‹ PrimChapitre 25 sur 41 · PREMIÈRE SESSION DES CORTES CONSTITUANTES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SESSION DES CORTES CONSTITUANTES

>iiile qui Teùt complètement satisfait, c'eût été l;i restauration des Bourbons, en la personne du |) rince Alphonse, avec une régence jusqu'à su jorité. « Ce régime, écrivait alors l'Empereur, semblerait fort, pendant sept ou huit ans, à (' République où les agents pourraient être ingés par le vote des Cortes, et le prince des taries ne serait que l'enfiint chargé d'occuper poste auquel aucun ambitieux ne peut prendre, n Cependant dans cette même note personnelle, faisant allusion à la candidature Mont- Dcnsier, qui, cela est certain, lui était peu apathique, le souverain ajoutait : « Si le duc Ue Montpensier est régulièrement élu par la nation espagnole, nous n'aurons rien à dire. » Quant a la solution républicaine, l'Empereur était très éloigné de vouloir la combattre par la force ; c'était pour l'Espagne même, et l'événoni«'nt devait lui donner raison, qu'il y découvrait s dangers : « Si l'Espagne, écrivait-il dans cette même note, pouvait supporter l'état républicain sans courir le risque de voir son unité nationale compromise par la reconstitution de vaumes indépendants, c'est ce qu'elle aurait de mieux à fair<î ;... mais puisque la Hépubliquo n'estpas possible, tout ce qui s'en rapproche le plus nous semble ce qu*il y aura de plus profitable. » C'était dans cette pensée qu'il préconisait l'élection du prince Alphonso cf l'établissement d'une régence.

Sur ce dernier point, après les déclarations

l/|8 PlUM

retentissantes du oénéral Prini, Tentente entre l'Empereur et lui était impossible. ^lais le marquis de Los Castillejos n'avait pas encore perdu tout espoir de trouver une solution qui pût être agréée aux Tuileries. Aussi répondit-il de très haut au discours de M. Navarro, laissant tomber d'elles-mêmes ses accusations contre le gouvernement impérial. Il attribua aux goûts un peu . égoïstes du roi Ferdinand son refus d'accepter la couronne. Puis il se défendit d'être, dans son for intérieur, opposé au succès de toute candidature. (( Il a été fait, dit-il, tout ce qui était possible ; personne n'a mis de difficultés à ce qu'il vint un prince, et nous continuerons à en chercher un» et nous le trouverons, ou, pour mieux dire, nous l'avons déjà trouvé. Si nous ne le présentons pas maintenant, MM. les députés savent-ils pourquoi? Parce qu'il est très difficile que, dans l'état de trouble où nous sommes, quelqu'un veuille venir régir les destinées de cette nation. Mais cette situation intérimaire aura une fin, et elle l'aura grâce à la régence. C'est pour cela que j'ai un si grand désir de voir voter ce projet ; et quand cela sera fait, quand le pays sera redevenu tranquille, je suis sûr que, non pas un, mais plusieurs candidats brigueront la couronne d'Espagne. ))

Prim avait une autre raison de souhaiter l'établissement de cette régence intérimaire, qu'il voulait faire décerner à Serrano. Forcé de se restreindre à l'exercice des droits d'un monarque

PREMliUE SLSSIUN DES COUTES CONSTITL AMES l^Ç)

constitutronnel, avec des attributions limitées et ; dont les Cortes lui enlevèrent même les principales, Serrano était neutralisé. Il se trouva, I selon l'expression de Castelar, enfermé dans fèune cage d'or, tandis que Prim, désormais plus i|libre de ses mouvements, saisissait les rênes du %'.pouvoir exécutif. Le jour où Serrano prêta ser- '/nient comme régent, le i8 juin 1869, Prim devint i>en elTet président du Conseil. Il formait le lenfidemain un ministère où figuraient, à peu près inégalement, progressistes et unionistes : Topete, ISilvela, llerrera, Figuerola, Sagasta et Zorrilla. îLui-même se réservait le portefeuille de la guerre. |Le 19, il fit aux Cortes sa déclaration ministé- ^rielle : à l'intérieur, il maintiendrait l'ordre j-jF-énergiquement; à l'extérieur, reprenant une idée ^iqu'il avait déjii -préconisée à son retour du , ^Mexique, il s'efforcerait de renouer les relations ^lavec les républiques hispano-américaines et de Ijleur donner le caractère de plus grande cordiaj|lité possible ; à la majorité de la Chambre, il de- "Muidait de rester unie ; et enfin, s'adressant aux jiublicains, il les priait, en considération des certes déjà acquises, de ne pas se cantonner iiis une opposition systématique.

