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X. — REVUE DES PUBLICATIONS RÉCENTES SUR LES ROsEs

Depuis que le premier fascicule des Primitiae Monographiae Rosarum a paru (14 novembre 1869), trois publications plus ou moins importantes ont été faites sur les Roses. Je vais les soumettre à l'examen, en suivant l'ordre chronologique.

Supplément à la Flore du Jura suisse et français, par Ch.-H. Godet ; in-8°, Neufchätel, 1869.

Dans sa Flore du Jura (1855), M. Godet avait déjà décrit avec beaucoup de soin les Roses de la région jurassique et il les avait rangées d'après une nouvelle classification. Celle-ci comprenait deux sections : les Diastylae, à styles libres ou presque libres et les Systylae, à styles soudés en colonne. Ces deux groupes primordiaux ont été reconnus depuis longtemps et généralement adoptés. La section des Diastylae est partagée en deux divisions basées sur l'absence ou la présence d'un pédicule aux ovaires, et chacune de celles-ci est subdivisée en tribus établies principalement sur la forme des aiguillons. Appliquée aux espèces du Jura ou de l'Europe centrale, cette classification n'est pas sans mérite; elle permet de déterminer avec une assez grande facilité les types spécifiques. Elle ne rompt pas un grand nombre d'aflinités naturelles, comme l'a prétendu un auteur; bien au contraire, elle laisse associées les espèces qui ont le plus de caractères communs entre elles.

Dans son Supplément, M. Godet s'étend très-longuement sur le genre Rosa et lui consacre mème plus de pages que dans l'ouvrage primitif. On voit que l'auteur a étudié le groupe avec passion et en a fait l'objet de recherches longues et soigneuses. Avant d'aborder la description des nouvelles espèces ajoutées à sa Flore, M. Godet entre dans quelques considérations sur les organes qui peuvent servir de base aux classifications et, à ce propos, il examine la classification fondée sur le disque qu'avait récemment proposée M. Du Mortier (Monographie des Roses de la flore belge). La classification qu'il adopte est une modification de celle qu'il avait suivie dans sa Flore, et les

principales divisions sont basées sur la forme des aiguillons. Comme cette classification peut intéresser des botanistes qui ne possèdent pas l'excellent Supplément à la Flore du Jura, je vais la reproduire textuellement.

I. Heteracanthae, Aiguillons très-inégaux, grêles, sélacés ou subulés, ou de deux sortes, les uns vigoureux droits ou un peu ai qués, les autres gréles et sétacés, les uns et les autres disparaissant quelquefois sur les vieilles tiges.

A. Lepracanrmae. Aiguillons inégaux, gréles, sélacés et subulés, ou nuls. Sépales entiers, persistant sur le fruit.

R. pimpinellifolia L. — R. rubella Sm. — R. alpina L.

B. Dimorpnacanraar. Aiguillons, les uns vigoureux droits ou un peu arqués, les autres grêles et sélacés. Un ou deux des sépales pinnatifides, les autres entiers.

a) Sépales persistants.

*Anthères sagiltées ; fleurs jaunes.

R. Eglanteria L.

**Anthères égales ; fleurs rosces.

R. Sabini Woods. — R. sabauda Rap.

b) Sépales caducs.

R. gallica L. — R. hybrida Schl.

II. Diacauthae. Aiguill'ons des rameaux non florifères courts, arqués, géminés et opposés sous les stipules, ceux de la base des tiges grêles, sétacés et droits, facilement c:ducs. Stipules étroites, à bords connivents et tubuliforimes. Sépales persistants. Feuilles soyeuses-cendrées en dessous.

R. cinnamomea L.

III. Homoecanthae, Aiguillons de même nature, uniformes, droits, arqués ou crochus; point d’aiguillons sétacés sur les tiges ou les rameaux.

