‹ Primitiae monographiae rosarumChapitre 65 sur 174 · Rosa elymaitiea Boiss. et Haussk · texte numérisé non relu

Rosa elymaitiea Boiss. et Haussk

Cette espèce est l’une des plus belles acquisitions que Île genre ait faites depuis longtemps. Il y a plusieurs années, quand j'examinai la belle série d'échantillons que M. Haussknecht me communiqua après son retour d'Orient, je reconnus immédiatement, dans cette curieuse forme, une espèce nouvelle et très-distinete. Je proposai à ce savant voyageur

de la lui dédier sous le nom de R. Haussknechtiana, mais comme je ne voulus pas profiter indiscrètement de sa bienveillante communication, je ne publiait pas l'espèce et c’est plusieurs années après que MM. Boissier et Haussknecht lui donnèrent le nom de R. elymaitica.

La découverte du R. elymailica avait déjà été faite par Aucher Eloy, qui en a distribué des échantillons sans nom d'espèce avec l'étiquette : « Persia. — Aucher Eloy. Herbier d'Orient, n° 1459 » (Herbier Cosson), et plus tard par M. de Bunge, selon ce que rapporte M. Boissier à la page 675 du 2 volume de son Flora Orientalis.

Le R. elymaitica, auquel il faut réunir le R. albicans Godet, est un type extrêmement intéressant et dont le classement naturel est assez embarrassant, à cause de la réunion de divers caractères qui lui sont propres. Avant de diseuter la place que doit occuper cette forme dans la série des espèces, je vais en donner une description détaillée, faite sur les matériaux de ma propre collection et sur ceux que m'ont communiqués MM. Haussknecht et Cosson.

Rosa elymaitica Boissier et Haussknecht F{. Or., II, p. 675; R. albicans God. F1. Or., I, p.675; R. Haussknechtiana Crép. in litt. non Boissier in loc. cit., p. 656; Haussknecht Iter Syriaco-Armeniac., 1867, no 569a, et 1868, no V ct Lter Orientale, 1867, n° 569 et 570; Aucher Eloy Herbier d'Orient, n° 1459.

Argissrau. Arbrisseau à tiges s’élevant à 2 ou 5 pieds.

Tices. Tiges roides, gréles, plus ou moins rameuses, assez fortement flexueuses en zigzag, à écorce légèrement purpurine, fortement glaucescente et devenant avec l’âge brunâtre, abondamment aiguillonnées, à aiguillons purpurins devenant brunätres, épars, souvent rapprochés par 2-4 à la base des feuilles, grêles quoiqu’assez robustes, à pointe ord. longue, cylindrique, ord. un peu arquée, plus rarement droite, à base assez épaissie.

RamuscuLes rLORIFÈRES. Ramuscules florifères courts ou assez courts (1-5 cent.), flexueux, glaucescents et ord. un peu purpurins d’un côté, ord. fortement aiguillonnés, à aiguillons semblables à ceux des tiges, mais plus petits.

Feuirces. Feuilles ord. 5-foliolées, plus rarement 7-foliolées. Stipules ord. très-courts (5-10 mill. y compris les oreillettes), glabres ou pubescentes ; celles des ramuscules florifères à ailes plus ou moins larges ou plus au moins étroites, s’élargissant pour former les oreillettes qui sont plus ou moins divergentes, ovales-lancéolées, à bords obscurément denticulés; les supérieures un peu plus dilatées que les inférieures. Pétlioles glabres ou pubescents-tomenteux, inermes ou aiguillonnés, ord. églanduleux. Folioles petites, d’un vert-blanchître, glaucescentes, épaisses et coriaces, simplement dentées, à dents larges et ouvertes, glabres ou plus ou moins pubescentes-tomenteuses sur les deux faces, à nervures assez saillantes, à côte rarement munie de quelques rares glandes, les latérales suborbiculaires ou suborbiculaires-obovales, arrondies ou arrondies un peu atténuées à la base, arrondies ou un peu tronquées au sommet, les terminales suborbiculaires, souvent plus larges que longues, arrondies ou arrondies-tronquées à la base, arrondies ou un peu tronquées au sommet.

Ixrcorescexce. Fleurs solitaires ou réunies par 2 ou 5, accompagnées de bractées. Bractées ord. ovales-lancéolées, à bords superficiellement denticulés, dépassant longuement les pédicelles. Pédicelles trèscourts (1-4 mill.) ou presque nuls, abondamment hispides-glanduleux. Réceptacle florifère ovoïde ou ovoïde-arrondi, abondamment hispideglanduleux, à glandes fines. Sépales ovales-lancéolés, hispides-glanduleux sur le dos, pubescents à la face interne et sur les bords, terminés par une pointe plus ou moins longue et peu dilatée au sommet, les extérieurs munis sur les bords de 1-5 paires d’appendices linéaires ou lancéolés-linéaires entiers. Les sépales sont réfléchis après l’anthèse, mais ils se relèvent pour rester étalés-dressés sur le réceptacle fructifère à l’état persistant. Corolle petite (en moyenne 50 mill. de diamètre), égalant à peu près les sépales, blanche ou rosée. Styles entièrement velus-plumeux, formant au-dessus du disque, qui est un peu relevé sur les bords de l'ouverture, un capitule stigmatique sessile. Réceptacle fructifère assez petit (7-11 mill. de larg.), subglobulcux ou globuleux, arrondi à la base, devenant en septembre d’un rouge foncé et pulpeux.