(A'tte avance aux députés de la gauche était jii h remarquer. Quelques jours plus tard, une démarche de Prim parut en accentuer la signi- ^^ation. Les républicains célébrèrent ii Madrid, ir une grande réunion, la date commémorative l'insurrection du 22 juin 186G, si durement

l50 PRIM

réprimée par O'Donnell. Serrano n'eut pas la hardiesse de se montrer et de prononcer des paroles d'apaisement et d'oubli. Prim parut à l'improviste à l'endroit où se faisait la manifestation. Il salua les drapeaux républicains, échangea quelques mots avec plusieurs des assistants, sans toutefois prendre publiquement la parole, et se retira. Cette manière d'agir était à la fois mesurée et assez naturelle de la part d'un homme qui avait été aussi lié que lui avec les auteurs de la journée du 22 juin. Cependant les unionistes s'en effarouchèrent. Le ministre Ilerrera eut la hardiesse de publier une circulaire interdisant les manifestations soi-disant contraires aux principes de la Constitution. C'était un blâme à l'adresse du président du Conseil. L'Union libérale s'était peut-être imaginé qu'une fois son chef, revêtu de la régence, elle pouvait braver Prim.- Celui-ci avait pénétré cette pensée et ne cherchait qu'une occasion de rappeler l'Union au sentiment de son impuissance. Une simple manœuvre delapolitique.de bascule, familière au général, suffit pour amener les unionistes à récipiscence, Prim commença par se rapprocher des démocrates, dont un des leaders, Martos, attaqua la circulaire Herrera. En même temps, Zorrilla reprenait avec les républicains ses négociations laissées en suspens ; un programme de conciliation fut ébauché, comportant la revision de l'article constitutif de la monarchie. Pi y Margall hésitait, assez légitimement, ayant peine à croire

PREMIERE SESSION DES COUTES CO^STlTLV^TES lOI

la sincérité de ces ouvertures. C'en fut assez |)()ur que la chose s'ébruitât. L'Union libérale, une fois encore, se soumit. Ilerrera fut sacrifié, »'t le i3 juillet Prim reconstitua un ministère où il introduisit avec ses deux fidèles, Sagasta et /orrilla, trois unionistes : 'l'opet^, Silvela et Ardanaz, et deux démocrates-monarchistes, Kchegaray « t Becerra. Beaucoup plus proches des progressistes que de l'Union libérale, ces deux derniers ipportaient à Prim un sérieux appoint. Pour la I emière fois, le cabinet réunissait les trois 1 ands partis libéraux ; du fait de l'introduction <ies démocrates, son centre de gravité se trou- \;iit sensiblement déplacé : il inclinait moins vers l:i droite, mais les unionistes avaient eu si peur (le le voir passer brusquement à gauche qu'ils ircnt encore gré au marquis de Los Castillejos . • s'être arrêté dans cette évolution, et docilement ils acceptèrent l'avertissement qu'il leur Iressa en déclarant publiquement que, si l'eniite de la majorité monarchique venait un jour se rompre, ce ne serait pas lui, mais eux, «jiie le pays devrait rendre responsabhis de ce malheur.

iJeux jours après, le i5 juillet, les Cortcs s<' 1 rorogeaientau i^** octobre, laissant Prim maître •ihsolu de la situation.

YIII

LES DÉBUTS DE LA CANDIDATURE HOHENZOLLERN. LA CANDIDATURE DU DUC DE GENES.

