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voir préciser le point d'attaque. Il ne s'agit, ce sera ma réponse, que d'une question de politique concernant le général. J'ai répondu à sa lettre. J'espère qu'il ne doutera pas de mes plus respectueux sentiments pour sa personne, ni de mon adhésion au projet dont la réalisation ne dépend plus que de lui et des Cortes. Je n'ai pas amené l'affaire h ce point sans des inconvénients considérables, que M. Gama, avec sa connaissance du terrain, pourra se figurer et expliquer au général. )>
Le thème de la politique bismarckienne est ici exposé sans détours. Mais pour que le coup de théâtre eût été absolument réussi il aurait falhi que la candidature subitement présentée aux Cortes et le vote enlevé dans les brefs délais prévus par la Constitution eussent rendu vaine toute opposition de la France et en même temps lié l'Espagne à la Prusse. Le coup manqua par la prorogation des Cortes. Cette prorogation, on l'a vu, a été attribuée à une erreur de date dans la dépêche transmise h Zorrilla.
Cette erreur, nous la révoquons en doute, et nous sommes fort tentés d'attribuer à Prim l'initiative de la prorogation. Sans doute, le général était trop fin pour n'avoir pas compris dès le début quel ombrage porterait à la France l'avènement d'un Hohenzollern sur le trône de Castille. Il le vit si bien qu'il garda dans toute cette négociation le plus profond secret. Quoique en ternies très amicaux avec le nouveau président du Conseil
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VU France, M. Emile Ollîvier, il se garda, à Tinverse de ce qu'il avait fait pour les autres candidatures, de la moindre ouverture oITicieuse, et même l'ambassadeur d'Espagne à Paris, Olôzaga, fut tenu dans l'ignorance absolue de l'affaire. Au surplus, Prim ne reconnut-il pas lui-même, dans son discours du 1 1 juin, que divulguer le nom du prince aurait pu « entraîner des complications ? »
Mais si le général n'ignorait pas que cette candidature serait peu agréable à la France, il ne désirait pas se brouiller avec l'Empereur ; il avait annoncé à plusieurs reprises son intention de se rendre à Vichy pendant l'été et il n'est pas douteux qu'il n'ait eu l'intention de voir Napoléon III, de lui montrer l'urgente nécessité d'en finir avec l'intérim, de lui annoncer luimême, sans éclat, la candidature Hohenzollern et de faire valoir auprès du souverain les considérations qui pouvaient en atténuer à ses yeux les inconvénients : Léopold ne se rattachait-il pas, en ligne maternelle, à la famille des Bonaparte et l'Empereur n'avait-il pas montré toujours une grande bienveillance pour son frère, le prince Charles de Roumanie ?
Prim eut-il connaissance de la lettre que nous avons citée ? Quelque autre indice lui fit-il deviner tout à coup le rôle d'agent provocateur que cherchait îi lui faire jouer Bismarck ? Trouva-t-il simplement que le ministre prussien voulait le ('.ûrc îillcr plus vite en besogne qu'il ne lui con-
venait? Ces motifs expliquent mieux que l'erreur du télégraphe la prorogation subite desCortes,par où Prim se réservait le loisir d'accomplir auprès du gouvernement impérial la démarche qu'il projetait. Lui-même, pour éviter toute indiscrétion, quitta Madrid le 25 juin pour aller chasser dansles monts de Tolède. Une entente amiable avec l'Empereur devenait, en effet, impossible si le secret était divulgué au préalable. Or, ce fut ce qui arriva et ainsi s'explique la scène que rapporte un des confidents du général, M. Balaguer. Dans la soirée du i*' juillet, Prim revint à i Madrid. M. Balaguer et un autre de leurs amis, attendaient le général h la gare et s'empressèrent de lui exprimer leur joie d'avoir appris qu'il s'était enfin trouvé un prince pour accepter la couronne d'Espagne. Prim, surpris, les interrogea. Tout le monde politique de Madrid, lui dirent-ils, savait déjà le nom du candidat. Le général fronça les sourcils et froissant un gant qu'il tenait à la main : « Labeur perdu, candidature perdue ! leur dit-il. Et Dieu veuille que ce ne soit que cela ! »
Salazar, rapportant l'acceptation définitive du J prince Léopold, était revenu à Madrid le 28 juin, et une indiscrétion avait été commise, volontaire | peut-être, qui pour les projets de Bismarck devait remédier à ce qu'avait eu d'inopportun la prorogation précipitée des Cortes. Dès lors, Prim n'était plus maître des événements. Le 2 juillet, les ministres tinrent conseil. Le soir, à une
