‹ PrimChapitre 8 sur 41 · L OPPOSITION LIBERALE AUX CORTES · texte numérisé non relu

L OPPOSITION LIBERALE AUX CORTES

vue des libéraux, c'était une maladresse qui ris- <|uait de rallier au ministère les conservateurs, les hommes d'ordre de toute nuance. Heureusement pour les progressistes, Bravo Murillo ne sut tirer parti, ni des fautes de ses adversaires, ni <les circonstances, pour se créer une majorité (idèle de modérés accessibles h certaines idées libérales, partisans de la légalité sans arbitraire et sans violence. Au lieu d'entrer dans cette voie, il tendit résolument vers l'absolutisme. Le coup d'Etat de Louis Napoléon lui parut bon à imiter. Le 9 décembre 1801, il renvoya les Cortes et entreprit de gouverner par décrets. Le 10 janvier i852, un soulèvement militaire fut tenté à Madrid. Il fut durement réprimé. Quatre jours après, Prim, qui avait suffisamment édifié le mitiistère sur ses opinions en matière d'émeute,

I evait un permis de voyager équivalent à un ordre J'exil. Il dut partir de nouveau pour 1:» l'rance, en poste.

Cette absence forcée dura un an. Jusqu'en dé- ' inbre i852, Bravo Murillo se passa du concours des Cortes et il ne les convoqua que pour les dissoudre le lendemain. 11 se forma aussitôt, Il vue des élections futures, une coalition des modérés du centre, relativement libéraux, et des progressistes, première ébauche de l'Union libélale qui devait plus tard porter O'Donncl au pouvoir. La reine comprit que Bravo Murillo avait dépassé la mesure. Klle le remplaça pai* le général lioncali. Le nouveau cabinet se proposa

à peu près le même objet que le précédent : modifier la Constitution dans un sens autoritaire ; mais au lieu d'y tendre par des mesures arbitraires, il prétendit y parvenir par la persuasion, en obtenant des Corps législatifs eux-mêmes Tabdication de celles de leurs prérogatives que jalousait la Cour. Pour cela, de nouvelles élections étaient nécessaires.

Par les moyens puissants dont il disposait, le gouvernement fit triompher cent cinquante de ses candidats. Soixante-trois députés seulement se rangèrent sur les bancs de l'opposition : le plus significatif fut d'y voir siéger, tout près des progressistes, un groupe nouveau de quarantequatre modérés libéraux.

Le comte de Reus était aussi suspect au cabinet Roncali qu'au ministère Bravo Murillo, Le gouvernement combattit par tous les moyens sa candidature, posée à Barcelone. Prim était toujours « autorisé )) à voyager en France. Quand il demanda un passeport à l'ambassade d'Espagne à Paris pour venir défendre sa candidature, on le lui fit attendre dix-sept jours. Remise au général le 29 janvier i853, dans la soirée, alors que les élections étaient fixées au 4 février, la permission de se rendre auprès de ses électeurs devenait parfaitement illusoire. Il ne put en user et cependant fut élu. Le ministère, dépité, ne l'autorisa à revenir à Madrid que par l'itinéraire le plus direct, par Bayonne et Burgos. Pour un député, la contrainte était dure. En homme d'esprit,

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Prim répondit à rambassadeur qui lui transmetlait cet ordre que, s'il plaisait au gouvernement, il s'en irait à pied, entre des gardes civils et la corde au cou.

Les Cortes avaient été convoquées pour le r-*" mars. Dès le début, l'opposition se montrii très agressive. Elle avait à se venger des procédés employés contre ses candidats. Le 6 avril, Prini prononça, h propos de Félection du député de \ igo, un réquisitoire très vigoureux contre les fraudes de toutes sortes dont il se plut à citer les exemples les plus typiques.

« Chaque jour, disait Prim dans ce même discours, on travaille à ruiner, à ébranler le régime constitutionnel, pour qu'il tombe à bas de luimême et pour, ensuite, rétablir l'ancien régime. » Kt quelques instants après il demandait : « Avec qui le rétablirez-vous ? Est-ce avec Isabelle II ? Le gouvernement a-t-il donc oublié les torrents de sang et d'or qu'a coûté au peuple libéral la défense du trône constitutionnel d'Isabelle II ? Si le gouvernement Ta oublié, le peuple ne l'oublie pas et ne peut l'oublier... Et si vous avez oublié cette lutte, avez-vous oublié aussi le pourquoi de celte lutte ? Ce n'est pas pour un nom seulement, mais pour un nom et une chose qu'on a combattu : ce n'est pas pour soutenir dona Isaliclle de Bourbon contre don Carlos de Bourbon qu'on a lutté alors, mais pour soutenir Isabelle II constitutionnelle contre Charles V, représentant de l'absolutisme, de l'inquisition et

