LES CRAPAUDS
Brékékékex! coax! coax!
Aristophane.
Crapauds harmonieux qui grouillez sous la vase , Vous plongez mon esprit en une douce extase, Quand , dans l'ombre des nuits , Tastre au front argenté Baigne les noirs étangs de sa molle clarté.
Coax ! coax !
Oui, j'aime vos concerts pleins de mélancolie; J'aime ces sons plaintifs , doux comme une homélie ,
Que PËcho , jeune fille au ris malicieux , Uvre à Paile du vent pour les porter aux deux. Brékékékex !
Est-ce Pange des nuits , dites , qui les inspire , Ces accords si touchants que votre âme soupire ? L'avez vous vu soudain , d'étoiles couronné , Glisser sur le ruisseau de reflets sillonné?
Coax! coax!
Quelque lutin léger, qui ride de son aile Le miroir où l'azur de la voûte étemelle Se réfléchit — splendide — avec ses lampes d'or, Soulève-t-il en vous ce pleur et ce transport^ Brékékékex!
Bercez-vous de vos chants ce sylphe, dont la branche Balance avec amour au vent la forme blanche?
Ou bien une coquette, au fond de vos marais,
Fait-elle à tous les cœurs détester ses attraits? Coax! coaxl
J'aime, quoi qu'il en soit, votre mélancolie; J'aime ces sons plaintifs, doux comme une homélie, Que l'Ëcho , jeune fille au ris malicieux , Livre à l'aile du vent pour les porter aux cieux. Brékékékex! Coax! coaxl
Juin 1860.