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réception chez le général, rambassacleur de France, le baron Mercier de Lostende, observa dans son attitude une gène qui contrastait avec son afTabilité ordinaire. Au bout de quelque temps, Prim aborda l'ambassadeur et Temmena flans son cabinet. « J'ai, lui dit-il, à vous parler d'une chose qui ne sera pas agréable à l'Hlmpereur, je le crains, et il faut que vous m'aidiez à éviter qu'il ne la prenne en trop mauvaise part. » II lui exposa alors l'impossibilité de prolonger lintérim au delà de la réunion des Cortes, à la fin d'octobre. Il rappela que pour être agréable I l'Empereur il avait empêché l'élection de Montpensier, que jamais lui-même n'avait cédé aux avances qui lui avaient été faites pour l'attirer vers la République. Après l'insuccès de ses démarches à Lisbonne et à Florence, on lui proposait enfin un roi réunissant toutes les qualités souhaitables. « Vous comprenez, poursuivit-il, que je ne peux pas laisser échapper Ja seule ' hance qui nous reste de sauver la révolution, iirtout quand elle se présente dans de pareilles onditions. Comment croyez-vous que l'Empe- I eur prendra la chose ? »
M. Mercier ne lui cacha pas qu'en France le intiment national y verrait une véritable proocation. Il lui fit remarquer cju'en cas de guerre iiropéenne, notre pays n'aurait plu^^ îiiicune • curité sur la frontière des Pyrénées.
« Mon Dieu, poursuivit le général, les conséf[uences ii l'égard de la Franco, je les accepte-
rais encore, mais c'est rEmperem* qu'il me serait extrêmement pénible de contrarier. » Et sur l'observation de M. Mercier que, dans une pareille question, il n'était pas possible de séparer l'Empereur de la France, il se lamenta sur les difficultés de la situation. « Ma consolation, ditil, c'est que ce n'est pas moi qui ai inventé cette combinaison ; je ne l'ai pas même cherchée, on est venu me la mettre dans la main. Seulement, dans l'état où nous sommes, je ne peux pas la repousser. Un moment j'ai cru qu'elle avait avorté comme les autres. Les choses s'étaient passées exactement comme je les ai racontées aux Cortes ; mais voilà qu'on me la rapport toute faite. )> Il affirma d'ailleurs que Tinitiativ n'était pas venue de Bismarck. « Les ouverture* sont parties d'ici. Je n'ai jamais parlé de pol tique ni avec M. Bernhardi, ni avec M. de Kanitz. )> Reprenant alors un argument qu'il croyait de nature à faire impression sur l'ambassadeur impérial, il ajouta : « Encore une fois, si nous laissons échapper cette occasion, nous sommes forcément rejetés sur Montpensier, ou sur la République, qui viendra grand train, et je vous avouerai que je la déteste comme l'enfer.
— Eh bien ! fit M. Mercier, plutôt Montpensier !
— Comment ! répliqua le général, vous croyez que l'Empereur aimerait mieux Montpensier qu'un Hohenzollern ? » Prim avait toujours cru Napoléon III irréductiblement hostile à Montpensier. L'exclamation de surprise par laquelle
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il répondit au propos de M. Mercier tend à faire
roire que, réellement, il n'avait pas eu pleine onscience de l'impossibilité pour la France
l agréer la candidature prussienne.
Le 4 juillet, Prim et ses collègues se rendirent ;i la Granja, auprès de Serrano. Le conseil des ministres ne pouvait plus reculer sous peine
lavoir Tair de céder \\ une intimidation de la Trance. Il décida de convoquer les Cortes pour le 20 juillet. Le 7, Sagasta, ministre des affaires étrangères, envoya une circulaire aux agents
spagnols où, tout en les chargent d'annoncer lu candidature Ilohenzollern, il les invitait à insister auprès des puissances sur ce fait que le gouvernement n'avait obéi qu'à ses seules inspirations, sans avoir en vue d'intérêts étrangers, et M. Hances, alors ambassadeur à Londres, décla- ! ait formellement à lord Granville qu'il n'y avait pas eu dans ce projet d'intention hostile à la I rance. Ce même jour, les représentants de 1 Angleterre, Layard auprès de Serrano, le secrétaire Seymour auprès de Sagasta, s'efforçaient de leur persuader de renoncer à leur candidat. I Antrifhe, puis l'Italie agissaient dans le nirmo