LES DEBUTS
hommes coupables de quelque écart de conduite. Kt en même temps qu'il était rejeté à l'écart par les modérés, il se trouvait devenu suspect à la fraction des progressistes restée fidèle à Espartero, accusé d'avoir pactisé avec les conservateurs, tant il avait bien servi leur politique. Six ans plus tard, faisant aux Cortes l'apologie de sa conduite, il devait reconnaître avec quelle inconséquence il avait agi: « Ce dont je parle », disaitil en novembre i85o, « c'est de l'accusation qui « pèse sur moi depuis plusieurs années, de « m'ètre, en i843, vendu au parti modéré pour u je ne sais combien de millions, car chacun a (c dit le chiffre qui lui a plu, et qu'à ce prix je
levai alors l'étendard contre le duc de la Vic- " toire*, et que pour cette même cause, plus « tard, je combattis la Junte Centrale. Eh bien ! « Messieurs, je le déclare à haute voix, pour être u entendu dans tout l'univers, quand je me jetai « dans la lutte en 43, je n'avais de compromis « d'aucune espèce avec le parti modéré, d'aucune « espèce, vous l'entendez?... »
Le comte de Reus aurait pu ajouter que s'il eût appartenu « corps et àme » aux modérés, (îonzalez Bravo n'eût pas éprouvé le désir de le confiner à Ceuta. Prim du reste refusa de sous-
Icrire à celte espèce de déchéance, dissimulant bne relégation imméritée. Il demanda la permis-
Espartcro.
Lorsqu'à la mi-octobre i844, Prini rentra en •î'^spagne, le gouvernement n'était plus aux mains <le Gonzalez Bravo. Le général Narvaez, l'homme de tête et l'homme d'action du parti « modéré » était au pouvoir. Il avait fait élire de nouvelles 'Cortes, sorte de Cliambre introuvable entièrement docile à ses idées de réaction, et il venait de leur présenter un projet de réforme constitutionnelle ■ •destructif d'une partie des principes libéraux do 1837 : adhésion plus étroite à TP^glise catholique et au Saint-Siège ; suppression de l'élection pour 4e Sénat ; abolition pour les Cortes du droit de -se réunir sans convocation du pouvoir exécutif: <lissolution des milices nationales ; jugement des délits de presse par les tribunaux ordinaires au lieu du jury.
Le moment était mal choisi, pour Prim, de revenir à Madrid. 11 y était h peine depuis quelques jours que Narvaez le faisait arrêter, miettre au secret et déférer à un conseil de guerre. Le comte de Reus était inculpé de complot contre le gouvernement et de projet d'assas- •sinat sur la personne de Narvaez. On avait soidisant trouvé, cachés dans un puits, deux irabucos, <leux espingoles, appartenant au général et destinées à armer ses complices. L'accusation reposait sur la dénonciation d'un officier en disponibilité, perdu de réputation. Elle était si mal