Depuis l'échec des négociations entamées auprès du roi Ferdinand, c'est-à-dire depuis les premiers jours d'avril 1869, après une ouverture faite sans succès auprès de Victor-Emmanuel^ pour lui demander le duc d'Aoste, il ne s'était monifesté aucune candidature sérieuse au trône d'Espagne. Il n'y avait guère à insister auprès de Ferdinand: par son mariage morganatique, le 10 juin 1869, avec la cantatrice Elise Ilensler, créée comtesse d'Edla par le roi de Prusse, le prince avait affirmé de nouveau son désir de ne pas rentrer dans la vie publique. Le seul candidat qui ambitionnât vraiment la couronne, le duc de Montpensier, était si peu populaire que Prim avait consenti à le laisser rentrer en Esp^agne. Les nouvellistes en quête de combinaisons s'ingéniaient et proposaient les uns la princesse Amélie, fille de Montpensier, d'autres le duc d'Alençon ou un prince d'Orléans, Ferdinand-Marie, Agé de dix ans. Dans Tentou-

DEBITS DE LA CANDIDATURE HOHENZOLLERN lOO

liio^e de Prim on penchait pour une candidature itnlienne, le duc d'Aoste ou le duc de Gênes. (Hielques partisans de l'Union ibérique s'obstinaient et demandaient la couronne pour le roi Dom Luiz lui-même ; ils menèrent tant de bruit Mitour de ce projet que Dom Luiz crut devoir j.rotester, le 26 septembre 1869, de sa ferme intention de vivre et de mourir Portugais.

Restait enfin une candidature dont il avait été pisodiquement question à deux reprises : celle <le Léopold de HohenzoUern. Quelques journaux lavaient mise en avant dès le mois d'octobre 1868. Puis il n'en fut plus parlé jusqu'au printemps <Ie 1869. A ce moment, dans l'entourage même de l'impératrice Eugénie, on aurait mis en avant le nom du prince Léopold, qui vint alors à Paris, ou celui de son jeune frère, Fritz. En Espagne, le (.*ul indice qu'il ait été songé alors au prince héritier de Ilobenzollern se trouve dans une brochure, publiée au mois de février, dans laquelle un député de l'Union libérale, Salazar, partisan décidé U' Ferdinand de Portugal, signalait h l'attention • lèses compatriotes, mais en seconde ligne seulement, Léopold de HohenzoUern. Il semble avéré pie Prim, qui, jusqu'au 5 avril, put conserver I espoir de faire triompher la candidature portu- '^Mise, ne tenta à cette (l.itc aiicune démarche luprès des lîohenzoUern.

A cette époque l'F^spagne n'avait pas d'ambassadeur h Berlin. M. Rances y Villanueva, qui iivait occupé le poste l'année précédente et que

104 puni

le gouvernement provisoire avait transféré en Autriche, vint directement de Vienne présenter ses hommages au roi Guillaume, h l'occasion de sa fête (22 mars 1869), et resta cinq jours à Berlin. Cette visite, coïncidant jusqu'à un certain point avec la renaissance de bruits favorables à la candidature Hohenzollern éveilla l'attention de notre ambassadeur en Prusse, M. Benedetti. Celui-ci, en l'absence de Bismarck, s'en ouvrit au soussecrétaire d'Etat des affaires étrangères, M. von Thile. Le sous-secrétaire lui donna l'assurance la plus formelle qu'il n'avait eu, (( à aucun moment, connaissance d'une indication quelconque pouvant autoriser une semblable conjecture». Il lui déclara que M. Rances n'y avait fait aucune allusion dans les deux entretiens qu'il avait eus avec Bismarck et qui avaient porté sur la situation en Espagne ; M. Rances avait exprimé l'opinion que les Cortes éliraient le roi Ferdinand, qui refuserait ; la majorité se partagerait alors' entre le duc de Montpensier et le duc d'Aoste, et le premier finirait par l'emporter.

