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A UNE JEUNE FILLE

A M, Edmond Laforesterie.

Toujours, en effet, des visions nocturnes , venant dans ma chambre virginale , me parlaient avec de douces paroles.

Eschyle.

Sur le mol édredon quand ton beau corps repose, A travers le cristal et les rideaux de lin, N'as-tu jamais senti de ta paupière close •Les cils noirs effleurés d'un rayon opalin ?

Et si ton œil, troublé par les vapeurs du rêvé, Cherchait au sein des nuits l'astre mystérieux, Jamais un sylphe ailé, qu'un rayon d'or soulève, D'un baiser tout à coup ne t'a fermé les yeux?

Ou bien, lorsqu'au matin, dans le bois qui s'éveille. Tu vas cueillir le lis trempé des pleurs du ciel, Vers ta lèvre jamais une brillante abeille N'a-t-elle voltigé pour y puiser son miel ?

Jamais le doux zéphyr qui pleure dans les saules Ne vint-il soulever ton voile vaporeux.

Et d'un frisson lascif glis^nt sur tes épaules. Comme une écume d'or répandre tes cheveux ?

Jamais, Nœri$> jamais, sous la sombre ramure, Dans le bassin de mousse où rit un pur cristal, N'as-tu senti les bras de l'onde qui murmure Presser avec amour ton galbe virginal ?

Et si, pour te sécher, cherchant parmi les branches Les tissus odorants brodés de maintes fleurs, N'as-tu point vu couler lentement sur tes hanches Plus d'une perle d'eau qui ressemblait aux pleurs?

Tu rougis! Sache donc, 6 blanche jeune fille! Que mon âme toujours voltige autour de toi, Abeille, onde ou zéphyr, sylphe, étoile qui brille : Car mon nom est l'Amour et ton cœur est à moi I

Septembre i86j.

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