<les moines. Si celui-ci l'avait emporté, si le peuple libéral ne s'était pas rangé du côté d'Isabelle II constitutionnelle, ce qui serait arrivé, plusieurs orateurs vous l'ont dit... Respectez •donc la liberté, sinon par gratitude, au moins par précaution, car le parti carliste n'est pas mort, et non seulement il n'est pas mort, mais il «est nombreux et composé d'hommes braves, qui en lèveront le drapeau h la première occasion que 4eur présentera la fortune. Et si alors vous aviez •étouffé l'esprit public, si alors le peuple libéral venait à se montrer indifférent, il pourrait advenir ce qui n'est pas advenu dans cette longue !utte — et ce qui ne saurait advenir tant que le trône d'Isabelle II sera soutenu par le bras rol)uste du parti libéral. »

Deux jours après ce discours, le 8 avril i853, ie cabinet Roncali suspendait les séances des (Chambres. De scandaleuses manœuvres s'étaient produites dans l'attribution des concessions de <:hemin de fer, données par simple décret, sans approbation* des Cortes, et l'époux morganatique de Marie-Christine, le duc de Riansares, se trouvait <?ompromis. C'était pour couper court à des divulgations dangereuses que le ministère avait prorogé les Chambres. Sa complaisance ne le sîjuva pas. Il dut démissionner quelques jours plus tard : le général Roncali et son ministre des finances, Llorente, trop ménager des denieVs pu i)lics au gré de certaines gens, avaient déplu à la camarilla rovale.

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Les Certes prorogées, l'immunité des députés se trouvait suspendue. Prim pensa que sa liberté serait mieux assurée à l'étranger. Il se rendit à Paris. Il V apprit ce qui se passait en Orient, où la tension croissante des rapports entre la Russie et la Turquie faisait présager une guerre prochaine. Le comte de Reus sollicita de son gouvernement une mission officielle pour aller suivre les opérations de l'armée turque. Peut-être ses connaissances techniques en matière militaire ne le désignaient-elles pas sulfisamment pour cet emploi, mais il y avait là un prétexte honorable pour le tenir éloigné. On s'empressa d'accéder h son désir. Ln septembre, Prim débarquait ii Constantinople et se joignait à l'état-major d'Omer-Pacha. Lorsque l'hiver suspendit les opérations, il rentra non en Espagne, où il ne lui fut même pas permis de venir rendre compte de sa mission, mais en France. Au printemps de i854i il repartit pour l'Orient. Ce fut à Routschouck qu'il apprit, en juillet, les événements, graves qui venaient de bouleverser l'Espagne : le pronunciamiento du général Dulce, le combat <le Vicâlvaro, le triomphe des libéraux. Il s'empressa de regagner Madrid, où il arriva dans lespremiers jours de septembre.

L AVENEMENT DE L UNION LIBERALE ET LA CAMPAGNE DU MAROC , l85/i-l86o.

Pendant que Prim suivait en Orient les premières péripéties de la guerre, une révolution s'était accomplie dans le gouvernement espagnol. Au ministère Lersundi avait succédé le i8 septembre i853 un cabinet présidé par le comte de San Luis. Ce choix était malheureux. Par ses antécédents, San Luis n'était pas l'homme d'inattaquable réputation dont l'intégrité eût fait oublier les complaisances suspectes de ses prédécesseurs et rendu à la cour un peu de cette considération qui s'en allait chaque jour, à mesure que certaines spéculations, plus ou moins favorisées par des intrigues d'alcôve, parvenaient à la connaissance du public. Le Sénat refusa de couvrir d'un oubli indulgent le scandale des concessions de chemins de fer. Des mesures arbitraires, destitutions, suspensions de journaux, répondirent h son vote. La persécution atteignit des hommes importants, appartenant non pas aux partis extrêmes, mais au parti modéré li-

