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I.A SITIATION POLITIQUE EN 187O

Au mois de mars, Castelar fit au Cortes un tbleau saisissant de la situation : Prini annihiait, en se les subordonnant, tous les talents, toutes les forces intellectuelles du pays; et au IMofit de quelle politique? On ne savait. On iivait vu bien des présidents du Conseil avoir une mauvaise politique; il n'y avait que Prim qu'on avait vu n'en avoir aucune. Sur la question même des candidats, le général prétendait n'avoir pas d'opinion? Pourtant, qu'il se rangeât pour ou contre telle ou telle candidature, il en lécuplait ou en annulait les chances.

Son système c'était, par le mystère de sa politique, de donner de l'espoir à tous les partis i)ur les tenir tous en bride. S'il ne précise ses idées, concluait Castelar, s'il ne résout les prol»lèmes posés, devant le mécontentement de tous '»nlre son autorité il ira à la dictature et, malgré lui, il deviendra un Iturbide ou un Rosas. Qu'il hoisît donc une politique à droite ou h gauche, onservatrice ou démocratique, mais qu'il en rhoisît une, sans quoi le pays, ballotté de l'aiinrchie h la dictature, finirait par tomber dans l'horreur d'une restauration.

Cette fois le discours de l'éloquent tribun n'était pas seulement une brillante déclamation. 'I avait touché juste. Non seulement toutdemeulilen suspens, mais la majoiité même semblait I)rès de se disloquer. On le vit quelques jours près, lors de la discussion d'une loi de finance i ropf)sée par l'^iguerola. \ /.i siliialioii du trésor

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était des plus obérées. Prim avait pensé pouvoir boucher le déficit en prêtant l'oreille aux propositions des Etats-Unis qui offraient d'acheter Cuba révoltée, mais pressentant une explosion d'indignation patriotique il avait du couper court h ces pourparlers et rassurer le sentiment national par sa fameuse déclaration : « Cuba ne se vend pas, parce que sa vente serait le déshonneur de l'Espagne et qu'on peut vaincre l'Espagne mais non la déshonorer. » Faute des ressources qu'eût procurées cette cession, le ministre des finances en était réduit h des expédients dont l'Union libérale, par l'organe de Silvela, dénonça le péril. Le débat prit des proportions inattendues. Dans la séance de nuit du 19 mars 1870, Prim intervint avec une vivacité qui n'était pas dans ses habitudes. Il laissa entendre que la majorité, en se divisant, risquait de faire échouer une négociation en cours relativement h une candidature au trône. Il le prit de très haut avec l'Union libérale, l'accusa d'avoir de longue main préparé cette attaque. « Vos seigneuries, s'écriat-il, présentent la bataille, et pour terminer il ne me reste qu'à dire : Radicaux en garde ! qui m'aime me suive ! »

Cette péroraison belliqueuse fit dans la Chambre un effet profond. Topete quitta à l'instant le banc ministériel et le lendemain donna sa démission. Le cabinet resta vainqueur mais ne l'emporta que de six voix sur la coalition hétéroclite des libéraux, des carlistes, des

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ilphonsistes et des républicains ligués contre lui. Cet incident et d'autres encore manifestèrent clairement la mauvaise humeur de l'Union libérale, qui s'irritait de voir la candidature de ^Iontpensier de plus en plus compromise. Le • lue avait commis l'erreur de se présenter à la députation à Oviedo et Avila, en janvier,

t il avait été battu. Le duel tragique dans lequel il venait de tuer son cousin, l'infant Henri (le Bourbon, le i3 mars, avait fait sur le peuple la plus fâcheuse impression. Prim le sentait si peu redoutable qu'il avait jusqu'alors dédaigné (le le combattre, ouvertement au moins, et que plus d'une fois il Lavait défendu contre les républicains. Lorsqu'il se vit en butte aux attaques sournoises de LUnion libérale il résolut d'en finir avec ce candidat gênant, dont les intrigues maintenant jetaient le trouble dans la majorité

t contrariaient ses négociations particulières.

II subsistait encore parmi les progressistes un

groupe qui, fidèle au souvenir du passé, désirait

voir couronner Espartero. Le i3 mai, Prim

adressa au duc de la Victoire une lettre officielle

Ml il lui ofl'rit la royauté, mais en termes si peu pressants qu'Espartero ne put que décliner la proposition. Après avoir donné cette satisfaction jtlatoiiique à ce groupe et s'être ainsi assuré de

on concours, Prim fit naître, à la fin de mai, Toccasion d'exécuter Montpensici-.

F.a commission chargée d'élaborer la loi sur le mode d'élection du iiu»ii.'iî(jue déposa un

projet qui exigeait simplement que le candidat au trône réunît la majorité absolue des suffrages de la Chambre, à condition que celle-ci fût représentée au minimum par la moitié plus un de ses membres. Un ami de Prim s'empressa de déposer un amendement aux termes duquel le roi ne pouvait être élu que par une majorité de la moitié plus un des membres, non pas présents, mais existants, des Cortes constituantes. Le pré- ^ sident du Conseil s'abstint de prendre position ; -^ ostensiblement il vota pour le projet de la commission, mais sans en faire une question de cabinet; ses partisans, surtoutles démocrates, dûment avertis, votèrent au contraire pour l'amendement Rojo Arias, que fit triompher l'appoint des voix républicaines. C'était la ruine de la candidature^ Montpensier, qui ne pouvait espérer rallier jamais, aux Cortes une telle majorité. L'Union libérale avoua qu'elle avait perdu la partie et fit sa soumission. Quant au duc, après quelques velléités d'en appeler à un coup d'Etat, il se retira de la | lutte.

Pendant que Prim jouait à la Chambre cette partie décisive, il lui fallait surveiller le pays Cjue menaçaient encore de bouleverser les menées républicaines. Les prétextes demeuraient les mêmes. Au mois de mars, c'était à Madrid les ^^ Volontaires de la liberté qui, invités à figurer dans une revue de la garnison, hésitaient à s'y rendre, dans la crainte d'êtredésarmés. Peu après, c'était, comme l'année précédente, une agitation

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