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LES DEBUTS IJ

établie que le Conseil exigea un supplément d'enquête et qu'après il lui fallut encore toute une nuit de délibération avant d'arriver à tormuler son jugement. Prim fut condamné à six ans de prison. S'il s'était défendu avec véhémence de toute idée d'assassinat contre Narvaez, il avait repoussé assez faiblement l'accusation d'avoir conspiré, et peut-être y avait-it eu en effet un commencement de complot. En tout cas les preuves étaient si incertaines, les- «lires du principal témoin h charge si suspects^ r[ue Xarvaez n'osa maintenir la peine ; il fit gracier Prim par la reine, et cette tragi-comédie tourna finalement h l'avantage de la victime, l'our bien des progressistes, pour les Catalanssurtout, Prim s'était rendu suspect, par ses derniers actes, d'avoir pactisé avec la réaction. En le persécutant, Narvaez venait de le réhabiliter il leurs yeux.

Léo:*AKDoy.

t/opposition libérale aux cortes, i8'i5-i85'|.

Prini ne devait reparaître sur la scène politique qu'en i85o. Au printemps de i8/i5, au lendemain de sa grâce, il s'était rendu à TétrangcMoù les chefs du parti progressiste, exilés, cherchaient à réorganiser leurs forces. Mais Narvaez déjouait sans peine leurs conspirations insuffisamment préparées, et s'il se retirait en i846, c'est que dans les négociations relatives au mariage de la reine, il avait pris parti pour un candidat, le comte de Trapani, qui fut écarté. Ce changement de ministère avait amené aux alFaires une fraction du parti modéré moins résolument réactionnaire.

En même temps l'influence occulte, mais momentanément toute-puissante du général Serrano s'exerçait auprès d'Isabelle dans un sens favorable aux idées libérales. Le 3 septembre 18/^7, un décret d'amnistie rouvrait l'Espagne à la plupart des exilés. Le général Fernândez de Côrdova, ministre de la guerre, s'empressa de faire profiter Prim de cet adoucissement de régime à l'égard des libéraux. Il voulut l'enlever h la po-

L OPPOSITIO?^ LIBERALE AUX CORTF.S IQ

litique militante, qui pour l'instant ne pouvait lui valoir que des disgrâces, et le 20 octobre il le nomma capitaine général de Puerto-Rico.

Le comte de Reus marqua son passage à Puerto-Rico par la promulgation du Code nègre, mais il n'administra l'île que dix mois à peine ; dès octobre i848 il revenait en Espagne.

Serrano n'avait en effet pas tardé à être mis à l'écart. La révolution de i848 en France avait excité de vives inquiétudes dans les milieux conservateurs espagnols. Narvaez, rappelé au ministère, revêtu de pouvoirs extraordinaires, avait réprimé énergiquement à Madrid l'émeute du 29 mars et le soulèvement militaire do la nuit du 6 au 7 mai. Il avait résisté avec succès à une attaque des carlistes et dispersé des bandes républicaines apparues en Catalogne.

Aussi, au mois d'août i85o, réussit-il à faire élire des Cortes qui, presque uniquement composées de modérés, méritèrent le surnom de Congrès de famille. L'opposition n'y comptait guère qu'une douzaine de représentants. Prim s'était porté h la députation dans plusieurs collèges : à Granollers où il avait eu comme adversaire le ministre de l'intérieur; à Tarragone où, après le premier jour de vote, trois de ses partisans avaient été exilés, ce qui avait ruiné sa candidature ; h Figueras, où le gouverneur de Gérone avait pris la peine de le combattre ; enfin à Vich où il avait été élu en dépit des efforts dp rribalde-corregidor et de l'évêque.

Prini manquait encore d'expérience clans les luttes oratoires. Mais, étant donné le nombre restreint de députés progressistes, il fallait que chacun payât de sa personne. Lorsqu'on discuta la réponse au discours de la couronne, le comte de Reus se risqua k prendre la parole (21 novembre i85o). Ce fut son premier grand discours parlementaire. On y retrouve, poussés à l'excès, l'emphase, le goût des métaphores pompeuses et mal suivies auxquelles il ne sut jamais renoncer complètement, même ii l'époque où chef du gouvernement, très maître de sa pensée et ne disant que ce qu'il voulait dire, il affectait une certaine sécheresse dans ses communications à la Chambre. Ce qui fait la force de ce discours de début c'en est le ton hautain, la hardiesse agressive. « 11 reste bien établi, dit-il dès le préambule, que je suis député par mes propres forces ; plus encore, que je le suis contre la volonté du gouvernement, et par là je me trouve en complète liberté pour attaquer sa politique. »

Ce fut ensuite une charge à fond contre les manœuvres frauduleuses commises dans les élections, contre les saisies répétées des journaux progressistes, contre toutes les mesures illégales qui n'avaient plus de sens si le gouvernement possédait, comme il le prétendait, la sympathie du pays. Supprimer l'opposition, c'était fausser le régime parlementaire. N'était-ce pas risquer aussi de compromettre la royauté constitutionnelle? Celle-ci n'était-elle pas déjà assez menacée

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