Rosa Boissieri Crép
Quand, en 1869 (Conf. Prim., fase. I, p. 119) j'ai établi cette espèce, je pensais bien avoir affaire à un type distinet; je croyais avoir, à cette époque, assez d’expérience pour ne pas être dupe de caractères individuels et cependant je me trompai complétement. Il est toujours dangereux, je dirai même téméraire, d'établir une espèce nouvelle sur un spécimen unique ou sur des matériaux insuffisants. Si, dans ce cas, on juge utile de proposer un type nouveau, alors on doit fairedes réserves. C’est ce que je n’ai pas fait pour le R, Boissieri, et J'ai eu tort.
La forme typique du R. Boissieri que j'ai décrite sur un bel échantillon conservé dans l'herbier de M. Boissier, que plus tard j'ai revue dans l'herbier de M. Cosson et que j'ai recue de K. Koch qui l'avait également recueillie dans la vallée de Djimil, présente, il faut en convenir, un facies très-distinct avec ses folioles simplement dentées, ses larges stipules, ses pédicelles et ses réceptacles lisses, mais ce n'est là sans doute que l’une des formes de cette Rose qui peut revêtir d’autres caractères. En effet, M. Boissier décrit une variété du R. Boissieri, 6.spinulosa, à pédicelles, à réceptacles et sépales chargés de nombreuses soies glanduleuses. J’ai vu un échantillon de cette variété dans l'herbier de M. Cosson accompagné de l'étiquette suivante : « B. Balansa. Plantes d'Orient, 1866. Rosa. Région sous-alpine du Lazistan près de Djimil, vers 2000 mètres d'altitude. Juillet. » Cette variété, à laquelle M. Déséglise a donné le nom de R. Balansaea (Cat., N° 555), diffère du type par ses pétioles glanduleux et aiguillonnés, par ses pédicelles et ses réceptacles trèsdensément hispides-glanduleux, et par ses sépales plus pinnulés et glanduleux.
Le N° 11° de la collection Brotherus dont il a été question ci-dessus est une variété du R. Boissieri à folioles à dents composées-glanduleuses, à stipules et bractées glanduleuses en dessous, à pédicelles et à réceptacle lisses.
Maintenant, je me crois autorisé à rapporter au À. Boissieri un échantillon que j'ai vu dans l'herbier de M. Cosson accompagné de l'étiquette suivante : « B. Balansa. Plantes d'Orient, 1866. R. tomentosa Sm. var. (Boiss.). Région sous-alpine du Lazistan, près de Djimil, vers 2000 mètres d'altitude. 10 août. » Les folioles ont le même contour que dans la forme typique et les stipules sont les mêmes ;
seulement, les folioles sont à dents composées-glanduleuses et la face inférieure est couverte de nombreuses glandes ; les stipules sont glanduleuses en dessous; les pédicelles sont lisses ou plus ou moins hispides-glanduleux; les réceptacles, déjà arrivés à l'état de fruit assez avancé, sont globuleux, modérément hispides-glanduleux, couronnés par les sépales redressés, glanduleux sur le dos, les extérieurs modérément pinnulés. Cette forme se rapproche tellement de certaines variétés européennes du R. mollis qu'on peut la confondre avec elles. C'est du reste ce que parait avoir fait M. Boissicer, car c'est probablement cette forme qu'il a eu en vue en signalant le R. mollissima dans la vallée de Djimil d'après M. Balansa. Si mes soupçons sont fondés sur la valeur des diverses formes dont il vient d’être question, le R, mollis commencerait done dans le Lazistan à produire des formes qu’on pourrait appeler orientales. Ce type débuterait par Île R. Boissieri, puis, en s'avançant à l'est, il revêtirait la forme connue sous le nom de R. Vanheurckiana et enfin la forme extrême désignée sous le nom de R. orientalis.
4, — Rosa mollis Smith (Formes orientales).
M. Boissier a établi un R. Ruprechti (EL. Orient., I, p. 682) sur des échantillons recueillis par Ruprecht dans le Caucase, le Daghestan et la Géorgie.
Cet auteur ne distingue guëre cette prétendue espèce du R. mollis que par ses fleurs blanches et non d’un rose vif.
J'ai vu dans l'herbier de l'Académie de St-Pétersbourg tous les échantillons sur lesquels M. Boiïssier à établi son espèce et que lui-mème a étiquetés.