A. OnrHacanruar, Aiguillons droits ou faiblement arqués, du moins ceux des parties supérieures.

a) Glandulosae, Folioles glanduleuses en dessous, du reste glabrescentes ou pubescentes sur les nervures en dessous. R. Pugeli Rap. — R, spinulifolia Dematr. (R. marginata Wallr.).

h) Villosae. Folioles pubescentes en dessus ou pubeseentes-tomenteuses sur les deux faces. Sépales persistants (plus promptement caducs dans les R. tomentosa et foetida).

R. pomifera Herrm. — R. vestita God. — R. mollissima Fries. — R. tomentosa Sm. — R. foetida Bast.

c) Ambiguae, glabriusculae. Folioles glabres ou glabrescentes. Aiguillons tantôt droits, tantôt plus ou moins arqués. “Styles glabres.

R. mucronata Désésl.

**Styles poilus ou velus.

R. dolosa God.—R. rubrifolia Vill.— R. montana Chaix.— R salevensis Rap. — R. Chapusii God. — R.Godeti Gren. B. CampycacanTuar. Aiguillons très-arqués ou crochus, à large base (Caninae Auct.).

a) Styles glabres, plus ou moins soudés en colonne. R. arvensis Huds. — R. stylosa Desv.

b) Styles velus ou poilus, courts, libres.

*Sépales persistants jusqu’à la coloration du fruit et redressés. + Folioles glabres ou glabrescentes.

R. alpestris Rap. — R. Reuteri God.

+1 Folioles pubescentes et cendrées.

R. cortifolia Fries.

** Sépales promptement caducs.

+ Folioles et pétioles glabres, glanduieux ou non glanduleux. R. canina L. — R. biserrata Mérai. — R. Chavini Rap. — R. trachyphylla Rau.

++ Folioles et pétioles pubescents ; face inférieure des folioles non glanduleuse, ou glanduleuse seulement sur les nervures.

R. collina Jacq. — R. affinis Rau. — R. tomentella Lem. +++ Folioles fortement glanduleuses en dessous sur toute la face inférieure sur et entre les nervures (Rubiginosae). “Styles velus. | R. rubiginosa L. — R. graveolens Gren. (R. Kluckii Bess.!). **Styles glabres ou glabrescents.

R. micrantha Sm. — R. sepium Thuill.

Cette nouvelle classification permet, comme celle qui * l'a précédée, de déterminer avec facilité les espèces juras-

siques, mais, dans certains cas, elle ménage moins les affinités naturelles. auteur a supprimé les deux grandes divisions naturelles des Systylae et des Diastylae qu'il avait adoptées primitivement, et, probablement influencé par l'exemple donné par M. Grenier (Flore de la chaîne jurassique), il a rangé le R. arvensis parmi les Caninae. Dans une classification vraiment naturelle, cette espèce ne peut pas être associée aux Caninae.

La division Leptacanthae est constituée par deux espèces affines : R. pimpinellifolia et R. alpina. L'auteur y maintient le R. rubella Sm. comme espèce légitime, mais, malgré ce qu'il avance, je ne puis voir dans cette forme qu'une hybride des R. spinosissima et R. alpina.

La division Dimorphacanthae n'est certainement pas naturelle et les espèces dont elle se compose doivent être réparties dans trois sections naturelles différentes. Il est en outre probable que le R. sabauda n'est qu'une variété du R. Sabini.

Le groupe Diacanthae ne renferme qu'une espèce, le R.cinnamomea, qui est le type d’une section naturelle qui pourra conserver le nom de Cinnamomeae, mais qui devra être constituée d'une tout autre manière que ne l'avaient entendu Lindley et les autres monographes.

