CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES ORGANES
Dans la préface de sa monographie, Lindley s'était déjà attaché à discuter la valeur des divers organes, surtout au point de vue de la classification. C'est également comme classificateur que M. Du Mortier a passé en revue les mêmes organes. En suivant les traces de ces deux monographes, mon but sera moins élevé, car je laisse pour plus tard l'examen approfondi des bases d’une classification naturelle ; je prendrai les choses par leur petit côté, c'est-àdire que la spécification m'occupera principalement dans les observations suivantes.
Souche. — Treviranus, dans le Flora, année 1859, attire l’attention sur le caractère de la souche, qui peut être cespiteuse ou pourvue de rejets souterrains plus ou moins longuement rampants. Selon lui, lesR.spinosissima, R. reversa, R. pumila et R. cinnamomea seraient à souche rampante et les R. rubiginosa, R. canina, R. rubrifolia, R. lutea, R. villosa et R. arvensis, à souche non rampante.
Voici un petit tableau des espèces dites rampantes extrait des auteurs qui ont déerit le mode de végétation.
Bertoloni (Flora Italica).
R. spinosissima. R. pumila.
Kirschleger (Flore d’Alsace).
R. spinosissima. R. pumila.
R. gallica. R. cinnamomea.
Déséglise (Essai monographique).
R. pumila. R. nemorivaga.
R. Pugeti.
(504) 85 Baker (Review of the British Roses).
R. spinosissima. R. hibernica.
R. Sabini.
Grenier (Flore de la chaine jurassique).
R. spinosissima. R. austriaca.
R. gallica. R. Centifolia.
Cariot (Étude des Fleurs).
R. incomparabilis. R. Pugeti.
R. conica. R. Chaberti.
R. subinermis. R. Timeroyi.
Du Mortier (Monographie des Roses de la Flore Belge).
R. gallica. R. glaberrima.
R. pumila.
Lindley ne fait aucune mention de la partie souterraine des Rosa.
Aux espèces à souche rampante citées ci-dessus, je puis ajouter le R. djimilensis Boiss. FL. Orient. ined., espèce croissant dans la vallée de Djimil (Laristan) à 2000 m. d'altitude et formant un petit sous-arbrisseau, le R. orientalis Dup. et le R. coronata Crép.
Le caractère tiré de la souche me parait devoir être pris en sérieuse considération, non-seulement au point de vue de la spécification, mais aussi pour servir à la formation de certains groupes. Les espèces à souche franchement traçante ne sont-elles pas toujours sociales? Les R. spinosissima et R. coronata, que je connais bien, vivent à l'état social. Reste à constater si les individus des autres types à souche rampante vivent en communauté comme ces deux espèces. En outre, le caractère de souche traçante pourra fournir une indication précieuse pour découvrir l'origine de certaines hybrides dont les parents sont l’un
à souche rampante et l'autre à souche cespiteuse. Mais avant de rien avancer, on doit étudier attentivement la marche de la végétation dans certaines espèces où la souche n’est pas dite tracante. Koch, dans le Flora, année 1852, fait remarquer qu'au Jardin botanique d'Erlangen les R. rubiginosa et R. tomentosa poussent des rejets souterrains de deux à einq pieds, mais que ces rejets ne sont pas en quantité comme dans le R. spinosissima. Moi-mème, dans le jardin de mon ami M. Gravet, j'ai observé des pieds de R.tomentosa et R. subglobosa, qui servaient de sujets à des Roses doubles greffées, pousser des rejets souterrains assez allongés. Cette production de rejets dans les jardins serait-elle normale ou tiendrait-elle à la greffe ou à la taille? Les R. Chaberti, R. Timeroyi et R. glaberrima auraientils bien réellement une souche tracante à la facon des R. spinosissima et R. pumila? J'ai lieu d'en douter. Tiges stériles et florifères et rameaux foliacés ct florifères. — La direction et la forme des tiges stériles avaient attiré l'attention de Lindley et de Sabine. Ces observateurs avaient trouvé que les rejets radieaux stériles parfaitement droits fournissaient un caractère constant qui distinguait le R. villosa L. (R. mollissima et R. pomifera) du R. tomentosa. À mon tour, en 1862 (1), je me suis appesanti sur la direction des tiges à propos des R.pomifera, R. arduennensis, R.mollissima, R.rubiginosa et R. micrantha et j'ai fait voir le parti qu'on pourrait en tirer. Dans les Villosae, les rejets radicaux stériles sont roides, droits, peu ou pas flexueux, non arqués au sommet, tandis que dans les Tomentosae ils sont plus allongés, plus
(1) Wotes, fasc. 2.
