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LA SOLUTION. l'aSSASSINAT DE PRIM. 187O
Si le général Prim avait évité de laisser entraîner l'Espagne dans une guerre dont elle ne pouvait attendre aucun avantage, la situation politique intérieure n'en restait pas moins grave. Plus que jamais il était urgent d'en finir avec l'intérim. Aussi, dès que la renonciation de Léopold de Ilohenzollern lui eut rendu sa liberté, Prim s'empressa-t-il de donner les mains à la reprise des négociations auprès de Ferdinand de Portugal. Ce prince marquait peu d'empressement ; cependant Fernândez de Los Rîos insista avec tant de chaleur que, le i5 juillet, il enlevait le consentement du roi. Le 22 Prim jugeait la négociation assez assurée du succès pour écrire de sa main à Ferdinand une lettre où il lui offrait la couronne. Un seul point demeurait en suspens : il s'agissait de régler la situation qu'occuperait à la cour d'Espagne la comtesse d'Edla, épouse morganatique du roi. Celui-ci attachait à cette question une importance capitale. Prim estimait que, sur ce sujet, il eût été plus politique de surseoir. Il se montrait cependant dis-
LA SOLUTION IqS
osé à céder aux exigences de Ferdinand, lorsque, 26 juillet, ce dernier mit tout à coup à son (Ceptation des conditions inattendues. Les pourarlers entre Prim, Rios et le roi reprirent avec ne nouvelle activité et, grâce à la coopération t' Saldanha, ces difficultés semblèrent s'aplanir ; ne restait plus qu'un point en litige, mais ^sentiel. Ferdinand exigeait que, dans la loi •nstitutive de la monarchie, on insérât cet I ticle : « La succession au trône sera réglée de çon à ce que l'indépendance des deux nations L' la péninsule soit garantie, les deux couronnes ne pouvant être réunies sur une même tète en icun cas. » C'était interdire h jamais tout espoir ' voir se réaliser l'Union ibérique. Prim dénuda qu'il fût ajouté à cette clause trop absole : « sans le consentement mutuel des deux utions. » Cette additiou ménageait l'avenir. Sans elle, la candidature portugaise perdait sa raison d'être. Ferdinand la repoussa avec une obstination que rien ne put vaincre. Après un •ni<'r eflort de Prim, la négociation fut rompue le 9 août.
V quelle cause était dû ce nouvel échec ? En Portugal une partie des conseillers de la couronne, peut-être même le roi dom Luiz, étaient avorables h racceptation. Sans préciser, Rios ait allusion à une influence de cour qui se serait exercée par l'intermédiaire de la comtesse Edia. Dans une lettre h Ferdinand il ne craignit pas, en lui rappelant les conséquences de ses prc-
miers refus, c'est-à-dire la candidature prussienne et la guerre, de lui signaler ces conseillers occultes, qui, dit-il, ont fait peser sur lui (( la responsabilité bien préi>ue de n'avoir pas évité la boucherie à laquelle nous assistons, w N'est-ce pas indiquer que c'est du côté de l'Allemagne qu'il faut chercher l'origine de ces intrigues ?
C'était h désespérer de résoudre jamais le pro blême monarchique tel que l'avaient posé les hommes de la révolution. Les montpensiéristes relevaient la tête. La chute de l'Empire, au '\ septembre, ravivait les espérances des républicains espagnols. Les carlistes firent mine de so soulever dans les provinces du Nord. A ces symptômes menaçants, Prim répondit en installant à Madrid une forte garnison de garde civile, le corps le plus siîr de l'armée, puis, dans la seconde moitié de septembre, il donna à ses adversaires, pour les inviter à la réflexion, le spectacle d'une revue de trente mille hommes. Mais pour maintenir l'ordre, ce n'était pas assezde ces mesures préventives : h tout prix il lui fallait trouver un roi.
Rebuté du côté du Portugal, Prim se retourna vers l'Italie. Dès le 20 août, il envoya l'ordre à l'ambassadeur d'Espagne à Florence de tenter une troisième démarche auprès du duc d'Aoste.