LA SITUATION POLITIQUE EN 187O
1! Deux des ministres, Martos et Zorrilla, s'él'îtaient compromis en faveur de la candidature ] du duc de Gènes. Ils se retirèrent. Prim ne se !' jugea pas atteint par cet insuccès. Toujours il avait prétendu que, respectueux observateur de la volonté de l'Assemblée, il n'entendait pas lui dicter un choix, mais simplement faciliter sa tâche en lui proposant des candidats, et, de cette ques- 'tion, qui primait toutes les autres, il se refusait -, h faire, pour lui, une question de cabinet. Cependant il accepta les démissions de Martos et */de Zorrilla, qui lui permirent de remanier le ministère.
Depuis deux mois, l'alliance intime entre les progressistes et les démocrates monarchistes était un fait accompli, et ces deux fractions de la majorité réunies avaient formé ce' qu'on appela dès lors le parti radical. Or il était un homme dans ce parti dont Prim tenait à s'assurer le concours plus direct: c'était l'ancien chef des démocrates, Rivero, alcalde de Madrid et commandant des Volontaires de la liberté, président
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des Cortes. Rivero exerçait une orrande influence sur la population madrilène, et c'était surtout à lui qu'on était redevable du calme maintenu dans la capitale aux journées les plus menaçantes de la révolution. C'était une puissance que Prini avait intérêt à s'associer en même temps qu'il se la soumettait. D'autre part, c'était une perte pour la popularité du ministère que de ne plus compter parmi ses membres le héros du pronunciamiento de septembre, l'amiral Topete. Prim réussit h convaincre Rivero et Topete et h les faire entrer dans un ministère de concentration où se trouvèrent représentées les diverses fractions de la majorité. Ce cabinet, qui, selon l'expression d'un homme politique aurait dû avoir «un pouvoir titanique », consuma ses forces dans les luttes épuisantes du parlementarisme. En dépit des apparences de concorde, entre les hommes de l'Union libérale et les radicaux subsistait un antagonisme latent qu'exaspérait la prolongation indéfinie de l'intérim. A qui écherrait enfin cette couronne qui, depuis un an, s'offrait à des têtes princières qui se dérobaient? Chaque jour Prim devenait plus énigmatique. Les républicains se demandaient s'il ne finirait pas, de guerre lasse, par se laisser attirer dans leur camp, entraînant à sa suite tout le parti radical, dévoué à sa personne, tandis qu'il l'autre extrémité de la Chambre, les conservateurs libéraux, de peur de se l'aliéner sans retour, n'osaient pousser vigoureusement leur campagne eu faveur de Montpensier.