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béral : les généraux D. Manuel et D. José de la Concha, Infante, O'Donnell. Ce dernier avait été de tout temps un conservateur, et même un partisan de Christine pour laquelle il avait combattu Espartero. Traqué par la police de San Luis, O'Donnell devint l'àme d'un complot qui éclata le 28 juin i854 : ce jour-là le général Dulce se prononça contre le gouvernement, entraîna lu moitié de la garnison de Madrid et immédiatement se plaça sous les ordres d'O'Donnell. Le 3o juin, il y eut à Vicàlvaro une rencontre entre les troupes soulevées et les troupes restées fidèles. Le résultat fut indécis. Aux généraux « prononcés m manquait encore l'appui des masses populaires. Les progressistes n'avaient pris qu'une assez faible part à l'organisation de la conspiration et en fait O'Donnell n'avait pas recherché leur concours. I Après Vicàlvaro il reconnut que, s'ils ne se déclaraient pas, la partie pourrait bien être compromise. Pour les entraîner, un modéré libéral, destiné à se faire depuis un grand nom dans la politique espagnole, Canovas delCastillo, rédigea le manifeste de Manzanares, du 7 juillet, dans lequel il adopta la partie essentielle du programme progressiste: pratique rigoureuse des lois constitutionnelles, modification de la loi électorale et de la législation sur la presse, économie, justiciî

I dans la collation des grades, décentralisation, établissement d'une milice nationale.

Valladolid et Barcelone se prononcèrent alors

quelque temps hésitant, se souleva tout a coup, le 17 juillet. Après un vain essai de résistance, 1 la reine offrit le pouvoir au chef reconnu des *j progressistes, Espartero, qui accepta, mais dul faire place à ses côtés au véritable auteur de ce coup d'Etat, O'Donnell. Il se forma ainsi un gouvernement hybride, mi-partie modéré libéral, mi-partie progressiste. C'était le second essai de ce qui devait être l'Union libérale, mais sans la fusion effective des deux groupes, qui ne devais se réaliser qu'en i858. Pour le moment, il n'y avait que juxtaposition : les chefs des deux partis se trouvaient simultanément au pouvoir, réunis dans un même ministère, mais se jalousant l'un l'autre, incapables d'oublier que, dix ans plus tôt. ils s'étaient combattus les armes à la main.

Lorsque Prim arriva d'Orient, espérant de ce cabinet libéral sa nomination à quelque grand commandement, il était trop tard. On avait combattu sans lui; toutes les hautes charges de l'armée étaient pourvues. O'Donnell y avait installé ses amis. Quant h Espartero, peut-être n'avait-il pas perdu tout souvenir que le comte de Reus avait été le fauteur d'un des premiers pronunciamientos de i843 contre sa légence. Prim fut bien accueilli à Madrid ; on parla de lui pour divers postes ; et ce fut tout. Il comprit qu'il fallait s'imposer et se porta candidat aux Cortes constituantes dont le cabinet avait décidé lu réunion.

A Barcelone, où il se présenta, ses électeurs

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l'étaient plus aussi unis que par le passé. Certains progressistes avaient évolué vers le parti • léniocratique. Pour les rallier Prirn lança une tirofession de foi déclamatoire, où il exposa longuement ses principes : droit de vote étendu à

out Espagnol âgé de vingt ans, sachant lire et ' crire et payant un cens de vingt réaux (cinq Irancs); organisation de la milice nationale; recrutement de l'armée et de la marine par le -ystème des engagements volontaires substitué

I la conscription ; interdiction au clergé d'inter-

enir dans les luttes politiques; réforme finan- ' ière ; abolition des contributions indirectes;

léveloppement de l'instruction publique gratuite ;

anction sévère des responsabilités ministéi ielles, etc. Il fut élu.

Les Cortes constituantes s'ouvrirent le 8 novembre i85^. Prim n'y joua qu'un rôle d'arrière^ plan. Celte besogne de législateur n'était ni de sa compétence, ni de son goût. Aussi, à l'ouverture de la seconde session, en octobre i855, - empressa-t-il de résigner son mandat de député, lorsfju'enfin le gouvernement lui ofïrit les fonctions de capitaine général de Grenade. Il se trouva ainsi avoir dans son gouvernement le jjréside de Melilla, sur la côte d'Afrique. Les Maures du Hif!*, qui entourent ce poste, s'étaient < nhardis au point qu'il n'était plus possible de

Ki hasarder hors des murailles. Le comte de eus y trouva prétexte ii une démonstration lîlitaire ; il traversa le détroit, et infligea aux

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Marocains un châtiment sévère : il dut à ce succès facile le grade de lieutenant général*.

