‹ Primitiae monographiae rosarumChapitre 68 sur 174 · Rosa acicularis Lind · texte numérisé non relu

Rosa acicularis Lind

Le R. acicularis a été décrit pour la première fois comme espèce distincte par Lindley en 1820 (Rosar. Monogr., p. 44, tab. 8). Aniéricurement, Pallas (Flora Rossica, 1784) l'avait rapporté au R. alpina. La description qu'en avait faite Lindley ayant principalement été rédigée sur des pieds cultivés et la figure qu'il en a donnée étant assez mauvaise, 1l en est résulté que certains auteurs russes n'ont pas reconnu le type de ce botaniste dans la plante si répandue dans le nord de l'Asie. C'est ainsi que M. de Bunge, dans le Flora Allaica de Ledebour (1850), le décrit sous le nom de À. (mmelini et que dans une note il dit : « Certe non R. acicularis, quae affinis, sed differt petiolis inermibus, foliolis glabris, pedunculis inermibus, sepalis angustissimis. » À son tour, M. Turezaninow l'a distribué sous le nom de À. baicalensis. Enfin, pour une de ses formes occidentales, M. Fries, en 1846 (Summa vegetabilium Scandinariae, p. 171), lui donne le nom de R. carelica.

L'identité spécifique des formes désignées sous ces divers noms a été reconnue en 1846 par C.-A. Meyer, dans son remarquable mémoire intitulé : Ueber die Zimmtrosen insbesondere über die, in Russland wildwachsenden Arten derselben (Mémoires de l'Académie impériale des sciences de St-Pétersbourg, 6° série, tu VD.

Meyer distingue deux variétés : 4 hypoleuca : foliolis subtus evidenter glaucis; 5 Gmelini : foliolis subtus pallidioribus non vel vix glaucescentibus.

On ne doit pas être étonné qu'un type spécifique distribué sur une vaste étendue des régions du nord et qui, peut-être, fait le tour de l'hémisphère boréal, soit assez variable. Les deux variétés décrites par Meyer sont deux états des folioles qui passent insensiblement de l’un à l’autre, et, sous ces deux états, il se présente un assez grand nombre de variétés qui diffèrent entre-elles par des caractères offerts par les divers organes : tige, rameaux, feuilles, fleurs et fruits. Il n'entre pas dans mes intentions de décrire actuellement toutes les variétés et d’en démontrer l'identité spécifique. Plusieurs d’entre elles peuvent facilement en imposer au botaniste qui n’a pas fait une étude approfondie de l'espèce sur de riches matériaux, et moi-même, avant que j'eusse suivi pas à pas le R. acicularis dans son immense aire de distribution, j'ai été tenté d'élever au rang d'espèce plusieurs variétés. C’est ainsi que j'avais désigné, dans l’herbier royal de Berlin, sous le nom de À. discolor, une forme recueillie par M.Maximowiez en Mandschourie le long de l'Amour, forme que j'ai revue dans l’herbier de l’Académie de St-Pétersbourg provenant de la même région et récoltée par le même voyageur, ainsi que par M. Glehn. Une autre forme, également recueillie en Mandsechourie par M. Maximowiez, a été désignée par moi, dans l'herbier royal de Berlin, sous le nom de À. amurensis.

Jusqu'ici, on n'avait point signalé au Japon, soit le R. acicularis, soit une espèce voisine de ce type; or dans l’herbier du Jardin botanique de St-Pétersbourg, j'ai vu une magnifique série d'échantillons en fleurs et en fruits d’une forme sinon spécifiquement identique avec le R. acicularis, du moins très-voisine. Elle a été recueillie en 1864 par M. Tschonoski, à Fudzi jama (Nippon). En 1871,

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M. Lange, de Copenhague, m'en a envoyé des échantillons provenant de graines distribuées par le Jardin botanique de St-Pétersbourg. Dans l'herbier du Jardin botanique de St-Pétersbourg, j'ai réuni cette forme au R. acicularis, mais, depuis lors, il m'est venu des doutes sur cette assimilation. La plante japonaise présente bien les principaux caractères de l'espèce sibérienne ; elle a peut-être pour souche cette dernière ou toutes deux ont peut-être le mème type ancestral, mais, au point de vuesystématique, on devra probablement les tenir séparées et les considérer comme deux espèces. De mème que dans la forme sibérienne, la forme japonaise a des axes sétigères, mais les aiguillons sétacés sont généralement un peu moins délicats; les sépales sont entiers et persistants et le mode d'inflorescence est le même. D'un autre côté et ce qui me parait important, c'est que les feuilles des ramuscules florifères sont 5-b-7-foliolées dans la plante japonaise et que les pousses radicales stériles ont des feuilles 9-11-foliolées, tandis que dans la plante sibérienne, les feuilles des ramuseules florifères sont 5-5-foliolées, rarement 7-foliolées et que les pousses stériles ont des feuilles 7-foliolées. Je me propose done de désigner provisoirement la plante du Japon sous le nom de À. nipponensis.

Meyer à rangé le R. acicularis dans la section des Cinnamomeue, qu'il divise de la façon suivante :

Series I. SUBINERMES.

R. alpina L.

R. blanda Ait.

Sentes II. ACICULARES.

R. stricta Donn.

R. acicularis Lindl.

FA /s/

Series III, DIACANTHAE.

R. Woodsii Lindl.

R. californica Cham. et Schlecht.

R. laxa Retz.

R. cinnamomea L.

R. amblyotis Meyer.

Series IV. LASIOCLADAE.

R. rugosa Thunb.

Tenant compte des aflinités naturelles, le À. acicularis se rapproche plus du R. alpina que de À. blanda, espèce qui doit être rangée dans le voisinage immédiat du R. cinnamomea. La forme du R. alpina désignée habituellement sous le nom de R. pyrenaica, a la tige et parfois les rameaux sétigères, mais toutefois beaucoup moins que le R. acicularis ; dans ce dernier état, la Rose des Alpes se distingue facilement par ses feuilles qui sont 3-A-foliolées et non pas Ÿ-3-foliolées. Il existe encore d’autres caractères distinetifs entre ces deux types.

On peut maintenant se demander si le R. acicularis n'est pas un type cireumpolaire et ne passe pas dans les régions septentrionales de l'Amérique en se modifiant plus ou moins? Ce fait n'aurait rien d’étrange et ne serait point isolé, car on connait bon nombre de types plus ou moins boréaux qui habitent le cerele entier de notre hémisphère, soit en conservant exactement les mêmes caractères spécifiques, soit en se modifiant plus ou moins. Je crois done qu’on peut répondre aflirmativement à la question. En effet, j'ai vu dans l'herbier de Kunth, conservé dans lherbier royal de Berlin, un échantillon étiqueté de la facon suivante : « Rosa acicularis. Terra Hudsoniea (W.-F. Hooker misit). D'Grisebach ded. 1857 » qu'on peut rapporter au À. acicularis. Celui-ci n’est point

signalé dans le Flora Boreali-Americana de Hooker, mais il est possible qu'il a été confondu, dans cet ouvrage, avec le R. blanda. En second lieu, M. Bourgeau à recueilli dans le bassin du Saskatchawan une Rose sétigère que j'ai désignée, dans l'herbier royal de Berlin, sous le nom de R. Bourgeauiana et que maintenant je crois pouvoir rapporter au À. acicularis. Cette plante présente bien quelques différences avec les formes sibériennes, mais j'estime que ces différences ne constituent pas des caractères spécifiques.

Il y a done tout lieu de croire que le R. acicularis est répandu dans le nord de l'Amérique, comme il l’est dans le nord de l'Asie et de l'Europe.

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