LARMES DE POËTE
Les lustres scintillaient. Partout femmes et roses Embaumaient ton palais splendide, ô Pépita.
Voici ce qu'un poète , enfant aux tempes roses , A sa belle maîtresse , ivre d'amour, chanta :
c< Il m'est doux, Pépita, quand la neige muette
(c Étend son blanc linceul sur les toits assoupis ,
c< De sentir dans mes mains frémir ja jeune tête
« Aux cheveux crespelés , plus blonds que les épis.
« Alors, vive le punch et sa magique ivresse!
(( La salamandre danse en notre obscur réduit
i( Et met dans tes yeux bleus humides de tendresse ,
« Une larme d'amour, étoile de ma nuit.
« Quand la sève, plus tard, au bout des vertes branches,
(( Fait poindre les bourgeons par Avril empourprés ,
« Qu'au souffle des zéphyrs il neige des fleurs blanches
« Sur le cristal des lacs , sur le velours des prés ,
i< Il m'est doux, crois le bien, d'entendre les fauvettes
« Jaser à qui mieux mieux dans leur nid printanier,
(( Ou de lire avec toi les chansons des poètes,
« Tout en pillant des fleurs pour emplir ton panier.
« Une voix cependant qui rend mon âme sombre
« Me dit : « La volupté ne doit durer qu'un jour \
« Un jour tu pourriras parmi les vers de l'ombre ,
« Ayant tout oublié, même le nom d'amour.
M Ah ! du moins sur la fosse où la mort doit m'étendre ,
u Pépita , qu'un arbuste au feuillage éploré
tt Verse à la fois la paix et la nuit sur ma cendre ! . . . »
« — Mon cher, fit Pépita , tu t'es bien enivré ! »
Janvier 1866.