Rosa fwara Siebold
Le Rosa Iwara a été tout d’abord signalé sans description dans le Catalogue raisonné des plantes du Japon, par von Siebold, p. 6, 1856, puis décrit, en 1861, par M. Regel dans l’{ndex seminum, quae Hortus botanicus imperialis Petropolitanus, etc., p. 53. Plus tard (Ind. sem. Hort. Berol.), M. K. Koch l’a décrit à son tour en lui donnant le nom de R. Ibara.
J'ai pu étudier cette forme sur de beaux spécimens florifères qui m'ont été donnés par M. K. Koch, de Berlin, et par M. Koltz, de Luxembourg. Les échantillons du premier ont été recueillis au Jardin botanique de Berlin, et ceux du second proviennent du pare du Prince Henri à Walferdange (Luxembourg hollandais), où la plante a été introduite par le major von Siebold lui-même en 1849.
Le R. lwara (plus correctement 1bara) est une forme étrange et qui, selon toute apparence, est une hybride des R. rugosa et R. multiflora. M. le docteur Savatier, auquel j'en ai communiqué des fragments lors de son retour en Europe, ne l’a jamais observé au Japon, ce qui vient renforcer le soupçon que j'ai de son état hybride. Son feuillage et l'aspect de ses axes font penser au À. rugosa, tandis que son inflorescence rappelle le R. multiflora. Déjà M. Regel (loc. cit.) lui avait trouvé de l’analogie avec le À. rugosa et de plus avec le R. Brunonii et voiei comment cet auteur s'exprime. « Ex aflinitate R. rugosa Thbrg. (Sieb. et Zucc. FT. Jap., tab. 28) et R. Brunonii Lindl. Monogr., tab. 14. Prima ramis aculeatissimis, stipulis integerrimis,
peduneulis unifloris, sepalis apice parum spathulato-dilatatis etaltera stylis in columnam longissimam cohaerentibus facile dignoseuntur. » M. Koch (loc. cit.) marque également les rapports de cette singulière Rose avec deux autres types. « Singularis species (dit-il) ab omnibus Rosis europaeis longe discrepans et in Japonia sponte crescens, nune À. rugosae, nunc R. Lyellii accedens. » Nous allons voir que c'est avec le R. mulliflora que cette forme a des rapports plutôt qu'avec les À. Brunonii et R. Lyellii, types qui n'existent du reste pas au Japon. Avant de donner une analyse comparée, Je dois faire remarquer que le R. Iwara ne semble avoir aueun rapport avec le R. canina Thunbg F1. Jap., p. 214, que M. Koch rapporte avec le signe du doute comme synonyme à son À. Ibara.
Ramwseuces rLoRiFÈRES. Ramuscules florifères flexueux en zigzag, verts, velus-pubescents, chargés de soies glanduleuses inégales passant à la forme de fins aiguillons sétacés, à aiguillons épars, grêles, blanchâtres, arqués ou crochus.
Feuizces. Feuilles 5-9-foliolées, ordinairement grandes. Pétioles velustomenteux, plus ou moins glanduleux, aiguillonnés, à aiguillons blanchätres et crochus. Stipules longues (25-50-mill.), glabres en dessus, pubescentes-glanduleuses en dessous, à ailes larges, assez profondément laciniées, à laciniures souvent denticulées, à denticules calloso-glanduleux à la pointe, à oreillettes longues, lancéolées-linéaires, longuement acuminées, très-divergentes, denticulées, à dents calloso-glanduleuses. Folioles ordinairement assez grandes, d’un vert assez sombre et glabres en dessus, un peu pubescentes et fortement glanduleuses en dessous à glandes translucides, à dents larges, inégales, accompagnées de 1-2 denüeules glanduleux ; les folioles latérales ovales-elliptiques, plus ou moins atténuées à la base, assez longuement atténuées au sommet, la terminale subobovale-elliptique, atténuée-arrondie à la base et brusquement atténuée au sommet.
Ixrconescexce. Inflorescence ordinairement très-développée et multiflore, formant un corymbe irrégulièrement dichoteme, à bractées nombreuses,
glabres en dessus, pubescentes-glanduleuses en dessous, ovales-lancéolées, à bords laciniés profondément, à laciniures denticulées-glanduleuses; les bractées inférieures longues, les supérieures ou bractéoles accompagnant les pédicelles égalant le tiers, la moitié ou les deux tiers de ceux-ci.
FLeurs. Pédicelles inégaux, longs de 15 à 20 millimètres, velus-tomenteux, un peu hispides-glanduleux. Réceptacles florifères petits (2-5 mill. de largeur), ovoïdes-arrondis, plus ou moins hispides-glanduleux, un peu velus à la base. Sépales allongés, lancéolés, entiers, insensiblement atténués en une longue pointe un peu dilatée au sommet, à dos glanduleux, fortement tomenteux-velus à la face interne ct sur les bords, étalésdressés pendant l’anthèse. Corolle assez petite, à pétales assez étroits, émarginés denticulés au sommet, s’épanouissant incomplétement. Étamines se développant mal et comme avortées, à anthères privées de pollen bien organisé. Styles un peu velus, saillants au-dessus du disque, égalant environ les étamines, mais non réunis en colonne.
Pour exposer, dansleurs moindres détails, les différences et les ressemblances qui séparent ou rapprochent cette forme étrange des deux espèces que je considère comme ses ascendants, car je suis persuadé que nous avons affaire à une hybride, il faudrait y consacrer plusieurs pages : je me contenterai de faire une comparaison établie sur les traits principaux. La villosité et la glandulosité des ramuscules florifères tiennent du R. rugosa, mais les aiguillons étant arqués rappellent ceux du À. multiflora; celui-ci a imprimé sa flexuosité aux axes qui, dans le À. rugosa, sont plus roides et presque droits. Les laciniures des stipules et des bractées sont dues au R. multiflora, mais la dilatation des ailes stipulaires et des bractées est due au R. rugosa, de même que leur glandulosité. Les folioles, pour la forme, tiennent de l'un et de l’autre types, mais leur glandulosité et leurs dents composées doivent être attribuées au À. rugosa. Le mode d’inflorescence rappelle le R. multiflora, de mème que la petitesse des fleurs et
l’exsertion des styles. L'action du R. rugosa s'est fait sentir sur les sépales qui sont entiers, terminés par une longue pointe, non réfléchis pendant l’anthèse et, après celle-ci, se relevant comme cela se voit dans le groupe des Cinnamomées.
La facon dont les fleurs s’épanouissent, l’atrophie ou l'avortement du pollen, font prévoir que cette Rose ne peut arriver par elle-même à fructifier; aussi M. Koltz qui l’a observée depuis 1849 dans le pare de Walferdange, ne l’a jamais vue en fruits. Il serait intéressant de la féconder artificiellement avec le pollen du R. rugosa, espèce qui réussit bien dans nos jardins, afin de voir si, par un ou plusieurs croisements, on ne verrait pas revenir cette forme au type de Thunberg que je considère comme l’un des ascendants de cette hybride.
M. Lebas, dans la Revue horticole, 1875, p. 460, dit que le R. Iwara a été introduit du Japon vers 1855, or, nous voyons que déjà von Siebold, son introducteur, l'avait lui-même planté dans le parc de Walferdange dès