FLoraison. La floraison a lieu à la fin du mois de juin et au commencement de juillet et la maturation est complète en septembre.

ARE DE pispersiON. D’après les échantillons distribués par M. Haussknecht, cette espèce, propre jusqu'ici à la Perse, croit : 1° dans le Kurdistan, sur le mont Parrow au-dessus de Kirmanscha et dans les montagnes au-dessus de Sihna, à 9000 pieds d’altitude, sur le mont Pir Omar Gudrun, à 5 et 6000 picds; 2° dans le Luristan, à Teng Nalli, à 7000 pieds. D’après M. Boissier, elle aurait été observée à Teheran par M. de Bunge.

M. Boissier, frappé par la longue exsertion des styles au-dessus dudisqueet qui peut atteindre 5 et même 7 mill., a cru trouver dans les styles un caractère spécifique; celui-ci, combiné avec des aiguillons plus longs, peu arqués, des sépales entiers ou peu appendiculés latéralement et des corolles plus petites, lui a fait admettre, toutefois avec quelques réserves, le R. elymailica comme étant spécifiquement distinct du R. albicans. Pour moi, l'exsertion des styles tient à un accident, à l’atrophie plus ou moins profonde des ovaires. Ce qui dénote bien l’état anomal des ovaires, c'est une fleur de lun des échantillons recueillis à Teng Nalli qui a produit au centre de son réceptacle florifère une très-petite foliole enroulée faisant saillie au milieu de styles exserts et atteignant presque la hauteur de ceux-ci à l’aide d’un long pédicule. A quelle cause peut-on attribuer cette atrophie ou cet état anomal des ovaires? Ilme semble qu'il faut en chercher la cause dans Ja nature des ramuscules florifères que je soupçonne être des ramuscules foliifères devenus florifères par aceident. En effet, ces ramuscules nous présentent tout à fait les stipules à ailes étroites et à petites oreillettes des feuilles de la tige ou des ramuscules simplement folifères; ces stipules, au lieu de s’allonger et de s’élargir un peu de bas en haut sur les ramuscules, restent ordinairement

petites et étroites; les fleurs qui sont solitaires ou réunies par deux, sont ordinairement presque sessiles et à réceptacle plus petit et la plupart de leurs organes semblent annoncer qu'elles sont nées par accident et qu'elles ont souffert de leur position anomale. Je crois done que les différences qui ont servi à séparer le R. elymaitica du R. albicans ne sont pas spécifiques. Il reste bien la forme des aiguillons, qui sont plus allongés et alors peu arqués dans le R. elymaitica, mais il y a lieu de penser que cette différence tient simplement à une végétation plus rapide et plus vigoureuse dans les pieds qui ont fourni les échantillons sur lesquels à été fondé le R. elymaitica.

La réunion en une seule espèce des R. elymailica et R. albicans soulève un petit problème de nomenclature assez curieux, mais quil est facile de résoudre. Le R. elymaitica, créé, selon moi, sur un état plus ou moins anomal, étant publié en même temps que le R. albicans, création établie sur une forme normale, lequel des deux noms faut-il adopter? Le plus ancien assurément! Or c’est celui de À. elymaitica qui vient le premier dans le Flora Orientalis et qui, par conséquent, est le plus ancien. On ne peut ici objecter que la description ne s’applique pas à une forme normale de l'espèce et qu'il serait pius rationnel de choisir le nom qui a été appliqué à un état normal du type, car il est admis que les noms spécifiques princeps quoique s'appliquant à des formes d'espèces dénaturées plus où moins par la culture sont admis comme noms de ces espèces.

M. Boissier a constitué avec les R. elymaitica et R. albicans un petit groupe nommé ÆElymaiticae qu'il caractérise de la façon suivante : « Aculei sparsi validi conformes rectiusculi vel uneinati. Flores rosei. Laciniae calycinae

subpersistentes reflexae. Ovaria sessilia. — Grex affinis Pimpinellifoliis sed aculei validi et sepala non conniventia. » Ce petit groupe suit celui des Pimpinellifoliae. Le R. elymaitica (incl. R. albicans) n’est pas aussi voisin des Pimpinellifoliées que le pense le savant auteur du Flora Orientalis. Sa petite taille et la petitesse de ses feuilles le rapprochent en apparence du À. spinosissima, mais au fond il présente des différences qui l'éloignent considérablement de eelui-ci. Tout d’abord ses aiguillons appartiennent à un autre type et rappellent ceux de certaines formes de la section des Montanées ; ses stipules n’ont pas les oreillettes stipulaires des vraies Pimpinellifoliées ; ses folioles sont à paires moins nombreuses ; son inflorescence accompagnée de bractées est tout à fait différente et ses sépales sont assez richement appendiculés ; en outre, ses anthères ne sont pas aussi longues. En somme, cette espèce de la Perse est un type à part et dont la place naturelle est encore à trouver. Par certains caractères, elle semble se relier un peu au À. orientalis.

M. Boissier attribue au R. elymaitica des sépales subpersistants et réfléchis sur le fruit, or si J'en juge par un bel exemplaire en fruits que m'a donné M. Haussknecht, les sépales doivent être persistants et relevés-étalés sur le fruit mür. Le mème auteur attribue à son groupe des Elymaiticae des fleurs roses, tandis que M. Haussknecht indique sur l’une de ses étiquettes que les fleurs peuvent être blanches ou rosées.

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