On est en droit de se demander si la démarche de M. Benedetti était justifiée et si même elle ne révéla pas à Bismarck un point sensible oii il lui serait aisé, le cas échéant, de piquer au vif la susceptibilité du gouvernement impérial.

En effet, jusqu'à présent, rien n'autorise à croire que le voyage de M. Rances ait été entrepris avec l'arrière-pensée que lui prêta M. Benedetti. Inversement, certains indices donnent à

DÉBUTS DE LA CANDIDATURE HOllENZOLLERN l55

penser que ce fut la Prusse, ou plutôt Bismarck qui, très peu de temps après l'entretien de M. Benedetti avec M. von Thile, manœuvra de façon à agir sur le gouvernement espagnol, soit en lui suggérant ridée de cette candidature, s'il ne Tavait pas eue, soit, s'il l'avait eue mais sans s'y arrêter, en ramenant sur elle son attention.

En eftet, en avril 1869, l'agent confidentiel que Prim avait envoyé en janvier auprès du roi Ferdinand de Portugal, Fernândez de Los Bios, recevait une lettre, en date du 16, du marquis de Niza ; ce gentilhomme portugais, ami de Prim, faisait part à Fernândez de Los Bios d*une conversation qu'il venait d'avoir avec l'ambassadeur d'Italie à Lisbonne ; ce dernier l'avait engagé à profiter de ses relations d'amitié avec Prim pour lui inspirer la pensée de s'adresser i» Léopold de Ilohenzollern. Le 22 du même mois, ce même marquis de Niza offrait d'écrire à Bruxelles à quelqu'un qui pourrait faire sonder le prince. Le 3o, il rendait compte à Fernândez de Los Bios d'une nouvelle conversation sur le même sujet avec l'ambassadeur d'Italie ; sur l'objection que le cabinet espagnol, déjà fort <!ontrarié du refus de Ferdinand, ne pouvait s'exposer à la légère à un second échec, l'Italien avait conseillé de faire des ouvertures secrètes, â Bismarck d'abord, à la famille de Ilohenzollern ensuite. Knfindans une autre lettre, du 7 mai, le marquis de Niza écrivait que le vicomte de Seissal, ministre de Portugal en Belgique, ré-

l5G PRIM

cemment de retour a Lisbonne, lui avait de son côté conseillé d'indiquer à Fernândez de Los Rios la candidature du prince allemand. La Prusse, lui avait-il dit, la verrait avec plaisir; quant à Napoléon III, il la préférerait encore à celle de Montpensier et en tout cas n'oserait s'y opposer. Il n'est pas inutile de rappeler à ce propos que le prince Léopold était gendre du roi Ferdinand de Portugal.

Pour l'instant ces suggestions restèrent sans efTet, mais on ne peut en relever la trace sans se demander si ce n'est pas h M. de Bismarck qu'il faut en faire remonter l'origine.

Exactement à la même époque, ^I. Benedetti, mandé à Paris par l'Empereur, quitta Berlin pour quelques semaines. En son absence la ^azette d'Auii^sbofirg liuhViiï, le 26 avril 186g, une correspondance soi-disant envoyée de Paris, et qui, faisant allusion h Léopold de Ilohenzollern, annonçait que les Espagnols se félicitaient d'avoir trouvé un prince jeune, intelligent, apparenté par sa mère et sa grand'mère à la famille impériale de France. N'était-ce pas un communiqué officieux, inspiré par le ministère prussien, et destiné à sonder l'opinion sur l'impression que produirait en France cette candidature ? La réponse vint aussitôt. Le journal la France s'empressa de sonner l'alarme. C'était une indication. Elle fut confirmée à M. de Bismarck par une conversation que M. Benedetti eut avec lui dans les premiers jours de mai. Notre ambassadeur

DKBLTS DE LA CANDIDATURE IIOHE>'ZOLLER> lô'

avait reçu les confidences de l'Empereur : « La candidature du duc de Montpensier, lui avait dit Napoléon, est purement antidynastique, elle n'atteint que moi, et je puis l'accepter; la candidature du prince de Ilohenzollern est essentiellement antinationale, le pays ne la supportera pas, et il faut la prévenir. » L'erreur capitale de l'Empereur et de son gouvernement fut de vouloir prévenir cette candidature en Prusse au lieu

le s'adresser amicalement au gouvernement es- [>agnol. Prim n'avait pas songé encore, sérieusement au moins, à cette candidature, et comme nombre de témoignages indiquent qu'il n'eut jamais l'intention de braver Napoléon III, il est ()rol)al)le qu'il se fût tenu pour averti.

