Rosa microcarpa Lindl
Selon Lindley, cette remarquable espèce a été trèsbien figurée par Petiver (Gaz., 57, t. 55, f. 11) sous le nom de Rosa cheusan glabra, juniperi fructu. Linné avait rapporté ce synonyme à son À. indica.
Lindley, dans son Rosarum Monographia, p. 150, décrit le R. microcarpa en le rapportant à sa division des Banksianae qui comprend les R. laevigata Mx, R. sinica Ait., R. recurva Roxb., R. setigera Mx, R. hystrix Lindi. et R. Banksiae R. Br. Comme on le sait, cette section est
moins nombreuse que ne l'avait pensé Lindley, puisque les R. laevigata, R. sinica et R. hystrix ne sont qu'une seule et même espèce. Au
Trattinnick, dans son Rosacearum Monographia, FL, p. 87, range cette espèce dans sa série LIT intitulée Du Pontiana, en lui imposant le nom de À. cymosa
Wallroth, dans son Rosae plantarum generis historia succincta, rapporte le R. microcarpa au R. Banksiae. Je ne mentionne cet auteur que pour mémoire, et Je ne diseuterai ni la réduction qu'il fait de cette espèce, ni la place qu'il lui attribue dans la série des espèces, attendu que son travail est une œuvre qui dénote une ignorance bien profonde de la valeur des caractères d'un groupe de plantes qu'il a prétendu réformer.
Seringe, dans le Prodromus, IT, p. 601, a classé le R. microcarpa dans sa section des Chinenses, en le rapprochant du R. Banksiae.
Lindley et après lui Seringe qui n'avait fait que le copier, n'ont pas découvert les véritables affinités de l'espèce en question, ce qui s'explique par le fait que le premier n'avait probablement pu étudier que des spécimens en fruits et qu'il n’a connu les fleurs que par des dessins chinois. Le R. microcarpa Lindl.'est une véritable Synstylée qui doit se ranger dans le voisinage des R. multiflora Thunbg. et R. Luciae Franch. et Rochbr.(). Trattinnick, quoiqu'il semble n'avoir connu l'espèce que par les figures qui en ont été données, avait mieux apprécié la place qu'elle doit occuper, car il l'avait placée à côté du R. multiflora Thunbg.
(1) Je crois devoir rappeler ici que le À. Lucie, jolie espèce du Japon,
a été décrite pour la première fois par moi dans ce Bulletin, t. X, p. 524.
Avant d'exposer les caractères du R. microcarpa, il est nécessaire que j'établisse son identité avec le R. amoyensis Hance. Celui-ci a été décrit en 1868 dans le n° LXX du Journal of Bolany. Son créateur, M. Hance, en le décrivant n’a pas même pensé à le rapprocher du R. microcarpa Lindl. ; il l’a rangé dans la section des Nobiles. Il y à quelques années, lorsque j'eus l’occasion d'étudier les Roses que M. le docteur Savatier a recueillies dans l'extrême Orient, Roses parmi lesquelles se trouvaient deux beaux échantillons du R. microcarpa recueillis à Ningpo en Chine, le soupcon me vint que le R. amoyensis n’était rien autre que le R. microcarpa. Pour m'assurer de la chose, je priai M. Baker de m'envoyer des fleurs détachées d'un échantillon authentique du À. amoyensis. Les fleurs qu'eut la bonté de m'envoyer M. Baker me donnèrent immédiatement la conviction que la Rose d’Amoy était spécifiquement identique avec celle récoltée par le Docteur Savatier. Plus tard M. Hance lui-mème eut l'extrême obligeance de m'envoyer directement de Hong-kong deux beaux spécimens de son R. amoyensis recueillis en 1873 sur les collines près de Poochow. Dans sa description, M. Hance dit des styles : « Stylis lanosissimis basi tantum in columnam brevem glaberrimam coalitis staminibus duplo brevioribus. » Dans les deux fleurs que je tiens de M. Baker, les styles sont laineux jusque sous le stigmate et forment une colonne épaisse et haute de 2-5 millimètres ; dans les échantillons que M. Hance m'a expédiés, la colonne stylique est également épaisse, entièrement laineuse et égale à peu près les étamines. Les étamines sont évidemment plus longues que la partie saillante des styles, mais comme elles sont incurvées-ascendantes, les anthères arrivent seulement au niveau des stigmates ou les dépassent
