LA CANDIDATURE HOHENZOLLERN
IVim sentait fort bien qu'une prolongation démesurée de l'intérim risquait de compromettre l'œuvre de la révolution. Les esprits, lassés du provisoire, pouvaient incliner à le consolider en proclamant la république, ou se résigner à y mettre un terme par une restauration.
Les adversaires du général l'ont accusé d'avoir sournoisement fait tous ses efforts pour retarder indéfiniment la solution de la crise, précisément avec l'intention de devenir ou le président nécessaire et peut-être le César d'un gouvernement républicain, ou le tuteur et le premier ministre perpétuel du prince des Asturies. Ce que l'on sait des négociations de sa diplomatie secrète infirme complètement ces insinuations.
Après l'insuccès de la proposition faite au duc de Gènes, au début de 1870, Prim résolut de s'adresser au prince de Hohenzollern et de reprendre pour son compte la démarche tentée à titre personnel par Salazar y Mazarredo, l'automne précédent. Il envoya Salazar directement
à Berlin, avec des lettres de lui, en date du ly février, à l'adresse du roi de Prusse, de Bismarck et de Léopold de Hohenzollern. L'afï'aire se traita à Berlin dans les derniers jours de février et les premiers jours de mars. Bismarck, plaida chaleureusement pour l'acceptation, faisant valoir l'avantage de pouvoir compter sur les dispositions amicales d'un peuple posté sur les derrières de la France.
Le prince Léopold et le roi Guillaume lui- i même se montrant indociles h son inspiration^ il essaya de vaincre leur opposition. Le i5 mars, il se tint à Berlin un conseil, présidé par le roi et auquel assistèrent le Kronprinz, Léopold et son père, Bismarck, Roon, Moltke, Schleinitz, 'J'hile et Delbrùck. Les conseillers prussiens se déclarèrent unanimement pour l'acceptation qu'ils présentèrent comme un devoir patriotique. Quant au Kronprinz, il estimait la situation eiï Espagne bien incertaine ; il avertit à part le prince de Ilohenzollern de bien s'assurer que le gouvernement prussien, qui, pour le moment, entrait dans le projet, peut-être en vue (Fatleinclre un but particulier, serait toujours disposé à lui accorder par la suite son appui effectif. Après un pénible combat intérieur, Léopold persista 1 dans son refus. Le prince Charles-Antoine mit alors en avant le nom de son troisième fils, Frédéric. Mandé à Berlin, Frédéric ne se montra pas autrement surpris de la proposition : il arrivait de Florence, où plusieurs conversations avec