Vers le milieu de i856, le différend latent entre O'Donnell et Espartero entra dans une période aiguë. La reine s'empressa de donner tort au chef du parti le plus avancé. Espartero se retira le i/j juillet. O'Donnell tenait d'avance un ministère tout prêt auquel Isabelle remit le pouvoir. Prim résigna aussitôt ses fonctions de capitaine général de Grenade. Sous peine de s'aliéner à jamais la confiance des électeurs catalans, il ne pouvait, après sa profession de foi de Barcelone, rester en place sous un ministère qui s'empressait de méconnaître l'autorité des Cortes, qui laissait à Madrid l'émeute prendre des proportions graves, afin de s'en faire un prétexte pour désarmer la milice nationale, et qui, dans le même but, réprimait avec une rudesse excessive l'émotion causée à Barcelone, Reus et Tarragone par la retraite d'Espartero.

O'Donnell venait d'ailleurs de commettre une

ne

I. 3i janvier i856. — La capitainerie générale de Grena était un emploi qui ne conférait pas le grade de capital général. Les grades les plus élevés de l'armée espagnole sont ceux de lieutenant général et, au-dessus, de capitaine génénil. C'est par assimilation au grade français correspondant que Prim, plus tard capitaine général, a été communément appelé ea France le maréchal Prim.

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lourde faute. Pas plus qu'au lendemain de Vicâlvaro il n'était en mesure de gouverner sans les progressistes ; moins encore après s'en être fait des adversaires. Il crut pouvoir compter sur la reine, et se trompa. Comme à plaisir il prit toutes les mesures propres h le livrer sans défense à la cour : il renvoya les Cortes, désarma la milice nationale, et, au lieu de promulguer la constitution libérale votée par l'Assemblée constituante, remit en vigueur la constitution de 1845, à peine modifiée par un acte additionnel. Quand il eut ainsi préparé les voies à la réaction, Isabelle le congédia et le i5 octobre le remplaça par Xarvaez.

Le chef du parti conservateui* usa, en 1867, ^* l'égard de Prim, du procédé qu'il avait employé en i841 pour l'écarter de la politique active. Le 1 1 janvier, au sortir d'une réception h l'ambassade de France à Madrid, le comte de Reus fut arrêté et conduit à l'Alcazar de Tolède.

Cette fois Prim était accusé de manquement à la discipline militaire, pour la publication d'une lettre, écrite par lui à un de ses amis de Catalogne et dans laquelle il censurait vivement le gouverneur civil de Barcelone et le capitaine général de Catalogne, pour l'emprisonnement arbitraire de quelques notables barcelonais.

L'instruction, très simple, fut prolongée pendant trois mois. L'affaire vint devant le conseil de guerre de Madrid le 12 mars. Le tribunal hésita longuement. Les mœurs politicjues espa-

gnôles rendaient difficile une condamnation : un simple soldat pouvait devenir député et se trouvait comme tel autorisé à critiquer, en dehors du service, ses supérieurs hiérarchiques. Dès lors, Prim, connu comme homme politique, plusieurs fois député, n'avait-il pas le droit de censurer, même avec une certaine vivacité, un acte essentiellement politique, dirigé contre des civils, et où la discipline n'entrait pas en question ?

Après six heures de délihération le conseil condamna le comte de Reus à six mois d'arrêts dans une forteresse, sans privation de son grade ni de ses décorations. La peine ne fut même pas appliquée dans toute sa rigueur : envoyé en résidence à Alicante, Prim fut bientôt autorisé -à se rendre à Vichy. Si ce n'eût été crainte de faire échec au ministère, la Reine l'eût gracié. Quant à Narvaez, il avait obtenu ce qu'il voulait ou à peu près : s'il n'avait pas réussi à empêcher Prim d'être élu député à Reus le 26 mars, il l'avait mis dans l'impossibilité de siéger.

Par ce procédé et d'autres du même genre Narvaez parvint à réduire l'opposition dans les Cortes à cinq membres. Il en profita pour réformer le Sénat dans un sens aristocratique, pour faire voter aux Chambres des règlements restrictifs de leur propre autorité, enfin pour édicter une loi sur la presse qu'on baptisa de loi d'emprisonnement de la presse. Mais la sévérité inflexible de Narvaez le discréditait. Brusquement et sans motif bien explicable, la reine h

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renvoya, en octobre, et les ministères plus libéraux du général Armcro et d'Istùriz préparèrent le retour aux aflaires d'O'Donnell (3o juin i858).