La division Orthacanthae n'est pas naturelle, car le R. Pugeti Rap., si c'est bien le même que le R. Pugeti Bor., ne peut rester associé aux autres espèces. Contrairement à ce que pense l’auteur, le R. marginata Wallr., que j'ai étudié sur un échantillon authentique, ne peut être considéré comme une forme du R. spinulifolia : tout me fait croire que c'est une hybride du R. gallica et d'une Canine. Le R. vestita God. n'est vraisemblablement qu'une forme pubescente du R. spinulifolia. Les observa-

tions que fait M. Godet sur la persistance et la caducité des sépales, à propos du À. mollissima Fries, fait soupconner quil a confondu certaines formes du R. tomentosa avec le type de M. Fries et c'est du reste ce qu'il a fait, si jen juge par des échantillons qu'il a bien voulu me communiquer. Cette confusion, qui a été faite également par d'autres botanistes, s'explique par l'extrème ressemblance apparente de certaines formes du R. tomentosa avec le R. mollissima. Dans celui-ci, les sépales sont toujours indéfiniment persistants, tandis que dans le À. tomentosa ils ne sont qu'accidentellement persistants. Le R. pomifera Herrm. et le vrai R. mollissima Fries sont deux formes étroitement affines ; elles sont tellement voisines mème que je ne serais pas surpris de les voir un Jour réunies comme appartenant au même type spécifique. Le R. foetida de la région jurassique n'est pas la mème forme que celle de la France occidentale décrite sous ce nom par Bastard. Les R. mucronata et R. dolosa ne sont au fond que des variétés du R. canina.

Le R. Chapusii God., si j'en juge par des spécimens que m'a communiqués son auteur, parait être une forme délicate appartenant à la tribu des Pubescentes (sect. Caninae), à ramuscules florifères inermes, à pubescence légère et diminuant de la base au sommet des ramuscules. Elle parait devoir se ranger dans le voisinage du R. urbica Lem. Le R. Godeti Gren., sur la valeur spécifique duquel je n'oserais encore me prononcer, semble appartenir à la section que jai désignée sous le nom de Glandulosae. Les nervures secondaires sont un peu glanduleuses en dessous ; les pédicelles sont assez courts (12 mill.) et dépassés par les stipules de la feuille supérieure ou par la bractée, ou allongés (26 mill.) et dépassant longuement les stipules de la feuille supérieure.

La division Campylacanthae est eomposée d'espèces plus ou moins hétérogènes. Le R. arvensis ne peut rester associé au R. canina. Remarquons que le vrai R. rubiginosa présente souvent, sur ses tiges, de nombreux aiguillons grèles et parfaitement droits mélés avee de robustes aiguillons erochus. Le R. trachyphylla décrit par M. Godet n'est pas la forme que Rau a désignée sous ce nom.

La conclusion de ce qui précède, c'est que les aiguillons quelle que soit leur importance au point de vue de la spécification ne peuvent guère servir de base à une classification naturelle des Roses. Du reste M. Godet n’a pas eu la prétention de jeter les bases d’une classification générale du genre ; il n’a eu en vue, comme il le dit lui-même, que de donner un guide pour la détermination des espèces. Malgré ses imperfections, qui s'expliquent par l'extrème difficulté du sujet, le nouvel article consacré au Rosa par M. Godet est rempli de détails intéressants et de remarques judicieuses dont tout monographe devra tenir compte pour traiter le genre.

* À Monograph of the British Roses, by J.-G. Baker; in-8&, de 47 pages, 1870. (Extrait de : Linnean Societys Journal. — Botany, vol. XI.)

Cette monographie, qui avait été précédée d'un essai (Review of the British Roses, 186%) plein de mérite, est le travail le plus complet et le plus savant publié sur les Roses des Iles Britanniques. L'auteur a repris la tâche de Smith, Woods, Lindley et Borrer, botanistes bien connus par leurs belles études sur les Roses d'Angleterre, tâche qu'il a complétée d’une façon remarquable. Pour traiter le sujet, M. Baker s’est trouvé dans des circonstances extrêmement heureuses. Après avoir étudié, dans la nature,

les formes du nord de lAngleterre, qui sont nombreuses et intéressantes, il a pu consulter les vastes collections de Kew et de Londres, où se trouvent eonservés un grand nombre de types authentiques.

M. Baker adopte les sections de Lindley, qu'il caractérise avec beaucoup de soin. Voiei le tableau de ces sections et des espèces dont elles sont composées.

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