(45) 705 « Rosa. germine hispido, fl. albo. Supra Zokalto inter
860-950 hex. Caucasus orientalis. Tuschetia. Ruprecht. 1861. Jul. 28. »
Les deux rameaux qui accompagnent cette étiquette, appartiennent incontestablement au R. mollis et, à part les fleurs qui sont blanches, on observe la mème forme dans l’ouest et le nord de l’Europe. Les folioles ont les dents composées-glanduleuses et non pas à dentucules églanduleux comme le dit M. Boissier; de plus la face inférieure est couverte de glandes visibles seulement à la loupe. Comme la coloration des fleurs ne suflit pas pour consti- Lucr une variété de premier ordre, il n'y a rien dans cette forme qui puisse mème la faire distinguer à titre de variété nouvelle du R. mollis.
« Rosa. Kussur 1150. — Caucasus orient. Daghestania australi, versus fontes fluvii Samur. Ruprecht. 1860. Jul. 15.»
Sur l'étiquette, M. Boissier a écrit : « Rosa Ruprechti var. G. »
Nous avons bien affaire 101 à la var. 5. daghestanica. — Foliola subsimpliciter serrata. Dans l'herbier de l'Académie de St-Pétersbourg, il n'y a qu'un ramuscule florifère, ce qui ne permet pas de bien juger de la forme des aiguillons et de savoir si les eaulinaires sont droits ou arqués; mais, malgré ce manque de renseignements, je suis porté à croire que l'échantillon n'appartient pas spécifiquement au À. Ruprechti. Il doit peut-être se rapporter à une forme curieuse du À. tomentosa dont je parlerai plus loin. De la variété 8. daghestanica, je n'ai pas vu d'échantillons provenant de la seconde localité renseignée par M. Boissier.
En somme, le R. Ruprechti (type et variété) n'a pas, selon moi, d'existence spécifique réelle.
M. Boissier, d'après Ruprecht, signale le R. mollis (R. mollissima) comme étant fréquent dans le Caucase oriental entre 5000 et 6000 pieds d'altitude.
J'ai vu dans l'herbier de l'Académie de St-Pétersbourg avec les étiquettes suivantes : « Rosa. In reg. sylv. ad. fl. Samur 860-870 hex. Caucasus orientalis. Kaputscha. Daghestania superior montosa. Ruprecht. 1860. 8 Aug. » « Rosa. Supra Beschita. 970-1055 hex. In reg. alp. inf. Caucasus orient. Kaputscha. Daghestania superior montosa. Ruprecht. 1860. 10 Aug. » des échantillons de la variété du R. mollis à folioles glandulcuses en dessous tout à fait semblables à certaines formes de l'ouest et du nord de l'Europe. J'ai également vu des échantillons de cette même variété recueillie par Ruprecht aux environs de Dido (Daghestan).
J'arrive maintenant à une forme bien curieuse du R. mollis recueillie dans le Lazistan par Balansa et dont j'ai vu des échantillons dans l'herbier de M. Cosson accompagnés de l'étiquette suivante : « B. Balansa. Plantes d'Orient, 1866, Rosa pomifera Herm. (Boissier). Région sous-alpine du Lazistan près de Djimil, vers 2000 mètres d'altitude. Juillet. » Les folioles sont glanduleuses en dessous comme c'est le cas ordinaire pour le À. mollis des régions orientales, mais ce qui distingue cette forme, du moins sur certains spécimens, c'est d'avoir les axes des ramuscules florifères velus, abondamment aiguillonnés et à aiguillons sétacés se transformant en soies glanduleuses. Dans l’herbier de M. Cosson, se trouve une grande branche ou tige avec les ramuscules offrant ces caractères, mais à côté de cet échantillon il y en a un petit formé d'une
( 45 ) 705 tige entière terminée par un ramuscule fruetifère (le tout dépassant à peine 10 cent.) n'ayant ni villosité, ni soies glanduleuses. Les folioles et les autres organes sont les mèmes que dans le grand échantillon. Je ne puis dire si celte curieuse particularité de soies glanduleuses et de villosité n'est qu'accidentelle ou si elle est assez constante. Je dois ajouter ici que les pédicelles fructifères sont longs (20 mill.), abondamment hispides-glanduleux, ainsi que les fruits, qui sont ovoïdes-arrondis ou globuleux. Cette variété se rapproche beaucoup de la variété du R. Boissieri à folioles à dents composées-glanduleuses de la même localité et dont j'ai parlé précédemment.
