Rosa Vanheurckiana Crép
Lorsque j'ai proposé à M. Boissier la distinction du R. Vanheurckiana comme un type spécifique distinct, je n'avais vu qu'un petit nombre de spécimens de cette forme et je n'avais pu étudier le R. orientalis que sur des matériaux peu nombreux. Depuis lors, il m'a étè permis de compléter mes études sur de riches matériaux de ces deux formes et leur résultat m'a forcément conduit à modifier mes idées sur la valeur de celles-ci.
J'avais établi le R. Vanheurckiana sur le N° 569 de la collection de Kotschy. M. Boissier (F1. Orient., I, p. 685) a rapporté à cette espèce le N° 789 de la même collection, et il a bien fait; mais il aurait pu y rapporter encore le N° 540 et le N° 70 qu'il attribue au R, orientalis, et enfin une Rose recueillie par M. Haussknecht sur le Berytdagh et distribuée sous le N° 1050 et qu'il attribue au R. tomen- (os«.
Ainsi que le R. orientalis, le R. Vanheurckiana forme d'ordinaire un tout petit arbrisseau haut de quelques décimètres, etest comme lui à ramuseules velus ou pubescents. Il se distingue du premier par ses folioles avaleselliptiques et non suborbiculaires où ovales-arrondies,
celles des feuilles supérieures ordinairement assez longuement atténuées-aiguës au sommet. C'est la différence la plus notable entre les deux formes. Je pourrais ajouter que, dans le À. Vanheurckiana, les réceptacles sont d'ordinaire moins densément hispides.
Sur les magnifiques échantillons du N° 569 de Kotschy qui se trouvent dans l'herbier de Vienne, on remarque parfaitement que les sépales se relèvent après l’anthèse, comme dans le À. ortentalis et ne restent pas réfléchis, ainsi que le pensait M. Boissier. D’après les échantillons du N° 540 qui appartiennent incontestablement au R. Vanheurckiana, les sépales de celui-ci sont relevés-connivents et persistent sur Île fruit parfaitement mür comme dans les R. orientalis et R. mollis. En présence de la persistance des sépales, le À. Vanheurckiana ne peut être maintenu dans le groupe du R. tomentosa dont les sépales sont à la fin caducs.
Je vais maintenant passer en revue les diverses formes du R. Vanheurckiana, afin de montrer qu'elles peuvent être les variations de cette Rose.
Collection Kotschy. « N° 569. Rosa orientalis Dupont. — Boiss. In rupestribus vallis alpinae Merga Sauk alt. 7000 p. » Folioles des feuilles supérieures assezbrièvement aiguës au sommet; stipules supérieures assez étroites ou très-largement dilatées; fleurs solitaires; pédicelles assez courts (5-10 mill.); réceptacles globuleux, assez abondamment hispides; sépales extérieurs à 1-4 pinnules. Les folioles, ordinairement grandes, peuvent être 5 ou 4 fois plus petites dans certains échantillons.
Collection Kotsehy. « N° 789. Rosa orientalis Dupont. Creseit in alpibus Musch. alt. 6000 p. » Folioles plus allongées et relativement plus étroites, celles des feuilles
supérieures longuement atténuées-aiguës au sommet et rappellant la forme de celles du R. pomifera; stipules supérieures étroites ou modérément dilatées; fleurs solitaires ou réunies par 2-5; pédicelles assez courts (5-10 mill.); réceptacles globuleux assez abondamment hispides; sépales extérieurs à 1-5 pinnules. Les folioles peuvent être grandes ou assez petites.
Collection Kotschy. « N° 540. Rosa ortentalis Dupont. — Boiss. Prope Boglan in sylva Querceus reginae sat frequens alt. 4500 p. » Folioles des feuilles supérieures longuement atténuées-aiguës au sommet; stipules supérieures modérément dilatées ; fleurs solitaires ; pédicelles très-courts ou assez allongés; réceptacles fructifères ovoides, lisses ; sépales extérieurs à 1-5 pinnules.
Les numéros précédents sont représentés dans l'herbier du Musée de Vienne par des échantillons dont les axes droits et vigoureux dénotent des arbustes sinon élevés du moins non rabougris.
Collection Kotschy. « N° 70. Rosa pulchella Schott et Kotschy. — In sol calcareo ad plumbi fodinas Güllek Magara alt. 7000 p. » Forme un très-petit arbuste paraissant dépasser rarement 1 décimètre. Folioles petites, celles des feuilles supérieures non longuementatténuées au sommet ; stipules supérieures modérément dilatées; fleurs solitaires; pédicelles assez allongés (8-15 mill.), grèles, peu velus, assez abondamment hispides-glanduleux ; réceptacles florifères ovoïdes-arrondis, lisses ou peu hispides-glanduleux; sépales extérieurs à 1-5 pinnules. L'aspect de cette forme est assez différent de celui des numéros précédents et s'éloigne beaucoup de celui du R. orientalis type.
« 1050. Rosa Sp. flor. intense roseis. In rupestr. m.
Beryt Dagh. Taur. Cataoniae. 8000 p. Leg. Hauss. knecht. 1865. » D'après l’exemplaire que m'a envoyé M. Haussknecht, cette forme constitue un très-petit arbuste ne dépassant pas Î décimètre. Les ramuscules sont moins velus que dans les formes précédentes et les pédicelles, qui sont hispides-glanduleux, sont dépourvus de villosité. Il y a quelques soies glanduleuses dans l'entrenœud supérieur des ramuscules. Les folioles des feuilles supérieures sont assez brièvement aiguës; les stipules supérieures sont étroites.
Le R. Vanheurckiana me parait représenter une variété orientale du À. mollis constituée par un petit groupe de formes aflines. Je n’ai pas besoin de dire ici que si ces formes étaient soumises au régime qu'on à fait subir aux formes européennes elles deviendraient autant d'espèces distinctes.
Le R. Vanheurckiana ne présente aucune affinité avec le R. Kotschyana, et M. Boissier, en le rangeant à côté de celui-ci, à été trompé par des caractères secondaires d'aspect.