élancés et arqués au sommet comme dans un grand nombre de Canines. Cette direction roide et la forme droite font admirablement distinguer le R. rubiginosa (R. suavifolia Lightf.) du R. micrantha Sm., qui a ses tiges plus grèles, plus élancées, notablement flexueuses et plus ou moins arquées au sommet. Smith, bien avant moi, avait eu plus ou moins conscience de cette différence, car il dit, du R. rubiginosa : Stem bushy, erect, et du R. micrantha : Stem straggling. Les particularités qui distinguent les rejets radicaux stériles persistent dans la tige devenue florifère ; elles se reproduisent plus ou moins dans les rameaux stériles foliacés et de là des différences notables dans le facies du buisson, différences qui se reconnaissent de loin et font distinguer à distance certaines espèces l'une de l'autre. Mais il faut tenir compte des accidents. C'est ainsi qu'il peut arriver qu'un R. rubiginosa ayant végété sous le couvert d'un bois, ou que, par suite de l'une ou l'autre cause, il ait pris un développement exagéré, se montre avec des tiges florifères courbées au sommet. Le R. coronata, qui a cependant les rejets radicaux et les tiges florifères très-roides et droites, est devenu, dans mon jardin, à l'ombre et dans un terrain fertile, très-élevé, avec des tiges stériles très-allongées et arquées au sommet. D'autres formes à tiges arquées peuvent, lorsqu'elles sont atteintes de nanisme dans un habitat extrèmement aride ou sous l'influence d’une cause quelconque, ne donner que des rejets radicaux courts et roides. Dans ce cas, le buisson a perdu plus ou moins son cachet normal.
Par rameaux foliacés, j'entends les branches stériles plus ou moins allongées qui naissent dans la partie supérieure de la tige florifère. Ces rameaux offrent des
particularités qui n'existent point sur les rejets radicaux, en ce qui concerne les aiguillons surtout et les folioles. Jusqu'ici, les descripteurs n’en ont pas tenu compte.
Les rameaux florifères varient sensiblement selon la place qu'ils occupent. A l'état sauvage, comme dans les jardins, le Rosier donne, dans sa première jeunesse, des tiges faibles, mais, peu à peu, la souche se fortifiant, les tiges (je parle ici surtout des Canines, des Rubigineuses, des Villeuses et des Tomenteuses) nouvelles deviennent plus robustes. Sur les premières, les rameaux florifères sont plus gréles, plus courts, à folioles moins grandes, à fleurs solitaires ou moins nombreuses dans les corymbes ; sur les secondes, ces mêmes rameaux sont plus robustes, plus aiguillonnés et les fruits deviennent plus gros. En examinant les échantillons d'herbier, on est souvent surpris de l'extrème différence qui existe entre ces deux sortes de rameaux. D'autre part, il arrive qu'un rameau, destiné à devenir foliacé, s'atrophie à son sommet et, après s'être allongé quelque temps, se termine par une inflorescence. Dans ce troisième cas, le rameau devenu accidentellement florifère présente des aiguillons plus robustes, semblables aux aiguillons caulinaires, des folioles en grande partie semblables à celles des rameaux stériles et enfin une inflorescence exagérée par le nombre de ses fleurs. Ce sont là des particularités dont doit tenir compte l'observateur, s'il ne veut pas être parfois le jouet de purs accidents; il est surtout important de les bien connaitre, quand on doit décrire des formes exotiques rapportées à un petit nombre de spécimens par les voyageurs.
Aiguillons. — Woods à certainement donné trop de valeur aux caractères fournis par les aiguillons, mais
d’autres auteurs ont trop ravalé ces. organes. Il y a fort longtemps que je les étudie avec le plus grand soin et mes observations m'ont convaincu qu'ils offrent des caractères importants non-seulement pour la spécification, mais aussi pour la classification. Mais il faut les bien connaitre pour en faire usage, savoir quelles transformations ils peuvent subir sur les tiges faibles ou robustes, sur les diverses sortes de rameaux. Je ne m'étendrai pas sur les formes qu'ils peuvent affecter dans les différentes sections , parce que cela m'entraincrait trop loin : je me réserve d’en parler à propos de chacune des espèces, quand je traiterai celles-ci à fond.
