‹ Primevères: poésiesChapitre 40 sur 42 · LARMES DE POËTE · texte numérisé non relu

LARMES DE POËTE

Les lustres scintillaient. Partout femmes et roses Embaumaient ton palais splendide, ô Pépita.

Voici ce qu'un poète , enfant aux tempes roses , A sa belle maîtresse , ivre d'amour, chanta :

c< Il m'est doux, Pépita, quand la neige muette

(c Étend son blanc linceul sur les toits assoupis ,

c< De sentir dans mes mains frémir ja jeune tête

« Aux cheveux crespelés , plus blonds que les épis.

« Alors, vive le punch et sa magique ivresse!

(( La salamandre danse en notre obscur réduit

i( Et met dans tes yeux bleus humides de tendresse ,

« Une larme d'amour, étoile de ma nuit.

« Quand la sève, plus tard, au bout des vertes branches,

(( Fait poindre les bourgeons par Avril empourprés ,

« Qu'au souffle des zéphyrs il neige des fleurs blanches

« Sur le cristal des lacs , sur le velours des prés ,

i< Il m'est doux, crois le bien, d'entendre les fauvettes

« Jaser à qui mieux mieux dans leur nid printanier,

(( Ou de lire avec toi les chansons des poètes,

« Tout en pillant des fleurs pour emplir ton panier.

« Une voix cependant qui rend mon âme sombre

« Me dit : « La volupté ne doit durer qu'un jour \

« Un jour tu pourriras parmi les vers de l'ombre ,

« Ayant tout oublié, même le nom d'amour.

M Ah ! du moins sur la fosse où la mort doit m'étendre ,

u Pépita , qu'un arbuste au feuillage éploré

tt Verse à la fois la paix et la nuit sur ma cendre ! . . . »

« — Mon cher, fit Pépita , tu t'es bien enivré ! »

Janvier 1866.

Page 1