Le N° 15 de la collection Brotherus dont il a été question ci-dessus se rapproche beaucoup par son facies et quelques-uns de ses caractères de la forme du Lazistan que je viens de décrire.
Le R. Heldreichii Boiss. et Reut. n’est qu'une variété du À. mollis se rangeant dans la série à folioles glanduleuses. Dans cette variété de la Grèce, les folioles sont non-seulement glanduleuses en dessous, mais il y a des glandes à la face supérieure; en outre, les entrenœuds des ramuscules florifères sont chargés d'aiguillons sétacés glanduleux et de glandes pédicellées.
Les récentes découvertes de MM. Brotherus (N° 18°°, 16, 1555, 15 et 15°°) combinées avec celles d’autres voyageurs, nous font constater que le À. mollis du Caucase tend à revêtir des livrées analogues à celles du R. mollis des montagnes de l'Europe.
Le R. pomifera est indiqué avec doute par M. Boissier dans le domaine de son Flora Orientalis. J'ai vu dans l'herbier de l'Académie de St-Pétersbourg la forme recueillie dans le Caucase oriental par Raprecht à laquelle
il est fait allusion. Cette forme est représentée par une branche dépourvue de fleurs et de fruits et accompagnée d’un fragment muni d'un fruit mür et d’une seule feuille ; mais cela est trop incomplet pour faire une bonne détermination. Peut-être n'est-ce qu'une variété du R. mollis à folioles glanduleuses en dessous.
Jusqu'à présent, le R. pomifera, que je suis porté à considérer comme appartenant au même type spécifique que le R. mollis, n'a pas encore été constaté d’une facon positive vers l'Orient au-delà de la Crimée. où Marschall von Bicherstein l’a signalé sous le nom de R. villosa.
XVII. — OBSFRVATIONS SUR LES FORMES ORIENTALES DU Rosa TOMENTOSA SM.
Dans cet article, je ne reviendrai pas sur les formes du R. tomentosa conservées dans l'herbier de Marschall von Bieberstein.
D'après les échantillons que j'ai vus, le R. tomentosa parait être aussi variable dans les régions orientales que dans nos contrées occidentales, et 11 y a tout lieu de supposer que ses formes y sont nombreuses et pourraient y donner lieu à l'établissement d'une série d'espèces secondaires plus ou moins distinctes de celles qui ont été établies pour les formes européennes.
M. Boissier signale dans le Caucase une var. 6. Ruprechti de son R. tomentosa. J'ai déjà fait remarquer que le R. Ruprechti 6. daghestanica provenant des environs de Kussur pe paraissaient pas appartenir spécifiquement au R. Ruprechti, mais devaient peut-être se rapporter à la var. £. Ruprechti du R. tomentosa.
Marr) 707
Dans l'herbier de l'Académie de St-Pétersbourg, j'ai vu de beaux échantillons florifères de cette variété Ruprechti recueillis en 1860 par Ruprecht (infra Baschmuchach. 1050-1080 her. Caucasus orient. Daghestania australis versus fluv. Samur). Ils sont déterminés par M. Boissier lui-même.
Cette forme est remarquable et n'avait pas encore été décrite avant M. Boissier ; elle pourrait certainement être distinguée de toutes les variétés connues du R. tomentosa. Aiguillons raméaires assez délicats, fortement crochus; ramuscules florifères entièrement et densément velus ; folioles à dents simples; stipules supérieures très-dilatées égalant ou dépassant les réceptacles florifères; pédicelles courts (6-11 mill.), un peu hispides-glanduleux ; réceptacles florifères subglobuleux, entièrement et abondamment hispides-glanduleux; sépales hispides-glanduleux sur le dos, les extérieurs pourvus de 1-2 petites pinnules ; styles velus-laineux.
Si on élevait cette forme au rang d’espèce secondaire, on pourrait lui donner le nom de À. daghestanica.
La courbure des aiguillons est vraiment remarquable, mais peut-être n’avons-nous ici affaire qu’à un simple accident individuel.
Le N° 295 des Roses de MM. Brotherus se rapproche beaucoup de la forme précédente dans le voisinage de laquelle il doit être placé.
