‹ Primevères: poésiesChapitre 14 sur 42 · LES CRAPAUDS · texte numérisé non relu

LES CRAPAUDS

Brékékékex! coax! coax!

Aristophane.

Crapauds harmonieux qui grouillez sous la vase , Vous plongez mon esprit en une douce extase, Quand , dans l'ombre des nuits , Tastre au front argenté Baigne les noirs étangs de sa molle clarté.

Coax ! coax !

Oui, j'aime vos concerts pleins de mélancolie; J'aime ces sons plaintifs , doux comme une homélie ,

Que PËcho , jeune fille au ris malicieux , Uvre à Paile du vent pour les porter aux deux. Brékékékex !

Est-ce Pange des nuits , dites , qui les inspire , Ces accords si touchants que votre âme soupire ? L'avez vous vu soudain , d'étoiles couronné , Glisser sur le ruisseau de reflets sillonné?

Coax! coax!

Quelque lutin léger, qui ride de son aile Le miroir où l'azur de la voûte étemelle Se réfléchit — splendide — avec ses lampes d'or, Soulève-t-il en vous ce pleur et ce transport^ Brékékékex!

Bercez-vous de vos chants ce sylphe, dont la branche Balance avec amour au vent la forme blanche?

Ou bien une coquette, au fond de vos marais,

Fait-elle à tous les cœurs détester ses attraits? Coax! coaxl

J'aime, quoi qu'il en soit, votre mélancolie; J'aime ces sons plaintifs, doux comme une homélie, Que l'Ëcho , jeune fille au ris malicieux , Livre à l'aile du vent pour les porter aux cieux. Brékékékex! Coax! coaxl

Juin 1860.

Page 1