peu, comme cela existe dans le R. microcarpa recueilli en Chine par le Docteur Savatier. À part la phrase concernant les styles, la description de M. Hance s'applique parfaitement au R. microcarpa de Ningpo. L'identité de
celui-ci avec le type de Lindley ne peut, à mon avis, laisser
le moindre doute. Si dans la planche que cet auteur a publiée, les feuilles n'offrent que 5-5 folioles au lieu de 5-7 comme cela se présente dans les échantillons que j'ai vus, c’est que les ramuscules du spécimen figuré sont courts et qu'ils sont plus allongés dans ceux que j'ai eus sous les yeux. Quant aux styles, on aperçoit facilement dans la planche de Lindley qu'ils ont formé une petite colonne exserte.
Comme le R. microcarpa est une espèce encore trèsrare dans les collections et que d'autre part elle n’est pas suffisamment connue, je crois bien faire en la décrivant avec de nombreux détails.
Rosa microcarpa Lindl. Ros. Monogr., p. 150, tab. 18; R. cymosa Tratt. Rosac. Monogr., 1, p. 87; R. amoyensis Hance Sertulum Chinense alterum in The Journal of Botany, VI, p. 297.
Ansrisseau, D’après une note du Docteur Savatier, cette espèce est grimpante.
Tices. Tiges ou branches gréles, plus ou moins flexueuses, à écorce glabre, devenant d'un vert-brunâtre. Les aiguillons paraissent être assez peu nombreux. Lindley les figure erochus ou à pointe un peu incurvée, à base assez épaissie et ressemblant à de petits aiguillons du R. arvensis.
RawuscuLes rLorirÈèRes. Ramuscules florifères longs de 5 à 10 centimètres (non compris l’inflorescence), grêles, roides, un peu flexueux, glabres ou très-peu velus dans le jeune äge, mais devenant glabres, à écorce d’un vert légèrement brunâtre, inermes, presque inermes ou aiguillonnés dans leur tiers inférieur, à aiguillons épars, petits, plus ou
moins crochus et brunâtres, parfois un peu velus dans le jeune âge.
Feuises. Feuilles 5-7-foliolées, les moyennes ordinairement 7-foliolées, les plus inférieures et les supérieures 5-5-foliolées. Sripules sétacées, très-étroites (1/3-1/4 de mill.), longues de 5-10 mill., ciliées ou ciliéesglanduleuses, à bords entiers, un peu velues, libres dans les feuilles moyennes et supérieures et caduques, un peu adhérentes par leur bord interne au pétiole dans les feuilles les plus inférieures. Pétioles plus ou moins aiguillonnés, à aiguillons un peu crochus, les inférieurs assez densément velus, les supérieurs glabrescents. Folioles toutes ovales-elliptiques, à partie la plus large ordinairement vers le milieu du limbe, un peu atténuées-arrondies à la base, très-brièvement pétiolulées et presque sessiles; les latérales inférieures brièvement atténuées au sommet, les latérales moyennes plus longuement atiénuées, les terminales longuement atténuées en pointe, toutes à pointe assez souvent un peu tordue d’un côté. Nervure médiane un peu velue, mais devenant glabre, assez épaisse et saillante; nervures secondaires très-fines, un peu saillantes et formant avec leurs anastomoses un réseau très-délicat et fort élégant qui s'aperçoit mieux (sur plante sèche) à la face supérieure des folioles qu’à la face inférieure. Les folioles sont glabres, assez coriaces ct, sur le sec, luisantes et d’un vert sombre en dessus, plus päles en dessous, à dents simples, fines ou assez fines à pointe incombante et non glanduleuse.
