poursuivit de sa verve ironique ceux qui lui prêtaient le dessein de se faire proclamer lui-même président de la République ou roi d'Espagne.
Les unionistes avaient dû payer d'une capitulation nouvelle ces déclarations rassurantes : il ne fut plus question pour l'instant de pousser la candidature du duc de Montpensier.
im;f.mikiu; si>M(>\ nL> couiis conmiii wii.s i |J
dépendant l'élaboration de la Constitution tuuchait à sa fin. Les articles garantissant la liberté individuelle et l'inviolabilité du domi- < il»', consacrant le droit d'association, la liberté - cultes, la liberté de la presse, avaient été iptés. Le 12 mai on en arriva aux articles 32 i3 : « La souveraineté réside essentiellement dans la nation, de laquelle émanent tous les poii- »"'rs. — La forme de gouvernement de la nation ignole est la monarchie. » De ces deux icles,* le premier réunissait l'unanimité de i .vssemblée constituante. Le second fut l'occasion d'un débat qui se prolongea huit jours ;int. Tandis que pour leur cause, perdue il iivance, les républicains faisaient assaut de ♦'l^nt et d'éloquence, Prim impassible et mysléiix assistait sans prononcer une parole à cette lutte ardente. Dans la nuit du 20 au > i mai ' Ht), le principe monarchique fut proclamé p;ir
I voix contre 71.
II s'en fallait que ce vote apportât la solution de la crise révolutionnaire. Le gouvernement 'l'-meurait aussi embarrassé que jamais pour
iiver un prince. Il était même si peu probabh' voir ses recherches aboutir à bref délai que majorité libérale se rallia à l'idée d'établir • visoirement une régence. Les républicains •Mdtèrent. « Pour nous, s'écria l'un d'eux,
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Abarzuza, avec votre régence c'est un grand triomplie moral que vous allez nous faire remporter, parce que cette régence ne saurait démontrer autre chose que l'impossibilité où vous êtes de fonder cette monarchie que vous avez rêvée. » Au cours de ce même débat un député de la minorité, qui cependant avait voté pour la monarchie, Navarro y Rodrigo, passa en revue les diverses candidatures au trône, attribuant à Napoléon III l'échec de chacune d'elles. Si l'Empereur avait repoussé Ferdinand, c'était qu'après avoir laissé faire l'unité italienne et jeter les fondements de l'unité allemande, il ne voulait pas permettre la formation de l'Union ibérique. S'il s'était opposé à la candidature du duc d'Aoste, c'était qu'au moment où commençait à s'agiter la question romaine il redoutait de voir un prince de Savoie sur le trône d'Esp;igne. Même i'eto du gouvernement impérial contre Montpensier. Et propos èi de ce dernier, l'orateur faisant allusion à Prim se demandait^ si les mêmes adversaires, « formidables par leur j habileté, presque invincibles par leur situation », qui avaient su rendre cette candidature impossible, ne s'appliqueraient pas h rendre également impossible toute autre candidature. Quant à la République, à l'instant même où nous la proclamerions, disait-il. Napoléon se jetterait sur nous. M. Navarro s'exagérait les choses. Sans doute Napoléon III venait de faire échec h la candidature de Ferdinand, et de toutes les solutions la