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peut avoir pour unique but l'arrangement systématique et la simple description des espèces ; elle est appelée à étudier les, formes végétales dans toutes leurs modifications, à reconnaitre la limite des modifications et à découvrir les lois sous l'empire desquelles ces dernières se produisent. Envisagée de cette façon, la phytographie sort du cadre étroit où les simples descripteurs voudraient la tenir cenfinée.
Il ne sera pas hors de propos de rappeler ici deux faits d'une importance capitale, surtout quand il s’agit de l'étude des espèces et de leurs variétés : la solidarité des caractères et l’existence des variations parallèles.
Déjà en 1861, dans la préface dela 1"° édition du Manuel de la flore de Belgique, j'ai dit quelques mots touchant la solidarité des caractères. Par solidarité des caractères, j'entends la liaison qui existe entre les caractères qui se manifestent dans plusieurs organes de la même plante. Pour bien préciser ma pensée, je vais citer un exemple. Ainsi, dans les Roses, que la glandulosité apparaisse et nous la verrons assez souvent se produire à la face inférieure des folioles, des stipules et des bractées, sur les pétioles, les pédicelles, le réceptacle et les sépales ; sielle est intense, elle pourra atteindre la face supérieure des folioles, des stipules et des bractées et même certaines portions des axes. Beaucoup de phytographes voient dans les divers siéges de cette glandulosité tout une série de caractères distinctifs, alors que réellement il n'existe qu'un seul et unique caractère, celui de la glandulosité. Celle-cr1, dans les Roses, est fréquemment liée avec la double dentelure des folioles. La villosité, dans le genre Rosa, offre le même phénomène que la glandulosité. D'un autre côté, un certain degré d'hypertrophie ou d’atrophie non tératologique,
l’élongation, le nanisme, le géantisme, sont, à leur tour, la source de modifications qui se produisent dans les divers organes de lamême plante, modifications liées entre elles et dont beaucoup de phytographes constituent autant de caractères différentiels. Ici encore, au lieu de plusieurs caractères, il peut n’en exister qu'un seul et qui disparait de tous les organes si la cause qui l’a produit vient à cesser. C’est certainement à l'ignorance de ces faits généraux que nous devons, en partie, la création d'une foule de petites espèces qui n'ont d'existence que dans nos livres.
Dès 1865, dans le 5° fascicule de mes Notes sur quelques plantes rares ou critiques de la Belgique, j'avais fait prévoir l'heureux parti qu'on pouvait tirer, au point de vue de la spécification, de l'existence des variations parallèles. Deux ans après, M. Duval-Jouve, qui ne paraissait pas avoir eu connaissance de ce que j'avais écrit à se sujet, a traité cette question avec beaucoup de talent en étudiantles variétés des Juncus. À son tour, M. Franchet abordait ce point intéressant dans ses études sur les Verbascum hybrides. L’existence des variations parallèles jette un jour tout nouveau sur cette foule de petites espèces qu'on croit distinctes et qui ne sont au fond que les variations parallèles d’un nombre beaucoup plus restreint de véritables types spécifiques.