Rosa oxyodon Boiss
Ruprecht, dans l'exploration qu'il fit dans les montagnes du Caucase en 1860 et 1861, rechercha d’une façon toute spéciale les Roses de cette région et en récolta une riche série, qui est actuellement conservée dans l'herbier de l'Académie de St-Pétersbourg. Parmi les formes recueillies, il est une espèce fort intéressante, nouvelle pour la science et qui enrichit le Caucase d’un représentant du genre analogue au R. macrophylla de l'Himalaya et au R. alpina des montagnes d'Europe, je veux parler du R. oxyodon, dont l’une des variétés avait été rapportée par Ruprecht à notre R. rubrifolia d'Europe.
Ayant étudié les matériaux du R. oxyodon que M. Boissier a eus à sa disposition, ainsi que ceux des À. oplisthes et À. haemalodes créés par ce savant, je suis arrivé à découvrir que ces trois espèces ne constituent en réalité qu'un seul type spécifique.
Dans le Flora Orientalis, les R. oxyodon et R. oplisthes sont rangés dans la section des Pimpinellifoliae, qui comprend en outre les R. pimpinellifolia, R. tuschetica Boiss., R. alpina, R. djimilensis et R. armena. Telle que la comprend M. Boissier, cette section est composée d’éléments bien hétérogènes. C’est ainsi que sa var. tomentella du R. pimpinellifolia ne peut être rapportée spécifiquement à ce type, que le À. tuschetica est incontestablement une variété de R. glutinosa Sibth. et Sm. Quant aux À. oxyodon et R. oplisthes, ils ne peuvent, selon moi, ètre associés au R. pimpinellifolia. Ce qui a provoqué l’association faite par M. Boissier, c'est l'aspect de certains
(43) 507 spécimens de son R. oxyodon, dont la tige offre d'assez nombreux aiguillons grèles et sétacés; mais la présence de ces aiguillons sétacés n’est peut-être qu'accidentelle ou bien ceux-ei ne se produisent qu'à la partie inférieure des tiges. Ce qui peut encore arriver, comme on le voit dans le R. cinnamomea et dans d’autres types, c'est que les aiguillons sétacés envahissent toute la tige des arbustes grèles et chétifs. Je crois donc qu'on ne doit donner qu'une valeur secondaire à la présence de ces aiguillons sétacés et que dans le R. oxyodon, les aiguillons appartiennent normalement au type faiblement arqué, parfois presque droit, tel qu'on l'observe chez les R. rubrifolia Vill. et R. montana Chaix.
M. Boissier distingue son R. oplisthes du R. oxyodon, par des aiguillons tous conformes, par des folioles à dents simples, par un réceptacle chargé de longues soies glanduleuses et enfin par des sépales pinnuiés. J'ai déjà dit qu'il fallait tenir peu compte des aiguillons sétacés du R. oxyodon, en sorte que le caractère distinetif qu’ils ont fourni disparait ; quant à la dentelure des folioles, on sait combien elle est variable dans le même type et, du reste, il est à remarquer que les dents, chez le R. oxydon, sont bien composées et non pas « subbiserratis » et que chez le R. oplisthes, elles sont doubles dans les feuilles inférieures des ramuscules florifères et seulement simples dans les feuilles supérieures. Un sépale du R. oxyodon m'a montré deux pinnules à sa base et, au surplus, le rameau fructifère qui a servi à M. Boissier pour décrire le fruit de son R. oplisthes appartient bien à la forme qu'il désigne sous le nom de R. oxyodon, et les sépales y sont bien pinnulés. On le voit, il reste assez peu de chose pour distinguer ces deux formes, dont M. Boissier soupconnait déjà les étroites
affinités, et, à moins de tomber dans les créations de types secondaires, il faut les réunir spécifiquement.
En voyant le R. haematodes classé loin des R. oxyodon et R. oplisthes dans la section des Caninae, on pourrait croire qu'il offre de profondes différences avec ces derniers ; il n'en est absolument rien et il ne peut s'élever le moindre doute, à mon avis, sur l'identité spécifique de cette forme avec les deux autres. M. Boissier a été trompé par des apparences individuelles qui, dans ce genre, répétonsle, peuvent en imposer aux plus habiles observateurs. Les sépales dans le À. haematodes ne sont pas à la fin
réfléchis et caducs, mais bien redressés, couronnant le fruit
jusqu’à sa maturité complète et persistants.
Si l’on voulait tenir compte des différences présentées par les échantillons de l'herbier de Ruprecht qui ont servi à établir le R. haematodes, on pourrait subdiviser cette forme en plusieurs espèces secondaires.
A la suite du R. haematodes, M. Boissier a décrit un R. didoensis, qui appartient peut-être encore au même type spécifique que les R. oxyodon, R. oplisthes et R. haematodes, mais les matériaux qui le représentent, dans l’herbier de Ruprecht, ne sont pas suflisamment nombreux pour que j'aie pu me former une conviction à cet égard.
Le R. oxyodon (incl. R. oplisthes et R. haematodes) est un type qui parait jusqu'ici propre aux régions orientales du Caucase, type offrant des variations parallèles à celles d’autres types similaires. Sa place naturelle est marquée entre le R. alpina et le R. rubrifolia, mais il se rapproche, semble-t-il, plus de ce dernier et constitue un passage vers la section des Caninae.
Pour terminer, j'ajouterai que ce type est actuellement cultivé chez M. Lavallée, à Segrais, où il a été élevé de
graines provenant directement du Caucase. A en juger d’après les échantillons qu'en a rapportés tout récemment M. Marchal et qu'il doit à l'obligeance de M. Hérineq, c'est une forme à dents simples dans les feuilles des ramuscules florifères, à dents irrégulièrement doubles dans les feuilles inférieures des pousses radicales. Celles-ci sont chargées, du moins dans leur partie inférieure, de nombreux aiguillons sétacés épars. Il semblerait done que les pousses stériles, au moins dans leur portion inférieure, sont sétigères, mais il reste à voir si cette particularité est bien constante. Dans la plante cultivée à Segrais, les pédicelles et les réceptacles sont lisses et les sépales ne sont pas pinnulés.