‹ PrimChapitre 28 sur 41 · LA SITUATION POLITIQUE EN 187O I7I · texte numérisé non relu

LA SITUATION POLITIQUE EN 187O I7I

assez vive qui se produisait dans la capitale et en province à propos de la conscription. Le i3mars, Prim fut entouré par des manifestants et même une pierre lui fut lancée. En avril, lorsque commencèrent les opérations du tirage au sort, il y eut des troubles à la Corogne, à Séville. A Gracia, un des faubourgs de Barcelone, Téchauffourée dégénéra en combat sanglant. Sans tenir grand compte de la légalité, le gouverneur réprima avec vigueur cette émeute, commencée au cri de : « vive la République fédérale! », qui pouvait mettre tout le pays en feu. Prim l'approuva. Au fond il lui importait assez peu qu'en un jour d'insurrection son lieutenant eût plus ou moins violé les garanties constitutionnelles en suspendant de sa seule autorité quelques journaux et en jetant en prison quelques journalistes. Il était lui, avant tout et par caractère, un homme de gouvernement, et peut-être assez enclin à ne pas toujours mettre ses actes d'accord avec les principes du pur libéralisme dont il faisait profession. N'était-ce pas il sa bienveillante indulgence, sinon h son inspiration, que l'on pouvait attribuer l'existence d'une association politique, la partida de la porra, le parti des gourdins, (jui depuis quelques mois faisait h sa façon la police dans Madrid, rappelant assez brutalement au respect du gouvernement les auteurs dramatiques et les écrivains qui s*en écartaient trop ? Si l'on veut justifier dans une certaine mesure des procédés ^jui n'étaient pas, m fffft, très conformes à ses

doctrines, on peut en trouver une excuse dans le désir qu'avait Prim de rétablir et de consolider l'ordre à tout prix, parce qu'il sentait bien que c'était à cette condition seulement- qu'il déciderait enfin un prince à ceindre la couronne de Saint-Ferdinand.

Or, cette question pesait de plus en plus lourdement sur la situation. Dans le monde politique, surexcité ou découragé, selon les tempéraments, les imaginations travaillaient pour trouver au moins une solution provisoire. Don- i nerait-on à Serrano les pouvoirs constitutionnels d'un roi dans toute leur étendue ? Prim n'en restait pas moins, à la tête du pouvoir exécutif, l'homme nécessaire. Substituerait-on Prim ^ Serrano ? On ne manquerait pas d'accuser Prim d'avoir depuis longtemps visé ce but, d'en viser peut-être un plus élevé encore. De là à la dictature ou à l'exil il n'y avait qu'un pas. Etablirait-on une régence triple avec Serrano, Prim et Topete ? Alors c'était l'instabilité ministérielle ; puis il était assez douteux que Prim consentît de lui-même à s'annihiler dans les honneurs et l'oisiveté d'une régence à trois. En réalité c'était une erreur de chercher des solutions à côté. Seule la solution définitive pouvait remédier à l'état de malaise de plus en plus accentué dont soufl'rait le pays.

Page 1