Au contraire la démarche de M. Benedetti luprès de Bismarck, démarche qui n'était en -omme cju'une tentative d'intimidation, ne prévint pas ce que Ton voulait empêcher. Non seulement Bismarck ne fut pas intimidé, mais de cette conversation il rapporta la conviction que cette candidature déplaisait assez à l'Empereur pour créer un casus beili. Ce casiis hclli (\\xq son habileté prévoyante ou la simple maladresse de notre diplomatie venait de lui fournir, il le mit

Il réserve pour le trouver sous sa main le jour )ii il lui plairait de s'en servir. Ce moment Il étant pas encore venu il donna de bonnes parfdcs à M. Benedetti, mais quand notre ambassadeur voulut lui arracher quelque phrase engageant l'avenir, il se déroba.

l58 PRIM

La candidature du prince Léopold ne prit donc pas corps à cette époque. Peut-être même Bismarck estima-t-il que le silence se faisait trop complètement sur cette affaire, car, le i\ juillet 1869, un banquier berlinois écrivit au régent Serrano, pour lui faire valoir les avantages de cette candidature.

Ce ne fut cependant qu'à la mi-septembre cju'une prem'ière démarche fut faite par le député Salazar y Mazarredo auprès du prince Charles-Antoine de Hohenzollern, père de l.éopold. Le 17, à la Weinburg, l'ambassadeur de Prusse en Bavière, M. von Werthern, présenta Salazar au prince Charles-Antoine et à son fils aîné, en leur annonçant que le député espagnol venait offrir la couronne à ce dernier. Deux jours après, une nouvelle rencontre était ménagée entre Salazar et le vieux prince, qui cette fois avait avec lui son second fils, le prince de Roumanie. 11 faut croire que, si Salazar avait l'idée bien arrêtée d'obtenir l'assentiment d'un Hohenzollern, son choix sur la personne n'avait rien d'absolu, car dans cette deuxième entrevue il fit des ouvertures fort peu dissimulées à Charles de Roumanie.

Le prince Charles déclina vivement ces offres et il ne fut plus question de lui. L'après-midi de ce même jour Salazar revit Léopold. Celui-ci mit à son acceptation des conditions qui équivalaient presque h un refus et ce fut avec une réponse iissez peu encourageante que Salazar repartit.

DÉBITS DE LA CANDIDATURE HOHE>'ZOLLER> I^JQ

delà ne Tempêcha pas cependant de publier le S octobre une nouvelle brochure où il s'efforça le faire valoir les mérites particuliers qui recommandaient la candidature du prince Léopold.

Il ne semble pas douteux que Salazar ait été, • Il Espagne, le promoteur de cette négociation. 1' ut-ce de son propre mouvement ou bien ne futil qu'un instrument, inconscient ou non, obéis- ;int à une suggestion étrangère ? Nous manquons ies moyens de Téclaircir. Quanta Prim son rôle, ;iu début de cette affaire, fut purement passif. Après avoir réprimé avec rudesse une tentative lo soulèvement des carlistes, en juillet, il s'était •ndu à Vichy dans les derniers jours d'août. Salazar vint l'y trouver. Prim le laissa aller en Allemagne, mais sans l'autoriser par aucune mission, même officieuse. Du reste, à ce moment préis, il poursuivait d'autres négociations : il tentait le renouer avec Ferdinand de Portugal, et, sans '<»ute peu confiant dans le succès de ces pouriirlers, il pressentait l'Kmpereur, qui le reçut < .Saint-Cloud le 17 septembre, sur l'accueil qu'il rait à la candidature du duc de Gènes, neveu if; Victor-Emmanuel.

