‹ PrimChapitre 37 sur 41 · I. HOMME ET L ŒUVRE · texte numérisé non relu

I. HOMME ET L ŒUVRE

Il y a une exagération clans ce dernier trait. De rimperator romain Prini n'eut ni le visage» ni le génie. Peut-être en eut-il les ambitions. Mais nul homme public ne s'est moins livré que Prim et n'a moins laissé pénétrer au fond de sa pensée, et dans l'incertitude où laisse jusqu'à présent l'extrême rareté des documents confidentiels sur cette époque et sur cet homme, il serait téméraire à l'histoire de porter dès maintenant sur lui un jugement trop assuré. C'est au point de vue français, senible-t-il, qu'il est le moins hasardeux de se prononcer à son égard. Si l'on peut, en efi'et, hésiter encore sur les motifs qui le déterminèrent à adopter la candidature Hohenzollern, même en l'innocentant de toute intention hostile h notre égard, on ne peut s'empêcher de laisser peser sur lui au moins la responsabilité d'une inconscience et d'une imprévoyancL* condamnables ; mais dans l'affaire du Mexique il faut aujourd'hui revenir complètement sur l'injustice des critiques dont sa conduite fut l'objet de la part du gouvernement impérial : il prévit l'avenir avec une surprenante précision et si l'Empereur se fut rendu aux conseils que Prim lui adressa d'Orizaba, il se fut épargné les désastreuses conséquences de l'aventure mexicaine : la suite des événements en eût été changée en Europe.

En Espagne Prim a trouvé des admirateurs et des détracteurs également ardents, et dont la passion, amicale ou hostile, a troublé l'impartialité.

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Soldat de fortune, d'une bravoure incontestée, a laquelle sa jactance donnait trop souvent des airs de fanfaronnade, capitaine hardi et aimé de la troupe, doué d'une intelligence vive, d'une faculté de compréhension rapide qui suppléait à son manque de culture générale, plein de tact et d'adresse, habile à pénétrer les hommes et à les séduire, sachant parler avec réserve et se taire à propos, Prim avait senti de bonne heure qu'il avait toutes les aptitudes pour devenir, à l'exemple de tant d'autres généraux espagnols, r (( épée » d'un parti. Fidèle, en dépit de quelques hésitations passagères au début, à la cause du libéralisme et du progrès, pour laquelle il avait versé son sang dans les guerres carlistes, pour laquelle il devait n\ourir, il s'était trouvé tout désigné pour devenir le chef militaire du parti progressiste, lorsque Espartero se retira, dégoûté des caprices de la popularité. Comme dans l'Espagne, encore mai habituée à l'exercice des droits civiques, l'armée jouait le premier rôle dans les évolutions et révolutions politiques, de chef militaire, Prim passa aisément chef suprême de son parti : il en fut à la fois la tête et le bras. Ce fut par son activité et sa persévérance, par la prudence et la hardiesse dont il sut user selon les circonstances, qu'il assura le succès de la révolution et le triomphe du libéralisme.

Mais la conquête qu'il a su faire, il ne l'organise pas lui-même. C'est en vain qu'on chercherait dans l'œuvre législative des Cortes consti-

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