Folioles. — Dans les descriptions les mieux faites, les folioles sont incomplétement décrites.Sous le rapport dela forme, des poils et des glandes, il faudrait décrire trois sortes de folioles : les inférieures des rameaux florifères, les supérieures de ces mêmes rameaux et celles des rejets radicaux et des rameaux foliacés. A la base des rameaux florifères, les folioles sont d’une autre figure que les supérieures, plus arrondies, moins aiguës ou plus obtuses, ou bien obovales ; à mesure qu'on s'élève, le contour se modifie et les supérieures ressemblent plus ou moins à celles des rejets radicaux et des rameaux foliacés. Sous le rapport de la dentelure, il ÿ a quelque chose d’analogue. Dans certaines espèces, les folioles inférieures ont les dents doubles ou plus ou moins composées-glanduleuses, mais peu à peu en s'élevant les dents deviennent simples ou moins composées et ressemblent alors aux dents foliaires des rejets radicaux et des rameaux foliacés. Pour ce qui concerne la pubescence, on peut constater un fait analogue, c'est-à-dire des folioles inférieures à poils apprimés en dessus et assez pubescentes en dessous
entre les nervures secondaires et des folioles supérieures glabres en dessus et à poils disparaissant entre les nervures secondaires. Enfin la glandulosité peut suivre la marche de la pubescence, se montrer sur les nervures secondaires ou sur le parenchyme interposé entre celles-ci dans les folioles inférieures et disparaitre peu à peu dans les folioles supérieures. Pour la glandulosité suprafoliaire, il n'en est pas de même, car c’est plutôt sur les feuilles supérieures qu'elle se montre de préférence.
Si l'on veut done être exact et complet, il faut, dans les descriptions, distinguer entre ces trois genres de folioles et ne plus les confondre en disant, par exemple, ovales-arrondies ou elliptiques-aiguës, ovales-aiguës ou elliptiques, ovales-elliptiques ou ovales-cuspidées, ovalesaiguës ou quelques-unes obtuses, ete. On doit spécifier la forme, le mode de dentelure, la pubescence, la glandulosité des feuilles inférieures, des feuilles supérieures et des feuilles des rameaux stériles ou des rejets radicaux.
La dentelure n'est pas non plus assez exactement décrite dans nos ouvrages; on n’y marque pas assez rigoureusement le degré de la simplicité ou de la composition des dents.
Pétiole. — La glandulosité des pétioles est en rapport avec celle des folioles ou bien avec le mode de dentelure de celles-ci. Les glandes peuvent se prolonger jusqu’à leur base entre les ailes stipulaires, soit dans toutes les feuilles des rameaux florifères, soit seulement dans les feuilles inférieures. Quant à leur armure, ils peuvent être inermes ou aiguillonnés, ou bien inermes dans les feuilles inférieures et aiguillonnés dans les feuilles supérieures. Il est à remarquer que la robusticité des rameaux florifères provoque assez souvent l'apparition d'aiguillons sur les pétioles
inférieurs qui en seraient dépourvus si les rameaux étaient faibles. Encore ici, les aiguillons pétiolaires rapprochent les feuilles supérieures des feuilles des rameaux foliacés ou des rejets radicaux.
Stipules. — On a déjà tiré un excellent parti de la forme des stipules pour la diagnose de certains groupes, celui des Banksiées, par exemple. Je m'en suis servi comme caractère dans la diagnose des Pimpinellifoliées. Chez celles-ci, les ailes stipulaires, dans les feuilles moyennes et supérieures, sont étroites et s’élargissent brusquement pour former deux orcillettes très-divergentes et un peu foliacées. Cette figure particulière des stipules peut mettre sur la trace des parents de certaines hybrides où les Pimpinellifoliées ont intervenu. La forme des stipules pourra aussi être employée pour la caractéristique d'un petit groupe de formes orientales qui comprend déjà les R. anserinaefolia Boiss. et R. lacerans Boiss. ined. Leur dilatation n’a pas la même importance, mais peut néanmoins servir pour la spécification. Dans les Pimpinellifoliées et les Sabines, l’étroitesse habituelle des stipules florales est liée à la solitude ordinaire des fleurs. Leur glandulosité et leur pubescence suit celles des pétioles et, pourrait-on dire, celles des folioles. Toutes les stipules des rameaux florifères peuvent être glanduleuses en dessous ou seulement les inférieures. Les bractées, qui au fond ne sont que des stipules accouplées par la base d’un pétiole, suivent également, pour ce qui regarde leur pubescence et leur glandulosité, celles des stipules.
