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LES DEBUTS I O

prête à ce moment, il y avait aussi du dépit et le regret de sa popularité perdue. Pour reconquérir la faveur des Catalans, il allait lui falloir plusieurs années; peut-être même y eût-il mal réussi si les persécutions des modérés n'étaient venues lui rendre tout son prestige auprès des libéraux.

On aurait pu croire en efFet qu'en rentrant l\ Madrid Prim allait y trouver, en récompense de ses récents services, sa nomination à quelque poste important. On lui offrit le commandement de Ceuta : un demi-exil. Depuis la chute d'Espartero, la situation avait en effet subi des modifications profondes. Les progressistes avaient triomphé, mais en acceptant l'alliance dangereuse des réactionnaires. S'ils eussent été moins aveuglés par leur jalousie à l'égard du régent, ils auraient jiris l'éveil à voir l'empressement avec lequel les partisans les plus déterminés de Christine se faisaient leurs auxiliaires. En offrant ainsi leurs services, cristinos et modérés ne donnaient-ils pas clairement à entendre à leurs adversaires traditionnels qu'ils redoutaient plus Espartcro qu'euxmêmes et que, celui-ci hors de lutte, ils se faisaient fort de redevenir les maîtres. Ce fut ce qui arriva, \arvaez s'imposa comme capitaine général de Madrid et prit pied dans le gouvernement. Vinrent les élections aux Cortes, à l'automne de i'S'l3. Le gouvernement progressiste, fidèle à ses principes de libéralisme, s'abstint d'y intervenir. I^es modérés se gardèrent de se présenter en affi-

chant des idées de réaction. Ils se dirent respectueux de la constitution et à ce pays si récemment bouleversé ils se donnèrent, avant tout, comme des hommes d'ordre. Ils revinrent aux Cortes les plus forts. Ils laissèrent le ministère Lôpez proclamer majeure avant l'âge légal la reine Isabelle, ce qui supprimait l'embarras d'une régence. Ils laissèrent même se former encore un cabinet progressiste, présidé par Olôzaga, mais le jour où celui-ci, voyant enfin le péril que courait son parti, fit signer à la reine un décret de dissolution de la Chambre, l'accusation infamante d'avoir obtenu cette signature par la violence fut lancée contre lui. Cette basse manœuvre réussit. Un ancien ennemi de Christine, récemment converti, (lonzalez Bravo forma un ministère de réaction et prépara le retour de la reine-mère.

Ce fut sur ces entrefaites que Prim revint à INladrid. S'il avait réellement cru, comme certains de ses coreligionnaires politiques, que la chute d'Espartero marquerait l'avènement d'une ère nouvelle, ère d'union, de libéralisme et de tolérance, où la rivalité des partis se réduirait au jeu d'une opposition sans haine, dans l'exercice régulier du régime parlementaire, il dut éprouver une singulière déception. Ces modérés dont imprudemment ses amis et lui avaient fait le jeu contre le régent, maintenant revenus au pouvoir, le mettaient de côté et dédaigneusement lui offraient le commandement d'une forteresse africaine où l'ancienne monarchie envoyait s'assagir les gentils-

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