Rosa maltiflora Thunbg
Le R. multiflora, décrit pour la première fois par Thunberg dans son Flora Japonica (1784), est une espèce extrèmement remarquable qui, avec les R. Luciae et R. microcarpa, forme un petit groupe bien tranché dans la section des Synstylées, groupe propre à l’extrème Orient.
La description qu'en a donnée Thunberg est claire et suffisamment détaillée, et ne fait pas soupconner que son auteur ait confondu avec le R. multiflora, tel que nous le connaissons actuellement, le R. Luciae, espèce voisine et habitant également le Japon.
Malgré la clarté du texte de Thunberg, le R. multiflora a recu dans ses dernières années deux nouveaux noms : ceux de R. Wichurae K. Koch et R. intermedia Carr. Depuis que j'ai écrit la descrip'ion du R. intermedia Carr. dans le 1‘ fascicule des Primitiae Monographiae Rosarum (1869), j'ai eu l’occasion d'étudier de nombreux matériaux du À. multiflora qui m'ont donné la certitude que les prétendues nouvelles espèces décrites par MM. Koch et Carrière ne sont que de simples formes du À. mulliflora. Cette confusion doit être attribuée, d’une part, à la rareté d'échantillons indigènes du R. multiflora dans les herbiers et à l'absence d'une bonne figure de cette espèce, et, d'autre part, à ce que le R. multiflora cultivé dans les jardins est une variété horticole dont l'aspect s'éloigne un peu du type japonais.
Le R. multiflora étant une espèce assez répandue au Japon et occupant une aire étendue, il n'y a rien d’étonnant à ce qu'il soit assez variable. Dans les matériaux que Jai examinés, j'ai observé plusieurs formes dont j'aurais pu faire autant d'espèces, si j'adoptais la manière de distinguer les espèces à la façon d’une certaine école botanique. Je suis même persuadé qu'en étudiant le type Japonais sur les lieux, on pourrait parvenir à le subdiviser en un grand nombre d'espèces secondaires. Mon intention n'est pas de décrire toutes les variations que j'ai analysées; Je me bornerai à signaler les principales modifications de certains organes.
La longue description que j'ai donnée (Prim. Monogr. Ros., fase. I, p. 125) du R. multiflora sous le nom de R. intermedia Carr. me dispense de décrire de nouveau tous ses organes.
Par la petitesse de ses fleurs, qui ressemblent à celles d’un Rubus, le R. multiflora se rapproche des À. microcarpa et R. Luciae, mais ses seules stipules profondément fimbriées, la forme de ses folioles et d’autres caractères ne permettent pas de le confondre avec le premier. Du second, 1l se rapproche davantage, comme on peut le voir par les diagnoses suivantes que j'ai rendues rigoureusement comparatives.
Rosa murrircora. Folioles élroitement obovales, assez longuement atlénuées à la base, minces, ordinairement plus ou moins velues à la face inférieure. Stipules pectinées, à laciniures dépassant la largeur de la partie entière de chaque aile. Pédicelles florifères grêles, ordinairement velus. Sépales étroitement ovales ou lancéolés, les trois extérieurs munis de 2-4 appendices latéraux. Colonne stylique grêle, glabre, très-rarement un peu velue. Réceptacle fructifère très-petit, pisiforme.
Rosa Luciar. Folioles ovales ou ovales-suborbiculaires, arrondies ou
brièvement atténuées à la base, plus ou moins épaisses, corraces, glabres
à la face inférieure. Stipules finement denticulées ou superficiellement pectinées, à laciniures n’égalant pus la largeur de la partie entière de chaque aile. Pédicelles florifères moins gréles, roides, sans villosité. Sépales plus larges, entiers, rarement les extérieurs munis de {-2 appendices latéraux. Colonne stylique assez épaisse, velue. Réceptacle fructifère plus gros.
Le R. multiflora se distingue encore du R. Luciae : 1° par son inflorescence dont les ramifications affectent une autre disposition, à fleurs plus nombreuses et souvent fasciculées par trois, à pédicelles moins étalés ; 2° par ses bractées secondaires plus longues ; 5° par ses aiguillons moins régulièrement géminés ; 4° par ses dents foliaires un peu différentes. Je dois cependant faire remarquer qu'il existe des formes, soit du R. multiflora, soit du R. Luciae, assez obseures et qui laissent des doutes dans l'esprit de l'observateur. Ces formes me font soupconner que ces deux types se croisent parfois entre eux et donnent naissance à des produits hybrides. J'ajouterai enfin que le À. Luciae, à en juger par les échantillons recueillis par M. Savatier, est un type très-variable et dans lequel M. Franchet avait été tout d'abord porté à voir plusieurs espèces distinctes.
Dans le R. multiflora, les folioles sont sujettes à varier. Elles peuvent être assez amples, ou petites ; ordinairement plus ou moins pubescentes en dessous, leur pubescence peut se réduire à quelques poils sur la nervure médiane, de facon qu'on peut les dire glabres. La pubescence peut disparaitre des stipules et des pédicelles ; le réceptacle florifère peut être velu ou glabre. La glandulosité peut ètre plus ou moins abondante ou nulle en dessous des stipules, sur les pétioles, les pédicelles et les réceptacles. Les fruits sont très-petits, globuleux ou subglobuleux (larges de 4-5 mill.). Dans le À. Luciae, les fruits peuvent être aussi
petits que dans le R. mulliflora, mais ordinairement ils sont plus gros.
Le R. multiflora indigène à fleurs simples présente un réceptable florifère très-petit, allongé-ellipsoide, trèsétroit (1 mill. de larg. sur 2 1/2 mill. de long.), mais dans la plante cultivée à fleurs doublées ou pleines, le réceptacle est court, élargi et campanulé.
L’aire de dispersion de cette espèce parait assez vaste du moins en longitude. Thunberg l'indique à Nagasaki. Miquel(Annales Musei botanici Lugduno-Batavi, HE, p. 59) la signale près de Hakodadi, Nagasaki, Jokohama. J'en ai vu des échantillons recueillis à Hakodadi (coll. Maximowicz, C. Wilford), à Jokoska (coll. Dr Savatier), Nagasaki (coll. R. Oldham) et au Port Hamilton en Corée (coll. C. Wilford). D'après ces indications, l'espèce aurait done déjà été observée au Japon entre le 55° degré et le 42° degré de latitude nord. L'habitation de Corée est placée sous le 54° dregré. L'espèce est signalée en Chine, mais jusqu'ici je n’ai vu, de cette contrée, que des échantillons provenant de pieds cultivés. IT est bien possible que cette Rose ait été introduite en Chine sous une variété horticole. Au Japon, elle est cultivée à fleurs doubles ou pleines.
Puisqu'’il a été ici question du R. Luciae, je dois signaler son existence à Nagasaki, d’où j'en ai vu des échantillons recueillis en 1870 par M. le D' Naumann et conservés dans l'Herbier royal de Berlin.