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LA CANDIDATURE HOHENZOLLERN I

Tanibassadeur d'Espagne l'avaient mis au courant de la négociation poursuivie à Berlin. D'ailleurs il déclina TolTre, très résolument, déclarant qu'il ne céderait qu'à un ordre formel, que le roi n'osa donner.

Cependant Salazar, craignant de donner l'éveil par un trop long séjour h Berlin, était revenu à Madrid. La candidature dont il s'était fait l'agent semblait menacée du même insuccès que les autres. Bismarck néanmoins s'obstinait à arracher le consentement de Léopold, et il trouvait un auxiliaire dans le père du prince, auquel il affirmait qu'il y avait là une nécessité politique. A la fin de. mars, le prince Charles- Antoine posa des conditions donnant à supposer que, si elles étaient remplies, son fils se résignerait à ceindre la couronne d'Espagne. Il demandait une majorité des deu.x tiers ou des trois quarts aux Cortes, lors de l'élection, des garanties contre une banqueroute de l'Etat, enfin le vote préalable de toutes les lois à tendances anticléricales.

Bismarck dépêcha aussitôt en Espagne le conseiller de légation Lothar Bûcher et un officier d'état-major, le major von Versen ; ils partirent au début d'avril, chargés, l'un d'étudier la situation politique à Madrid, l'autre de parcourir la province et de se rendre compte de la valeur «les troupes espagnoles.

Pendant leur voyage, Bismarck tomba malade ;i \arzin, elle prince Léopold, échappant sans

doute à sa pression, fit envoyer par son père, le 22 avril, un télégramme adressé à Prim par l'intermédiaire de Lothar Bûcher. C'était une nouvelle confirmation de son refus. Prim ne voulut pas accepter cette décision comme définitive, mais comme les intrigues de Montpensier et l'indiscipline de l'Union libérale menaçaient de rendre la situation intenable, si une solution rapide de la question monarchique n'intervenait pas, le général se retourna vers le Portugal.

Mandé télégraphiquement de Lisbonne à Madrid, l'ambassadeur d'Espagne, Fernândez de Los Rios, reçut de Prim, le 7 mai, des instructions pour renouveler ses démarches auprès de Ferdinand. Le i3 Fernândez de Los Rios reprenait les pourparlers avec le roi. Le soir même, il recevait de l'ambassadeur d'Espagne à Paris le télégramme suivant : « Napoléon a écrit à don Fernando, lui faisant savoir qu'il était favorable, et Ollivier enverra une personne de confiance ; vous vous mettrez d'accord... » Evidemment Olôzaga, sur un ordre de Prim, avait agi auprès de l'Empereur, et le nouveau Conseil des ministres s'était rendu à la candidature portugaise. Conformément à ce qu'annonçait la dépêche, M. Alfred Ollivier, frère du ministre, arriva à Lisbonne le 19 mai. Il était porteur d'une lettre de Napoléon III au roi dom Luiz, où l'Empereur disait qu'il verrait avec plaisir Ferdinand accepter « le lourd fardeau de la couronne

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FEspagne ». Cette lettre arrivait trop tard, 'iiatre jours auparavant Ferdinand avait informé Uios qu'il persistait dans son refus. L'arrivée de M. Alfred Ollivier avait de plus coïncidé avec le coup d'Etat militaire de Lisbonne, qui avait imené au ministère le maréchal de Saldanha, et nouveau président du Conseil, quoique favoii)le aux vues du gouvernement espagnol, était trop mal en cour auprès de Ferdinand pour couder efficacement les négociations de Prim. On arriva ainsi aux premiers jours de juin. !'rim n'avait plus de candidat. S'il avait écarté •ux qui lui déplaisaient, Montpensier et Esparicro, il n'avait pas réussi auprèsde ceux auxquels il avait sincèrement offert la couronne. Le ii lin, il fit une déclaration spontanée aux Certes. ♦• n'est pas chose facile de faire un roi, avouail, et sur une approbation ironique de Castelar riposta : « Il y a quelque chose de plus diffi- ;le, c'est de faire la république dans un pays où I n'y a pas de républicains. » Ainsi il restait • ujours fidèle à l'idée monarchique. Quant à lui I se défendait derechef de toute ambition péronnelle ; une fois encore il repoussait l'idée i une restauration, et, pour se justifier lui-même, il ne trouvait rien de mieux que d'exposer à la Chambre ses négociations auprès de Ferdinand (le Portugal, du duc d'Aoste et du duc de Gènes. i'.D termes voilés, il fit allusion à un quatrième candidat : « On me permettra de ne pas prononcer son nom, ajouta-t-il, car ce ne serait pas

