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LA SOLUTION I

Cette fois les circonstances plaidaient en sa faveur. Si, après la proclamation de la République en France, l'Espagne en était réduite à adopter le même régime, l'exemple, pour l'Italie, risquait de devenir contagieux. De plus, au moment où Victor-Emmanuel prenait possession de Home, il ne lui était pas indifférent de voir un de ses fds sur le trône des Rois Catholiques. Il accepta et les répugnances personnelles du duc d'Aoste durent céder à la raison d'Etat. Au mois d'octobre, Prim et la cour de Florence scellèrent l'accord. Une seule condition, exigée par le duc d'Aoste, avait soulevé des objections de la part du marquis de Los Castillejos. Amédée voulait être assuré de l'assentiment des puissances européennes à sa candidature. Prim résista, trouvant à cette sorte de consultation quelque chose d'un peu humiliant pour son pays. Enfin, on réussit à s'entendre sur une formule diplomatique et dans la seconde partie d'octobre le gouvernement espagnol annonça la candidature aux cabinets étrangers, en exprimant l'espoir de la voir accueillie par eux avec sympathie. Les réponses se montrèrent unanimement favorables, mnis, sous les formes réservées de leur style, des nuances diverses de sentiment se faisaient jour. La sécheresse de la dépèche de Bismarck décela la rancune que le Fuinistre prussien gardait à Prim pour ne l'avoir pas suivi jusqu'au bout dans sa politique agressive. Ce n'était pas qu'une fois la guerre déclarée Bismarck eût espéré voir

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renaître la candidature Hohenzollern et même il n'est pas sûr qu'il Tait souhaité. Prim d'ailleurs, sa correspondance secrète avec Fernândez de Los Rios en fait foi, était bien résolu à s'opposer à tout mouvement qui tenterait de se produire en faveur du Hohenzollern. Mais la Prusse, au mois de juillet, avait fait des tentatives pour obtenir le concours des armes espagnoles, et le refus de Prim, son empressement même à s'associer, et d'une manière effective, aux premières démarches tentées par les neutres en faveur de la paix , avaient encore indisposé contre lui l'homme d'Etat allemand.

Il faut ajouter que si le général Prim avait repoussé les instances de la Prusse, il s'était montré aussi peu sensible aux sollicitations de la France. Le 19 octobre, M. de Kératry, parti en ballon de Paris assiégé, était arrivé à Madrid avec une mission de M. Jules Favre. Celui-ci prétendait que certaines ouvertures lui avaient fait espérer que l'Espagne serait disposée à accorder à la France un secours de 60 à 80 000 hommes ; en reconnaissance la France lui aurait assuré d'abord son concours diplomatique et maritime pour pacifier Cuba et la protéger contre les convoitises américaines , ensuite ses bons ? ofïices pour aider à la constitution d'un Etat ibérique. Les ouvertures en question avaient été faites par un personnage qui avait, soi-disant, toute la confiance du dernier ambassadeur, Olôzaga, et de Prim lui-même. On aurait cru plus

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volontiers qu'elles venaient des républicains espagnols et, de fait, ce furent les chefs de ce parti que M. de Kératry vit tout d'abord, à son arrivée à Madrid. Avec Castelar, Pi y Margall et Figueras, il convint de faire à Prim des propositions « destinées h permettre à l'Espagne, devenue république sous la présidence du maréchal, de venir au secours de notre pays. )> Il offrirait donc à Prim le concours légal des républicains. En cas de refus du général « trois millions de francs en or, destinés à la solde des troupes » seraient immédiatement envoyés de France à ces mêmes républicains, dans un but <jue M. de Kératry n'a pas divulgué, mais qui se devine aisément : il s'agissait de payer un pronunciamiento. Mais les républicains s'abusaient s'ils croyaient pouvoir entraîner l'armée. A peu d'exceptions près, elle était à la dévotion de Prim. Le général le fit entendre lui-même à M. de Kératry dans l'entretien qu'ils eurent ce jour-là. Avec une bonhomie légèrement narquoise, l'Espagnol laissa son interlocuteur développer, assez gauchement, ses propositions. Il ne broncha pas à l'offre des cinquante millions mis il sa libre disposition, pas plus qu'il ne parut intimidé par la menace à peine voilée de donner aux réptiblicains espagnols l'assistance do l'argent français et de laisser les carlistes libres d'agir sur les Pyrénées. Avec toutes sortes de protestations amicales, il refusa de lier à notre mauvaise fortune la foriwuc de l'Espagne. D'nil-

leurs, il n'en était plus le maître : au moment précis où il offrait la couronne au fils de Victor- Emmanuel, il ne pouvait ehgager son pays clans une intervention contraire h la politique utilitaire du roi d'Italie. La tentative de M. de Kératry, eût-elle été conduite avec moins de maladresse qu'elle ne le fut, ne pouvait donc aboutir. Les promesses de l'envoyé de Jules Favre aux républicains espagnols restèrent même lettre morte. Gambetta refusa de leur expédier les subsides annoncés et, le 26 octobre, réserve faite, pour la forme, à l'égard du principe monarchique, il ré- * pondit au gouvernement espagnol qu'il agréait la candidature du duc d'Aoste.

Les Cortes constituantes rouvrirent leurs séances le 3i octobre. Prim touchait au but. Le 3 novembre, après avoir rendu compte h la Chambre de ses négociations avec les Hohenzollern, il posa officiellement la candidature du | prince Amédée.

Le vote eut lieu le 26 novembre 1870. Madrid était anxieux. Les troupes se tenaient sous les armes, en prévision d'un coup de force de la ^^ part des républicains. Prim conservait son sangfroid habituel. A un député qui lui manifestait quelque inquiétude, il répondit : « Il ne se passera rien ici, » avec le calme d'un homme sûr de l'armée. Les débuts de la séance furent trou-

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