STANCES
MORT D'EUROPE ROUZIER,
Sur ce front jeune et pur que la mort environne Le printemps brillait dans sa fleur,
Son limpide regard semblait d'une madone, Cristal où se voyait son cœur.
Pauvre enfant ! La gaîté sur tes lèvres écloses
Gazouillait un chant mensonger.
Quoi! Le trépas devait, glaçant tes tempes roses,
Ravir ces boutons d'oranger!
Hier encor, joyeuse et savourant la vie,
Ton œil noir reflétait le ciel.
La douce illusion te versait l'ambroisie,
Sans jamais y mêler de fiel.
Maintenant te voilà livide sur ta couche, Au milieu des pâks flambeaux ;
Un sourire tranquille éclaire encor ta bouche,
Qu'attend le ver dans les tombeaux.
Si tu pouvais, du moins, dans Pombre où tu reposes,
Sentir sur toi tomber nos pleurs.
Enfant ! si le parfum de l'encens et des roses
Ranimait tes fraîches couleurs ;
Si la faible clarté que répandent les cierges
Un moment frappait tes regards, Tu verrais sur tes yeux le pâle essaim des vierges
Pencher leurs visages hagards ;
Tu verrais, se tordant les mains, ta pauvre mère
Maudire une odieuse loi, Et toi, d'un long baiser lui séchant la paupière,
Tu lui dirais : a Mère, c'est moi! »
Mais c'en est fait, hélas ! et la timide étoile
Qui brillait si pure en ton œil Se dérobe à jamais sous les replis du voile
Dont la mort te couvre au cercueil.
Le ciel t'aimait donc bien, qu'il te prit à la terre !
Ah! dors ton étemel sommeil.
Pourrais-tu^ quand tu sais le mot du grand mystère,
Regretter notre obscur soleil ?
Je te vois voltiger avec des ailes 4'ange
Dans l'éther immatériel.
Ah ! du moins quelquefois, sur notre pauvre fange,
Reviens pour nous parler du ciel.
Septembre 1863.