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prudent : cela pourrait entraîner des complications, et au surplus j'ai engagé ma parole d'honneur... » C'était de Léopold de Hohenzollern qu'il s'agissait. Pour rejeter sur l'Union libérale à la Chambre et sur l'élément démagogique dans le pays la responsabilité de ce nouvel échec, il déclara qu'un émissaire de ce prince anonyme avait assisté à la séance violente du 19 mars dernier, qu'un autre envbyé s'était trouvé en Espagne au moment des troubles de Barcelone, et que, témoins de ces événements, l'un et l'autre s'en étaient retournés sous le coup des impressions les plus pessimistes. Il termina par l'aveu que pour le moment le gouvernement n'avait pas de candidat à présentera l'Assemblée.

Trois jours après avoir tenu ce langage aux Cortes, le i4 juin, Prim envoyait de nouveau Salazar à Sigmaringen, avec ses pleins pouvoirs. Que s'était-il passé en Allemagne? Le 26 mai le prince Charles-Antoine constatait l'échec de la combinaison espagnole et le dépit de Bismarck, j Cependant, écrivait-il, la chose n'est pas encore ; complètement désespérée. Elle tient encore à quelques faibles fils, mais aussi ténus que des fils d'araignée. Peu après le prince Léopold commençait à fléchir. Il en était à se demander s'il pouvait, en conscience, refuser son concours à un peuple qui voulait se régénérer. Ce changement était dû, au moins en partie, aux instances du major von Versen, qui, revenu d'Espagne dans la première quinzaine de mai, s'était mis à plai-

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der avec ardeur pour l'acceptation auprès du kronprinz, puis d/es princes de Ilohenzollern. Par conviction personnelle, peut-être aussi par une intuition intelligente de la pensée de Bismarck, von Versen avait fait un rapport très favorable sur la situation au delà des Pyrénées, sur l'accueil que pouvait espérer du peuple un prince allemand, et aussi sur la valeur de Tarmée espai^nole. Lothar Bûcher appuyait ses dires.

Dès que Léopold parut ébranlé, Bismarck vint a la rescousse, en invoquant les intérêts de l'AIlemagnc. Enfin, au mois de juin, le ministre prussien écrivit ii Prim une lettre où, sous couleur de le consoler de l'échec de sa négociation auprès des Ilohenzollern, il lui laissait envisager l'espoir d'un avenir meilleur : cette candidature était en soi excellente; il ne fallait pas la perdre de vue, mais c'était avec le prince même et non avec le gouvernement prussien qu'il fallait traiter. Ce fut, soit au reçu de cette lettre, soit sur une invitation indirecte plus explicite encor(î, <jue Prim, au moment même où il venait de déclarer aux Cortes qu'il n'avait plus de candidat, renoua les pourparlers avec les Ilobeiizollern.

Salazar arriva le 19 juin à Sigmaringen. 11 trouva le prince Léopold maintenant disposé à accepter, sous cette seule condition d'obtenir le consentement préalable de Guillaume. En attendant la réponse du roi, le '20, Salazar expédia, par l'intermédiaire de von Versen, deux dépêches, l'une il Prim, lui annonçant l'acceptation

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de Léopold, sous réserve de la condition indiquée^ l'autre au président des Cortes, Zorrilla, lui disant que lui, Salazar, serait de retour à Madrid le 26, que le vote pourrait alors avoir lieu et qu'une députation de quinze membres de la Chambre devrait ensuite venir h Sigmaringen pour y offrir solennellement la couronne au prince.

Il y aurait eu, dans la transmission ou le déchifTrement de cette seconde dépêche, une erreur. Il aurait été compris que Salazar ne reviendrait à Madrid que le 9 juillet. Les Cortes avaient hâte de se séparer h cette époque déjà avancée du terrible été madrilène. Les retenir eût éveillé des soupçons. Le 21 juin, le gouvernement laissa voter une motion remettant à la discrétion du président de fixer la fin de la session, que Zorrilla déclara close le 28.

Pour la politique bismarckienne, cette prétendue erreur et la fausse manœuvre qui en fut la 1 conséquence étaient déplorables. Pour le succès complet de la machination prussienne, il fallait que la candidature HohenzoUern fût posée devant les Cortes encore en session. Dès lors, au-^ cune reculade, de la part du prince ou de cellei de Prim, n'était plus possible. Toute opposition de la France devait avoir pour résultat direct, en blessant chez les Espagnols le sentiment de leur indépendance, de faire immédiatement élire le prince Léopold et d'associer les armes de l'Espa-i gne à celles de la Prusse, si Napoléon, s'en pre-'|

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naiit à cette dernière du succès de cette intrigue, se laissait entraîner à lui déclarer la guerre.

