LES ANGES AU SÉPULCRE
A M^ Louis Dufrine.
Quand Jésus , expirant au milieu des ténèbres ^ Eut, par trois fois, au ciel jeté ces cris funèbres
Dont tressaillit le Golgotha ; Quand les femmes longtemps de pleurs et d*aromate Eurent baigné ses pieds, vint Joseph l'Arimathe,
Qui prit le corps et l'emporta.
Alors, dans un sépulcre, ô spectacle qui navre! Tout sanglant et meurtri l'on coucha le cadavre Enveloppé d'un blanc linceul.
Chacun vint à son tour lui baiser la paupière , Et puis l'on entendit retomber une pierre. .
Puis il fallut le laisser seul.
Mais le sabbat passé, quand la troisième aurore Eut paru, désirant de le revoir encore ,
Marthe, Marie et Salomé, D'un flambeau filial guidant leurs pas dans Tombre , Toutes trois s'avançaient vers le sépulcre sombre
Où dormait Jésus embaumé.
Or, voici que soudain > détaché de la tombe Qu'il scellait, le bloc glisse et devant elles tombe
Avec un long gémissement :
Aux froids degrés assis et le front ceint d'étoiles Deux anges ont brillé, si muets sous leurs voiles
Qu'ils semblent en ravissement.
Les trois femmes tremblaient d'avancer sous \t porche , En voyant dans leurs mains la lueur de la torche
Pâlir devant tant de clarté.
L'un des anges alors ^ se voilant de ses ailes : « Ne craignez rien , dit-^il , vous ses filles fidèles :
u Sachez qu'il est ressuscité. »
Et son doigt leur montrait l'Orient plein de flammes. L'autre ange, tout en pleurs, se taisait. Les trois femmes
Songèrent à s'en revenir ; , Car leur cœur n'avait plus qu'une douce souffrance De ces deux visions l'une était l'Espérance , . Mais l'autre avait nom Souvenir.
Mars 186).