Ce prince avait quinze ans ; il terminait son lucation dans le pays alors le plus libéral de . Europe, en Angleterre ; avant d'arriver à Tage «l'exercer dans leur plénitude ses droits de souvclin, il aurait le temps de se naturaliser espagnol, t en attendant il resterait sous la tutelle de Prim, '■ c|ui n'était pas pour déplaire ii l'ambitieux mi-

1 6o PRIM

nistre. Il réunissait donc des conditions qui rendaient sa candidature très acceptable, et lorsqu'aux avances faites secrètement auprès de Ferdinand de Portugal, le roi eut répondu par un nouveau refus, Prim n'hésita plus à ofTrir au neveu de Victor-Emmanuel, la couronne d'Espagne.

Battus aux Cortes sur la question constitutionnelle, les républicains avaient résolu d'en appeler au pays et de susciter un mouvement populaire en novembre. Un accident tragique précipita la collision. Le 20 septembre, il se produisit à Tarragone une bagarre, à l'occasion d'une manifestation républicaine, et le secrétaire du gouverneur civil fut sauvagement assassiné par la foule. Le gouvernement ordonna aussitôt le désarmement de la milice de Tarragone, dont l'attitude avait manqué de décision. Cette mesure inquiéta les Volontaires de la liberté de Barcelone. Ils protestèrent. Prim, à peine de retour de son voyage en France, s'empressa de saisir l'occasion d'en finir avec un corps dont il pouvait toujours redouter quelque intervention dangereuse dans la politique. Il donna l'ordre de faire déposer les armes aux volontaires barcelonais. Il y eut une tentative de résistance et l'on en vint aux mains dans la nuit du 26 septembre. Cette échaufFourée fut suivie de quelques autres du même genre en province.

DÉBUTS DE LA CA>DIDATLRE HOHENZOLLERN l6l

Ce fut dans ces circonstances que s'ouvrit la conde session des Cortes constituantes. Le 2 tobre Prim se leva pour rendre compte à la hambre de l'état de perturbation où se trouvait e pays. Il demanda et obtint la suspension des ranties constitutionnelles. Aussitôt Castelar et es républicains modérés, qui pendant quatre ours venaient de lutter contre l'adoption de cette esure, déclarèrent qu'ils cesseraient d'assister îuxséances jusqu'au moment où seraient rétablies s libertés suspendues. C'était un nouveau reraimiento. Prim eût souhaité empêcher cette upture complète entre la minorité et la majorité le la Chambre. 11 prit la parole et pour exprimer • chagrin poignant que lui causait cette lutte itricide il se haussa à une élévation d'élolence qui ne lui était pas habituelle. Cette traite serait une déclaration de guerre ouverte. Cette guerre, dit-il, je ne la voudrais pas ; tte guerre, j*ai fait tout ce qui était humaineent possible pour l'éviter. M. Castelar et ses mis me rendront cette justice de se rappeler {ue, depuis que sont réunies les Cortes constilantes, pas une seule fois les membres de la .lÉinorité républicaine n*ont eu à se plaindre de Tiu)i, parce qu'il n'est pas sorti de mes lèvres ne parole qui ait pu les offenser, soit dans leur >llectivité, soit dans leurs personnes... » Pour éviter cette retraite qu'il ne put empêcher et qu'il s'appliqua à ne pas laisser se prolonger, Prim avait ses raisons particulières :

l62 PRIM

c'était par la crainte de la minorité républicaine et par elle seule qu'il pouvait maintenir aux Cortes la cohésion de sa majorité.

