‹ Primevères: poésiesChapitre 28 sur 42 · PENSÉE ANTIQUE · texte numérisé non relu

PENSÉE ANTIQUE

Passant qui viens rêver sur cette fosse ouverte, Pour savoir qui je fus, écarte Therbe verte :

Je n'avais pas seize ans; De la vie, en mon cœur, Circulaient à longs flots la pourpre et la chaleur. J'étais fort. On voyait sur ma lèvre s'étendre, Comme sur un fruit mûr, un duvet blond et tendre. La vierge en rougissant se disait : « Il est beau 1 »

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Maintenant me voilà couché dans le tombeau ; La Mort est désormais ma fiancée amère.

Mais j'emporte du moins tes baisers, ô ma mère , Et toi, père, à mes yeux cachant ton désespoir, Sombre et silencieux, tu mordis ton mouchoir... Ah ! ces larmes pour moi sont le baume suprême : Je dois vivre toujours au cœur de ceilx que j'aime , Et quand de ma dépouille il surgira des fleurs, Vous les viendrez tous deux arroser de vos pleurs !

Passant qui viens rêver sur cette fosse ouverte, Je t^ai dit qui je fus, redresse l'herbe verte.

Aviil r86$.

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