LE BAIN
Candidior cycnis.
Virgile.
C'était l'heure où midi de l'agame qui rôde Fait reluire au soleil Pécaiile d'émeraude, Où le ramier plaintif, fuyant les feux du jour, Cherche un réduit secret aux bords riants de l'onde Et, dans les bois touiius, où la fraîcheur abonde , Fait entendre son chant d'amour.
Dora prit le sentier que la liane encombre,
Et, rêveuse, elle vint des manguiers chercher l'ombre.
Le gazon à la vierge offrait son lit^e fleurs;
Sur les cailloux d'argent, avec une voix douce, La source bouillonnait sous le dôme de mousse , Sous le dôme où coulent ses pleurs.
La créole enfin peut, sans crainte qu'on la voie, Laisser pendre au buisson ses longs habits de soie Aux reflets chatoyants... moins que ceux du bassin, Où les rayons brisés s'égrènent en étoiles!
La voilà , sous le ciel , qui frissonne sans voiles , Les doigts ramenés vers son sein.
Craintive , elle a déjà , dans l'onde qui se moire, Presqu'à demi trempé ses petits pieds d'ivoire. Mais soudain, reflétée au pur cristal de l'eau, Elle voit s'allonger sa hanche qui se cambre , Et, rouge, d'un seul bond , la fille aux cheveux d'ambre Efface le riant tableau.
Longtemps, sous le rideau qu'a tissé la liane, La vierge folâtra, comme autrefois Diane, Sans songer qu'Actéon pouvait l'apercevoir... Elle sortit du bain, et chaque gouttelette Qui constelle^ en glissant, sa gorge violette Parait un diamant du soir.
Caché sous les bambous, je la vis, l'ingénue,. Tordant ses longs cheveux au soleil , toute nue, Blanche et se détachant du fond vert du hallier. Ah ! Dora , puisses-tu, froide amante de pierre , Voir en peries changer les pleurs de ma paupière Et t'en faire un riant collier ! . . .
Mars 1863.