Tout en étant glabres en dessous, elles peuvent être un peu pubescentes à la pointe en dessus, ce qui s'explique par leur composition : ce sont les poils du pétiole atrophié qui se montrent encore entre les deux ailes stipulaires.
Réceptacle florifère. — Dans nos descriptions, on devrait toujours décrire à part les réceptacles médians ou solitaires des réceptacles latéraux, parce que souvent la forme des uns et des autres est sensiblement différente. Les caractères fournis par la figure de cet organe n'ont qu’une valeur assez secondaire. Toutefois, dans certains groupes, cette figure est assez constante dans tous leurs types.
Sépales. — Je ne parlerai pas ici de la forme des sépales, de leur pubescence et de leur glandulosité ; je ne m'attacherai qu'à leur évolution. Dans certains groupes, les sépales se réfléchissent après l’anthèse et persistent dans cet état, soit jusqu'au moment où le fruit se colore, soit jusqu’à complète maturité, mais alors ils sont desséchés, ne vivent plus de la vie du fruit, ils sont désarticulés au niveau du disque et peuvent se détacher au moindre choc. Aïlleurs, après la floraison, ils se relèvent plus ou moins lentement ou plus ou moins vite, couronnent le fruit étant dressés-étalés ou connivents, se dessèchent lentement, se désarticulent au niveau du disque, persistent jusqu'à maturité parfaite ou se détachent vers la fin de la maturation, ou bien vivent de la vie du fruit jusqu'à la fin, ne se dessèchent pas à la base, ne se désarticulent jamais et restent fermement attachés au fruit jusqu’à la destruction de celui-ci. Dans ce dernier cas, il y a vérilable persistance. Trois degrés s’observeraient donc : 1° sépales réfléchis et cadues, 2° sépales relevés, puis à la fin caducs, 5° sépales relevés et persistants. Pour moi, la persistance véritable fournitun caractère de premier ordre, puisque c’est une note biologique et j'ai presque lieu de croire que les associations naturelles qui seront un jour constituées ne comprendront pas, à la fois, des formes à sépales cadues et des
formes à sépales persistants. Mais on ne devra pas tenir compte des faits de persistance accidentelle, tels que ceux que j'ai rappelés dans le cours de ce travail.
M. Fries est le premier qui ait attaché quelque importance à l'évolution des sépales. Dans son Summa vegetabilium Scandinaviae, il s'en est servi pour caractériser trois tribus.
A) Caninae. *Sepalis reflexis deciduis.
R. canina L. R. collina Jacq.
R. dumetorum Thuill.
**Sepalis patentibus subdeciduis.
R. inodora Fries. R. tomentosa Sm.
R. rubiginosa L.
***Sepalis erectis persistentibus.
R. corifolia Fries. R. mollhissima Willd.
R. pomifera Herm.
D'après ce que je connais du R. corüifolia, je pense que M. Fries n'a pas complétement vu les choses, ear cette espèce ne parait pas avoir les sépales véritablement persistants. D'un autre côté, les R. rubiginosa et R. tomentosa ont souvent les sépales redressés sur le fruit.
Pétales. — Si la couleur des pétales n’a pas une grande importance, elle n'est pas à dédaigner pour la distinction des espèces et mème il est des groupes où toutes les espèces ont ordinairement la corolle d’un rose plus vif, ou d'un rose plus pâle.
Étamines.— Les anthères pourraient peut-être fournir des notes distinctives, car j'ai cru reconnaitre que, selon les espèces, elles étaient plus longues ou plus courtes.
99 (os).
Quant ou pollen, il est bon de l'examiner attentivement au microscope, quand on soupçonne une forme d'hybridité.