Sans se préoccuper du peu d'empressement avec lequel Victor-Emmanuel et son ministre Menabrea avaient accueilli ses propositions relatives au duc de Gênes, Prim avait commencé une campagne parlementaire en laveur du jeune prince. Dans une réunion de la majorité monarchique, le i®"" octobre, la candidature avait été posée. Le 3o, dans un scrutin d'essai, elle réunissait 128 voix contre 52. Aussitôt Silvela et Ardanaz, unionistes et partisans du duc de Mon tpensicr, se retirèrent du ministère. Quelques jours après, le 6 novembre, en dépit des instances de Prim, l'amiral Topete lui remettait sa démission. Le comte de Reus se trouva dans: une posture assez embarrassante. Il avait donné sa parole à Topete, il avait déclaré devant les Cortes que, si l'amiral se retirait, lui-même quitterait le pouvoir. Il lui fallait se démettre ou revenir sur sa parole. Pris entre son amour du pouvoir et cette rigide loyauté dont il aimait h faire parade, il préféra prendre un biais et faire la Chambre juge du cas. Il s'accusa de s'être, dans un mouvement irréfléchi, pour retenir Topete, engagé avec une légèreté coupable. Etait-il plus expédient pour la chose publique

IV C-ODIDATLRE DU DUC DE GÉ>ES l63

«ju'il se retirât ou qu'il fît, devant la Patrie, le sacrifice de cette parole? Des voix s'élevèrent • urlui demander de rester et Prim resta : les lies de l'opposition républicaine étaient vides ; rsonne ne se dressa pour condamner, tout au >ins pour railler cette misérable comédie. Deux mois avant cette scène, un député unioniste écrivait : <( Arbitre absolu des destinées la Patrie comme l'est le comte de Reus, la tion et les partis attendent avec anxiété la lution qui parviendra enfin à mériter son apii, car c'est dans cet homme politique que -ident aujourd'hui le pouvoir et la volonté de 1 iger les destins de la Révolution. » C'était ict. Jamais depuis longtemps homme n'avait tTcé en Espagne un empire égal au sien. La ~ (iimission de la Chambre dans cette séance du "^ novembre en était la preuve éclatante, et il liait, ou que vraiment Prim ne fût pas ambinx du rang suprême, ou que son esprit de- ■ urât bien ferme et bien lucide pour ne pas se Isscr tenter et pour garder conscience encore s périls d'un coup d'Etat.

Le fait est que tous ses elTorls, eu mt iiioinent

crise, tendaient a rc[)rimer par les moyens

^ plus énergiques Pinsurrection républicaine,

façon il rc-ndre possible, par une prompte pa-

n-ation du pays, la solution monarchique à

pielle il travaillait. Le lo décembre, il jugeait

rdre assez solidement assuré pour déposer

> pouvoirs excepti(mnels ('\ j)oiir rMrîiprM*r ainsi

l64 PKIM

aux Cortes la minorité républicaine, dont il pouvait avoir besoin pour tenir en bride les unionistes. A en juger par son attitude et celle de ses collègues, la présentation du duc de Gênes aux suffrages de la Constituante semblait prochaine. Le 17 décembre, le ministre des affaires étrangères, Martos, faisait informer officieusement les puissances des chances croissantes de cette candidature. Aux vacances de Noël, Zorrilla entreprenait une campagne en Aragon pour échauffer l'enthousiasme populaire.

Les choses en étaient là, lorsque le 3 janvier 1870 une réponse péremptoire du roi d'Italie réduisit à néant les espérances de Prim. La mère du duc de Gênes s'était obstinément refusée à laisser son fils monter sur le trône des Rois Catholiques. « Si vous laissez votre fils passer en Espagne, lui avait-on dit, alors, Madame, priez pour votre fils. » C'était donc à un refus absolu; i du jeune duc et de sa mère que s'était heurté | Victor-Emmanuel lorsqu'il leur avait transmis 1 les offres officieuses du gouvernement espagnolJ|

Etait-ce fatalité? Etait-ce effet de certaines influences étrangères? N'y avait-il pas une puissance voisine dont le désir était de voir Prim acculé a la nécessité d'une restauration, tandis qu'une puissance rivale, dans un but secret, cherchait à attirer son choix sur un prince de sa maison royale ? Toujours est-il que le champ où pouvaient s'étendre ses recherches se rétrécissait singulièrement.

Page 1