‹ Primevères: poésiesChapitre 26 sur 42 · LUCIOLE · texte numérisé non relu

LUCIOLE

Pour moi, rêveur épris de poésie.

Je prends en vain mon essor vers le ciel.

En vain ma lèvre aspire à l'ambroisie :

La coupe n'a que l'absinthe et le fiel.

Lorsque du haut des cieux , souriante et sans voiles , La nuit met à son front sa couronne d'étoiles , L'humble ruissau , qui dort dans l'herbe et les cailloux , Se décore à son tour de célestes bijoux.

Le ver luisant trompé croit voir, au fond de l'onde, Remuer ces clartés dont chacune est un monde.

Vers l^étoile qu'il aime il vole, plein d'espoir ! Mais son aite a touché le liquide miroir :

Il est pris, et soudain quelque reptile infâme Donne la mort à qui venait chercher une âme.

Ainsi vers Pldéal , 6 poëte inspiré ,

Tu montes, et le vers te prêtant ses deux ailes,

Tu crois, sans peine, atteindre aux beautés éternelles.

Mais un fil invisible en ton rêve doré

T'arrête. Te voilà ramené vers la terre ,

Et le Réel te crie : « Ah çà, veux tu te taire? »

Février 1863.

sous LES MANGUIERS.

Frigusopacum.

Virgile.

A M. T. Poulie.

Ruisseau limpide et doux, oîi les rayons du soir

Viennent se refléter comme en un clair miroir,

Oh ! que j'aime à rêver sous le feuillage sombre

De tes manguiers épais, pleins de fraîcheur et d'ombre ,

Soit que le rossignol, posé sur un rameau ,

Mêle sa voix plaintive au murmure de l'eau

Dont l'écume d'argent sur les cailloux se brise , Soit qu'au fond du vallon où s'engouffre la brise, • L'écho s'éveille et rie en imitant les voix Qui montent vers le ciel de la terre et des bois ! Et quand là-bas la lune, entr'ouvrant un œil pâle, Au palmier grêle et noir met ses reflets d'opale , J'aime, sur le gazon , fantastique décor, A la voir dessiner mille arabesq»'**** d'or, Et, dans ton pur cristal mirant sa . .c blonde, Comme un cygne, endormi se bercer dans ton onde...

Vers tes bords, à celte heure, heureux qui peut s'asseoir !

Le jasmin entr'ouvert devient un encensoir,

Et, dans l'azur profond qu'aucun brouillard ne voile,

De suaves parfums montent jusqu'à l'étoile ,

Dont les rayons tremblants descendent à leur tour

Allumer sur la fleur l'insecte ivre d'amour.

Février »Sé}.

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