Disque. — Bien des descripteurs ont compris la forme du disque dans leurs diagnoses, mais ils n’ont employé ses caractères que pour la spécification. M. Du Mortier a cru devoir attacher plus d'importance à cet organe et en a mème fait la base de son système de classification. Le disque n'est certes point à négliger, mais peut-il caractériser à lui seul des groupes fondamentaux ? Le col du réceptacle fructifère est contracté de diverses manières, selon les espèces. Dans le R. spinosissima, l'ouverture par où les styles se font jour est relativement large et l'étranglement se dessine à l'intérieur sous forme d'un bourrelet peu saillant à bords déclives à partir de la base des sépales redressés ; toutefois cette ouverture peut se resserrer dans certaines formes de ce type. Dans le R. coronata, l'étranglement forme à sa face supérieure une dépression peu sensible à partir de la base des sépales relevés, à ouverture plus étroite et à bords presque plans. Dans les À. pomifera, R. arduennensis et plusieurs autres Villeuses, on observe une mème dépression du réceptacle, mais le bourrelet de l’étranglement est plus saillant et à bords supérieurs plus déclives. Du R. spinosissima au R. arduennensis, c'est la mème constitution du col avec la seule différence d'un degré plus ou moins prononcé de l'étranglement; il n’y a rien de morphologiquement différent. Ce qui constitue l'étranglement, c’est le réceptacle lui-même qui s’épaissit plus ou moins au sommet, pour resserrer l'orifice central. Chez le R. repens, l'étranglement réceptaculaire forme un petit plateau plan, de niveau avec les cicatrices laissées par les sépales caducs ;
il n'y a pas de dépression comme dans le R. coronala et les Villeuses. Le même étranglement se fait voir dans plusieurs Canines ; mais, dans cette section, il y a une grande variété de formes. Tantôt le sommet du réceptacle, je dirai le disque, pour être mieux compris, est parfois parfaitement plan, ainsi que je viens de le marquer, de niveau avec les cicatrices laissées par les sépales, tantôt 1l est légèrement déprimé au-dessous du niveau de la cicatrice des sépales, très-peu relevé au bord de l'ouverture pour y former un mince bourrelet à peine saillant; d’autres fois il est un peu canaliculé autour d'un relèvement central conique plus ou moins saillant, ou bien ce relèvement copique, plus prononcé, s'élève à un niveau supérieur aux cicatrices des sépales. Il y a sans doute de bonnes choses à retirer de la forme du disque largement ouvert ou étroitement resserré, mais il faut que cet organe soit revu avec beaucoup de soin. Dans certaines formes à fleurs doubles ou semi-doubles, l'ouverture réceptaculaire s'élargit sous l'influence de la duplicature et prend dès lors une figure anomale. Les espèces à sépales véritablement persistants paraissent avoir toujours le disque plus ou moins déprimé, et jamais relevé autour de l’orifice.
Styles. — L'agglutination des styles en colonne plus ou moins saillante au-dessus du disque à l’état frais est un caractère de premier orare et qui concorde avec d’autres caractères essentiels. Mais on ne doit plus se laisser tromper par certaines apparences. Divers auteurs ont décrit des espèces avec des styles un peu soudés en colonne courte, or, cette prétendue colonne n'est qu'un accident de dessiccation. Par le retrait, la contraction du réceptacle fructifère, soit pendant sa maturation, soit à la maturité parfaite, les
styles s'élèvent parfois dans le col du réceptacle et font plus ou moins saillie au-dessus du disque, en sorte que le capitule stigmatique, de sessile qu'il était, devient pédieulé. Si les styles ont été fortement comprimés dans le col, ils peuvent rester plus ou moins intimement unis, mais sans être agglutinés, et simulent alors une courte colonne.
Les styles peuvent ètre parfaitement glabres presque jusqu’à leur base, avoir dans leur partie moyenne quelques poils apprimés qu'on ne peut découvrir qu'en fendant le col réceptaculaire et en employant la loupe, être hérissés ou velus et à poils faisant plus ou moins visiblement saillie entre les stigmates. Je ne pense pas que la glabréité des styles ou leur villosité constitue généralement une note spécifique bien bonne. Toutefois, il est des types qui ont presque toujours les styles fortement hérissés ou velus et d’autres qui les ont presque toujours glabres ou à peu près.
Fruit. — La forme du réceptacle fructifère joue un grand rôle pour la délimitation des nouvelles espèces proposées dans ces dernières années. D'après ce que j'ai pu observer, j'estime que l'aspect extérieur du fruit ne peut offrir, du moins dans certains groupes, que des notes distinctives assez secondaires pour la distinction des espèces; mais Il n'est pas sans importance pour la caractéristique de diverses sections.
