LE DATURA
La rose a des parfums qui font rêver d'amour ; Plus d'un insecte d'or autour d'elle voltige. Le lis est une étoile où se fixe une tige; Il se baigne des pleurs de la fille du jour.
Pour moi, je m'ouvre alors qu'au céleste séjour La lune, astre muet, qu'invoque le prestige, Sur quatre papillons liés à son quadrige, Du Zodiaque en feu va franchir le contour.
Le ver luisant se vient abriter en mon urne, Et des rêves légers la foule taciturne Epanche mon arôme au monde qui s'endort.
Je fais un doux nectar des pleurs de l'àme en peine L'homme désespéré trouve en ma coupe pleine L'oubli de tous ses niaux : car il y boit la mort !
Être oiseau dans tes bois , étoile dans les cltvDt , Roméo n'avoir pas & pleurer Juliette , Mourir lis odorant , posé dans vos cheveux , Fdttt-il plut , dites-mol , pour un cœur de poète ?
Papillon enivré du miel des fleurs écloses^ Baigner dans la rosée une aile vierge encor ; Perle humide^ briller aux calices des roses Et se fondre au soleil dans un pur rayon d'or ;
Lyre, sentir en soi vibrer l'àme des choses Et livrer à la brise un doux et triste accord ; Fixer d'un crayon sûr de langoureuses poses Et prendre, avec la strophe, un énergique essor ;
Cygne épris d'une femme aux longues tresses blondes, La suivre, ailes au vent^ parmi les eaux profondes, La perdre,.*, la saisir... : Qui n'a formé ces vœux ?
Pour moi , — puisque l'amour contre ton cœur s'émousse , — Je voudrais (à mon mal consolation douce) Mourir fleur d'oranger posée en tes cheveux !
Avril i86{.
ODELETTES
Ainsi , bruyante abeille, au retour du matin , Je vais changer en miel les délices du thym, Rose , un sein palpitant est ma tombe divine. Frêle atome d'oiseau, de leur molle étamine Je vais sous d'autres cieux dépouiller d'autres fleurs
André Ghénibr.