Ruprecht a recueilli « Versus m. Diklo, 1500-1550, Caucasus orientalis. Tuschetia. 1861.July 51. » une autre forme du R. tomentosa très-curieuse et qui pourrait également être distinguée. Dans celle-ei, les ramuscules florifères sont glabres; les folioles sont comme dans la var.
Ruprechti églanduleuses en dessous, mais les dents sont composées-glanduleuses; les stipules supérieures et les bractées sont fortement dilatées, égalent ou dépassent les réceptacles florifères ; les pédicelles sont plus allongés, glabres et lisses; les réceplacles florifères sont plus petits, ovoides et lisses; les sépales sont très-allongés, bispides-glarduleux sur le dos, les extérieurs étant presque entiers.
Dans l'herbier de l'Académie de St-Pétersbourg, j'ai vu de nombreux échantillons d’une forme bien remarquable du R. tomentosa recueillie dans le Caucase par Wilhelms. Le collecteur lui a donné le nom de R. villosa en ajoutant : « Wachst bei Wegen zwischen kleinen Gebusch. Bluht Juni. » Ruprecht a ajouté sur l'étiquette : « Germine et foliis conspieue a R. villosa differt. »
Cette forme peut être caractérisée de la façon suivante : Ramuseules florifères à aiguillons robustes entremélés d’aiguillons délicats presque droits et d’aiguillons sélacés souvent glanduleux et de glandes ; folioles grandes, ovaleselliptiques, assez fortement atténuées à la base, à pubescence des deux faces assez maigre et non soyeuse, à nervures un peu glanduleuses, à dents composées-glanduleuses; pétioles velus, glanduleux et aiguillonnés ; stipuies très-allongées, glanduleuses en dessous, à oreillettes aiguës ; corymbe florifère ordinairement multiflore (jusqu'à 12 fleurs); pédicelles allongés, hispides-glanduleux ; réceptables florifères étroits, ellipsoïdes, glaucescents, hispides-glanduleux ; sépales glanduleux sur le dos, les extérieurs abondamment pinnulés; disque assez proéminent; styles velus.
J'ai trouvé dans l’herbier de Marschall von Bieberstein un ramuscule florifère de cette curieuse forme dans la
chemise du R. collina. L’étiquette portait : « Rosa cuspidata. Varietas, Promont. Cauc. Wilhelms. H.Gor. 1812.» Marschall von Bieberstein a ajouté sur cette étiquette : « Verschieden vom R. tomentosa Smith obgleich letzlerer die kleiner Stacheln obern von Stengel fehlen. » Avonsnous affaire ici à une forme individuelle ou bien à une variété ? Il est diflicile de répondre. Je serais assez porté à y voir une forme individuelle représentée dans les herbiers par des spécimens recueillis tous sur un grand et robuste buisson, et ma supposition est appuyée sur l'existence, dans l'herbier de St-Pétersbourg, d’autres échantillons accompagnés d'une étiquette du collecteur identique à celle que J'ai reproduite. Ces échantillons sont bien voisins des précédents par leur facies, mais ils en diffèrent par l'absence de soies glanduleuses sur les ramuscules florifères, par leursfolioles bien moins velues, mais plus glanduleuses en dessous, par leurs fleurs souvent solitaires, à pédicelles très-peu glanduleux, à réceptacles lisses, à sépales moins hispides-glanduleux sur le dos.
Je n’ai pas vu d'échantillons de R. tomentosa provenant des localités suivantes signalées par M. Boissier : mons Berytdagh Cataoniae 8000’ (Haussk.), Pontus Lazicus ad Djimil (Bal.). Je ne puis donc dire si l'espèce existe bien réellement dans ces régions.
Le R. tomentosa atteint donc bien vers l'Orient l'extrémité orientale de la chaine du Caucase, où il semble terminer, vers l’est, son aire de dispersion(l). Il ne parait
(4) J'ai vu daas l'herbier du Muséum d'histoire naturelle de Paris une Rose recueillie dans l'Inde par Jacquemont qui semble avoir de Pafinité avec le À. tomentosa. Elle cst représentée par les Nos 1170 (Cachemire)
pas exister en Syrie et en Perse. M. Boissier lui attribue encore pour patrie la Sibérie et le nord de l'Afrique, mais ces indications me paraissent très-suspectes.
X VIIT. — CLASSIFICATION DES VARIÉTÉS DES GROUPES CORONATAE ET MEripionaes pu Rosa canina L.