LE PÈLERIN ET LES CIGALES
d'après Boccalini.
A mon oncle D.
Un pèlerin, courbé par la fatigue et Page,
Seul, à midi, suivait une gorge sauvage.
(c Le but est loin, dit-il ; du moins si quelques fleurs
Reposaient mes regards de leurs fraîches couleurs;
si les magnolias, étendant leur ombrelle,
Repoussaient le soleil de mon front qui ruisselle,
Et si, pour étancher ma soif, un pur ruisseau
A ma lèvre tendait la neige de son eau !
Mais non. Partout la ronce et la bardane ingrate,
Et le reptile impur glissant sa tête plate
Entre les verts poignards et les stylets pointus
Qu'aux buissons hérissés brandissent les cactus.
Adieu les rossignols! » Il pleurait. Des cigales,
Égrenant dans les airs leurs notes inégales,
Le raillaient. Le vieillard s'écarte du chemin
Et, furieux, les veut écraser de sa main.
Vains efforts! Sous ses coups naissent d'autres cohortes.
Huit jours de plus, clameurs et bètes seraient mortes.
Laissons crier l'Envie et marchons devant nous :
Le temps doit en prôneurs transformer nos jaloux.