Ce fut le véritable avènement de l'Union libérale. « Offrir à toutes les nuances constitutionnelles, a écrit M. deMazade, une juste représentation dans la vie publique, rallier modérés et progressistes, sans distinction d'origine, l\ un système de libéralisme monarchique indépendant des combinaisons des anciens partis ; créer, s'il était possible, un parti nouveau pour une situation nouvelle, en faisant appel au pays 't en renouvelant le Congrès par des élections, telle était la politique, ou, si l'on veut, l'ambition du général O'Donncll. »

Dès son retour au ministère O'Donncll mit en l»ratique les principes de cette politique de ralliement. Il s'acq.uit ainsi le concours d'hommes dist ingués et par ce libéralisme conciliant, par \c >()uci qu'il prit de la prospérité matérielle du pays, par la gloire qu'il rendit à ses armes, il illait, fait inouï jusqu'alors dans les fastes de la monarchie constitutionnelle en Espagne, se maintenir au pouvoir pendant cinq ans.

Priin commençait à tenir dans son parti un lôle trop important pour qu'O'DonncU n'essayât pas de l'attirer dans les rangs de l'Union. Le l 'j juillet i858 Prim fut appelé à siéger au Sénat.

Il ne semble cependant pas qu'il y ait jamais- < u de sympathie ni une réelh* comnninauté de ^ues entre O'Donncll et le comte de liens. Ce-

lui-ci professait les opinions les plus avancées du progressisme, et, nommé sénateur par le chef de l'Union libérale, il entendit garder toute sa liberté. On le vit dès la première session du Sénat, lorsqu'en décembre i858, Prim prononça, au sujet des relations de l'Espagne et du Mexique, un discours sur lequel nous reviendrons plus tard et qui ne pouvait être agréable au gouvernement. D'autre part, au point de vue militaire, il pourrait bien y avoir eu, entre ces deux hommes, une secrète rivalité : lorsque l'année suivante, en octobre 1869, l'Espagne déclara la guerre au Maroc, Prim ne fut pas d'abord désigné pour faire campagne. Ce fut seulement par ses instances qu'il obtint le commandement d'une division de réserve qui se forma à Antequera et s'embarqua à Algeciras pour Ceuta dans la nuit du 27 novembre. Le lendemain même de leur arrivée les troupes de Prim entraient en ligne.

On sait ce que fut cette campagne, qui eut Tétuan pour objectif. L'armée espagnole dut se frayer un passage le long de la côte, dans un pays montagneux, très difficile, propice aux embuscades. C'était la saison des pluies et des ouragans ; les troupes campaient dans la boue, décimées par le choléra.

Prim se distingua autant par sa vaillance accoutumée que par l'action heureuse qu'il savait exercer sur le moral du soldat. Placé bien vite à l'avant-garde et chargé d'ouvrir le premier tronçon de route de Ceuta h Tétuan, il dégagea

F,A cami>a(;ne m mahoc 3\)

la vallée de Los Castillejos par un combat célèbre (i*"" janvier 1860) qui lui valut le titre de larquis de Los Castillejos avec la Grandesse de {)remière classe.

Après des soulTrances supportées avec un enlain admirable, l'armée d'O'Donnell s'emparait (le la ville sainte de Tétuan, le 3i janvier 1860. Le 26 avril, un traité mettait fin à cette campagne vraiment héroïque, mais dont les troupes espagnolesnerapportaientquedela gloire. D'avance ' 'urs efforts et leurs sacrifices étaient, de par la olonté de l'Angleterre, condamnés à demeurer lériles. Ce fut une désillusion dans la péninsule lorsqu'on s'aperçut que la mort de sept mille ommes n'était payée par aucun avantage réel, t peut-être cette fâcheuse impression aurait-elle uiné la popularité d'O'Donnell, si elle ne s'était iFacée au souffle d'enthousiasme extraordinaire (jue souleva le retour des troupes victorieuses.

Prim revint précédé d'une réputation d'intré-

lide valeur que lui avait légitimement conquise sa

conduite à Los Castillejos, au Camp de la Faim,

au Cap Noir, à la prise de Tétuan, à la bataille de

rOuad-Ras. Le i"" mai 1860, il débarquait à Ali-

;inte au milieu des acclamations d'une foule ivre

rallégresse. Le lendemain Isabelle le nommait

ommandant général du corps du génie. A Madrid

l'attendait une réception aussi brillante que

elle d'Alicante et, le 11, avec O'Donnell, Ros

de Olano, les généraux et les troupes de l'armée

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