C'est ici que nous devons nous demander quel fut le rôle de Prim dans cette affaire. Le général n'avait pas paru attacher grande importance à la première démarche faite par Salazar à la fin de septembre 1869 ^* avait poursuivi jusqu'au début de 1870 ses négociations en Italie. A quels mobiles, à quelles suggestions obéit-il en écrivant ses lettres du 17 février qui firent entrer la candidature Hohenzollern dans la phase de négociation ollicieuse ? L'histoire Tignore jusqu'à présent. A en juger d'après certains indices, Prim aurait été irrité de l'attitude de la presse française, de ses railleries sur ses vaines démarches à la poursuite d'un roi. Il savait aussi que, tout en respectant le droit de l'Espagne à se choisir librement un souverain. Napoléon III, et plus encore l'Impératrice et son entourage, étaient ouvertement favorables à la restauration des Bourbons en la personne du prince Alphonse. Enfin, malgré la correction des rapports de Prim avec le gouvernement impérial, était-il impossible de réveiller chez le général le souvenir des attaques violentes, mêlées d'insinuations traîtresses, dont il avait été l'objet de la part de M. Billault, après sa retraite du Mexique? Il n'était pas difficile d'exploiter contre la Franco ces sentiments, de montrer à Prim l'œuvre de la réolutioDy son œuvre à lui, indéfiniment conamnéc h ravortement par le mauvais vouloir do

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la puissance voisine. En portant son choix sur un IlohenzoUern, il affranchissait son pays de cette espèce de tutelle où prétendait le tenir la France. Comme don de joyeux avènement, le souverain n'apporterait-il pas Talliance de la Prusse, et qu'oserait le gouvernement impérial une fois pris entre les deux branches de cet étau ? Tout un travail, dont le détail nous échappe encore, se fit autour du marquis de Los Castillejos. N'a-t-il pas dit que cette candidature lui avait été apportée toute faite? Par Salazar d'abord, par d'autres agents jusqu'ici ignorés. Si ce n'était le major Bernhardi, attaché à l'ambassade de Prusse, et qui parait avoir joué dans l'affaire un rôle actif, quel était donc ce personnage de marque qui, après le refus du prince Léopold au mois de mars, assista, de l'aveu de Prim, h la séance des Cortes du 19 et avec lequel les négociations continuèrent? Puis, en avril, ce furent Lothar Bûcher et von Versen qui vinrent le trouver, et peut-être après eux M. de Keudell.

Au surplus, dans l'idée de M. de Bismarck, Prim ne devait être qu'une marionnette dont lui-même tiendrait les fils dans la coulisse. Une lettre de Bismarck, adressée vraisemblablement soit à Lothar Bûcher, soit h Bernhardi, vers juin 1870, et publiée par un historien espagnol, jette une clarté complète sur toute cette affaire : (( 11 est possible, dit ce document, que nous voyions une fermentation passagère en France et sans doute il est nécessaire d'éviter tout ce

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qui pourrait la susciter et l'augmenter. En étant ainsi, conviendrait-il d'introduire mon nom dans la relation de ces négociations ? Je crois que non, et qu'au contraire on devrait mettre ma personne complètement en dehors de tout. En vérité je ne suis pas engagé ofTîciellement. Il s'agit d'un acte volontaire, de la nation espagnole d'une part, de l'autre d'un prince qui est majeur, maître de ses actions, simple particulier. S'il a eu ou non des raisons pour se faire donner le consentement de son père et du chef de sa famille, ceci est une question d'ordre privé, non une alTaire d'Etat. Conseiller le roi sur de semblables projets est le devoir du ministre de la maison royale. Mais je ne l'ai pas aidé de mes avis en 'int que président du Conseil des ministres, mais • ulement en tant que chargé des affaires étrangères, à titre d'homme de confiance, de même que les autres serviteurs de l'Etat qui sont dans le secret.

« Pour moi je crois que le gouvernement espa-

riol fera mieux de ne publier que la lettre du

••néral I^rim du 17 février et la réponse. Nous

Mirions ainsi une position inexpugnable devant

1'" public européen. Si l'on fait du bruit en

I rance, nous demanderons avec simplicité : Que voulez-vous ? Voulez-vous dicter les décisions de

II nation espagnole et d'un particulier allemand ? 0 sera alors roccasion d'utiliser ce que vous.

Docteur, me proposez. Sans doute, on criera à 1 infricHM', on HiTît f.iii'-nv i-nwirc moi, sans [)ou-

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