La manière d'être de sa chair au temps de la maturité à fourni des notes distinetives qui ne paraissent pas mauvaises. Toutefois on doit être prudent dans son emploi, car elle est soumise à de singulières variations. Ainsi J'ai vu cette année sur certains buissons de Canines, groupe dans lequel le fruit est généralement décrit comme dur et cassant avant le gel, un nombre assez considérable de réceptacles devenus franchement pulpeux, tandis que les
autres étaient restés durs et cassants : cette pulposité, constatée en septembre et avant toute gelée, n'était provoquée ni par maladie, ni par la piqure d'insectes.
L'époque de la maturité semble fournir une meilleure note, du moins pour certaines espèces. C'est ainsi que, toutes conditions étant égales d’ailleurs, les Pimpinellifoliées, les Sabines, et peut-être les Villeuses, par exemple, mürissent plus tôt que les Canines, ce qui dépend d'une floraison plus précoce. A cet égard encore, on doit être fort circonspect, car des causes qu'on ne peut saisir, qui ne paraissaient tenir ni au sol, ni à l'exposition, font colorer où murir les fruits plus tôt ou plus tard, avec un écart de huit à quinze jours, et cela chez les mêmes formes ou chez des formes qui semblent appartenir au même type spécifique.
Le gout du fruit mür n’a guère jusqu'ici attiré l'attention des observateurs. Smith, dans son English Flora, dit, en parlant du R. rubiginosa : Fruit scarlet, mealy and insipid. En effet, comme Je l'ai déja marqué en 1862, Notes, fase. 2, le fruit du R. rubiginosa à souvent un gout désagréable étant devenu pulpeux, tandis que celui du R. micrantha est agréablement acidulé et ne laisse pas un arrière-gout plus ou moins amer. Il serait assez curieux de faire des recherches dans cette direction : peut-être découvrira-t-on des nuances de goût qui pourraient être notées avec avantage dans les descriptions.
Akènes. — Certains auteurs ont attaché une grande importance à la manière dont sont attachés les akènes dans le réceptacle fructifère. Si, dans certaines sections à fruits arrondis, les akènes sont presque toujours sessiles, il est d'autres sections où les types offrent une grande variété dans le mode d'attache des akènes. Que le fruit soit rétréci
à la base, alors on verra assez souvent les akènes inférieurs plus ou moins longuement pédiculés; qu'il soit arrondi à la base, les akènes pourront être sessiles. L'élongation ou la brièveté de l’attache parait être souvent sous la dépendance de la forme du réceptacle ou du nombre des akènes renfermés dans celui-ci. La grosseur ou la petitesse de ces derniers pourrait être prise en considération.
Après avoir passé rapidement en revue les divers organes, je crois devoir consigner ici quelques réflexions sur la glandulosité et la pubescence en général.
La glandulosité joue un très-grand rôle dans la spéeification et la classification, mais offre-t-elle, dans tous les cas où elle a été employée, la valeur qu'on lui attribue? Cela est fort douteux. S'il est des espèces, des groupes où, à la face inférieure des folioles, elle est constante, où elle constitue un caractère important, comme dans les Rubigineuses, par exemple, il me semble qu'elle n'est qu'un aceident dans d’autres groupes et que le mème type spécifique peut être églanduleux ou glanduleux à la face inférieure de ses folioles, soit sur les nervures, soit sur toute la surface. En parlant ici des folioles, j'ai aussi en vue les pétioles, les stipules et les bractées qui suivent le sort des folioles en vertu du principe de la solidarité des caractères. Dans nos descriptions, nous voyons la glandulosité fournir, aux auteurs, une série de caractères distinctifs tirés des folioles, des pétioles, des stipules et des bractées, alors qu'au fond il n'y a qu'un seul et unique caractère.
Dans beaucoup de formes, il y a un rapport intime entre la glandulosité, soit de la face inférieure des folioles, soit du pétiole, et le mode de la dentelure foliaire. Si les
folioles et les pétioles sont églanduleux, on voit souvent des dents foliaires simples ou presque simples; si la glandulosité du pétiole ou des folioles est plus ou moins abondante, on observe les dents foliaires devenir composéesglanduleuses à des degrés variés. Iei encore, il y a solidarité des caractères et par suite diminution de notes distinctives.