Ixrcorescence. L’inflorescence bien développée est constituée par un corymbe dont les ramifications inférieures sont trichotomes et portent leurs fleurs à peu près au même niveau que celles des ramifications supérieures. Ces ramifications inférieures donnent naissance à leurs premiers entrenœuds à deux ramifications secondaires en apparence exactement opposées, ramifications articulées à leur tour el ordinairement terminées par un seul pédicelle, mais qui peuvent se couronner par trois pédicelles. Les bractées qui accompagnent, soit la base des pédieelles, soit l’articulation ou les nœuds des pédoncules, sont sétacées presque capillaires, extrémement caduques et ayant ordinairement disparu à l’époque du plein épanouissement des fleurs. Pédicelles très-gréles, roides, glabres ou présentant quelques rares poils, longs de 10-14 millimètres. Réceptacle florifère très-petit (2 mill. de larg. sur 2 1/2 mill. de long.), ovoïde-arrondi, presque globuleux, un peu contracté au sommet, glabre. Sépales glabres sur le dos, tomenteuxblanchâtres à la face interne et sur certains bords, les extérieurs munis sur les bords de 1-5 paires d’appendices dont les inférieurs
sont denticulés et à dents parfois spinuliforme ; pointe des sépales plus ou moins longues, étroite et entière. Sur le dos des sépales, il y a un certain nombre de spinules, qui, sur l’extrême bord, simulent des appendices latéraux. Pendant et immédiatement après l’anthèse, les sépales sont fortement réfractés. Corolle très-petite (15-20 mill. de diamètre), à pétales très-étroitement obovés, légèrement émarginés au sommet et paraissant peu ou point confluents entre eux à la base. Styles velus-laineux jusque sous le stigmate, formant une colonne épaisse (ord. 5 mill. de long.) égalant à peu près les étamines. Le réceplacle fructifère, d'après la figure qu’en donne Lindley, est globuleux et ne mesure qu'environ 6 millimètres en diamètre; son disque serait large et les sépales sont caduques.
FLoraison. La floraison a lieu au commencement du mois de mai.
AIRE DE Dispersion. Lindley indique cette espèce dans la province de Canton d’après des échantillons recueillis par Stauton; elle est assez commune, d’après M. Hance (loc. cit.), sur les collines autour de la ville d'Amoy (Hiamen) et d’après les échantillons que ce botaniste m'a envoyés, elle existe près de Foochow. Ces localités sont situées entre les 22e et 2e degrés de latitude nord. M. le docteur Savatier a recueilli ses échantillons dans un cimetière à Ningpo (Ning-pho), qui est dans la province chinoise de Tsche-Kiang, vers le 50e degré. L'espèce est-elle indigène ou bien seulement cultivée sur les tombeaux dans cette dernière province de la Chine ? Si elle y est indigène, on voit par les quelques rares renseignements que nous possédons qu’elle occupe en longitude une étendue de 6 à 8 degrés. Peut-être est-ce une espèce propre aux régions sudo-orientales de l’Empire chinois. Elle ne semble pas exister au Japon.
Le R. microcarpa Lindi., qu'il ne faut pas confondre avec les À. microcarpa d’autres auteurs, Rosa qui du reste ne peuvent être acceptés comme des espèces légitimes, le R. microcarpa, disons-nous, quoique rappelant assez par son port les À. multiflora Thunbg. et À. Luciae Franch. et Rochbr. se distingue de ces deux derniers par des caractères assez nombreux, dont un seul suflit amplement pour éviter toute confusion, celui de stipules libres et
caduques. Le caractère de stipules libres à été pris par Lindley pour un caractère de section et lui a fait ranger le R. microcarpa à côté d'espèces avec lesquelles il ne peut pas rester dans un groupement naturel.