La nudité ou la glandulosité des pédicelles florifères est loin, à mon avis, d’être constante dans le mème type et je pense que bien des espèces sont susceptibles d'avoir des pédicelles lisses ou hispides-glanduleux; je puis en dire autant du réceptacle florifère et des sépales.
Quant aux glandes suprafoliaires, je suis porté à croire et même à assurer que le mème type spécifique peut en être pourvu ou dépourvu. Les formes présentant des glandes à la face supérieure de toutes ou seulement d'une partie de leurs folioles sont assez nombreuses. Je citerai : R. lacerans Boiss., R. glutinosa Sm., R. pustulosa Bert., R. pulverulenta MB., R. sepium Thuill. ap. Déségl., R. pseudo-sepium Callay, R. caryophyllacea Bess., R. nilidula Bess., R. ischiana Crép., R. echinocarpa Rip., R. comosa Rip. (parfois), R. Aucheri Crép., R. arabica Crép., R. libanotica Boiss., R. Heldreichii Boiss. et Reut., R. arduennensis Crép., R. pomifera Herm. (parfois) et R. Gaudini Pug. Je possède encore en herbier plusieurs formes inédites présentant cette particularité.
De mème que la glandulosité, la pubescence ou la villosité est fort considérée par certains phytographes. Mérite-t-elle toute l'importance qu'on y attache ? Je ne le crois pas. D'après les nombreuses observations que j'ai faites dans la nature et d’après quelques expériences de culture dont les résultats me sont connus et que j'exposerai en
temps et lieu, j'estime que les mêmes formes ou les mêmes espèces peuvent être glabres ou pubescentes et que, dans les mêmes formes, la villosité varie beaucoup dans son abondance ou sa rareté. Je m'étendrai longuement sur ce
point, quand je ferai la critique approfondie de chaque
section ou tribu en particulier.
Je dirai ici un mot d’une pubescence dont nous avons peu d'exemples dans le centre, le nord et l'ouest de l'Europe (1), celle des rameaux et du réceptacle florifères. Les R. pulverulenta MB. (ex spec. auth.), R. orientalis Düp., R. Vanheurckiana Crép. et R. armena Boiss. ont les rameaux florifères chargés d'une fine pubescence, souvent dense, qui se prolonge sur la portion inférieure des
(1) M. le Dr Ilse m'a communiqué deux spécimens d’une Tomenteuse, recueillis en Thuringe, dans le Schwarzathal, entre Schwarzburg et Blankenburg, qui présentent la singulière particularité d’avoir leurs rameaux [lorifères entièrement couverts d’un fin tomentum assez dense et blanchätre. Le tomentum se poursuit sur les pédicelles florifères latéraux des corymbes. Ce botaniste avait nommé cette forme R. tomentosa Sm.? var. ciliatopetala. paraïitrait que les pétales sont ciliés-glanduleux, chose que je n'ai pu vérifier. A part la pubescence des rameaux florifères, cette forme se distingue encore du R. tomentosa par ses stipules pubescentes en dessus, par ses folioles plus atténuées à la base et à dents moins composées. Je propose de la nommer provisoirement Rosa thuringiaca. Les botanistes de la Thuringe doivent s’efforcer de la retrouver.
M. l'abbé Cariot, dans son Étude des Fleurs, t. I, p. 676, décrit un R. velutina Chabert qui aurait aussi les rameaux floraux veloutés de poils blanchätres. M. Déséglise, dans sa Révision, p. 51, a rapporté ce R. velutina au R. cinerascens Dmrt., mais Les termes de la description donnée par M. Cariot ne permettent pas, semble-t-il, cette identification.
Ce caractère de rameaux floraux tomenteux est extrémement eurieux dans la section des Tomenteuses et mérite d'attirer l'attention des observatcurs.
pédicelles florifères. D'autre part, les R. schergiana Boiss., R. arabica Crép. et R. Aucheri Crép. ont le réceptacle florifère plus ou moins abondamment velu.
Cette pubescence remarquable et qui rappelle un peu celle des Bractéatées sera peut-être utilement employée parmi les caractères distinctifs de tribus nouvelles, ou du moins pourra servir à la spécification. J'entends surtout parler de la pubescence des rameaux florifères.