‹ Primitiae monographiae rosarumChapitre 71 sur 174 · Rosa Beggeriana Schrenk · texte numérisé non relu

Rosa Beggeriana Schrenk

Le R. Beggeriana est resté, jusqu'à présent, un type mal apprécié et classé dans une section à laquelle il n’appartent pas. Il à été décrit par Schrenk, dont la description ne m'est connue que par le Repertorium botanices systematicae de Walpers et le Flora Rossica de Ledebour. Walpers classe l'espèce dans la section Synstylae DC., et Ledebour, dans la section Nobiles de Koch à la suite du R. arvensis Huds. Schrenk, trompé par les apparences, a cru voir des styles soudés en une colonne courte et velue:; or rien de semblable n'existe normalement dans les nombreux spécimens authentiques que j'ai étudiés dans l’herbier de l'Académie de St-Pétersbourg et dans celui de M. de Bunge. Les styles sont parfaitement inelus et les stigmates forment un capitule sessile au-dessus du disque. Le créateur de l'espèce aura sans doute vu, sur certains

510 (EAN

échantillons desséchés, les styles devenus exserts par la contraction du réceptacle florifère ou fructifère, chose qui se présente dans d’autres types à styles inclus. C’est là une remarque dont on doit tenir compte quand on examine des Roses desséchées.

Le facies du R. Beggeriana n'est du reste pas celui des vraies Synstylées ; cette espèce constitue un type à part qui ne peut rentrer dans aucune des anciennes sections établies par les monographes. Avant d'exposer que's sont les caractères de cette curieuse plante, je dois lui réunir diverses formes que de bons phytographes, nullement imbus des principes de subdivisions, ont cru devoir élever au rang d'espèce. C’est ainsi qu'une étude approfondie des riches matériaux des herbiers de St-Pétersbourg, de Paris, de Berlin et de M. Cosson, m'a démontré l'identité spécifique des R. Beggeriana, R. Silverhjelmii Schrenk, R. Lehmannia Bunge et R. Regelii Reuter. Je puis ajouter à cette liste une cinquième Rose cultivée au Jardin des plantes de Paris, élevée de graines recueillies par M. l'abbé David en Chine, et à laquelle M. Decaisne applique le nom de R. coriosma.

La forme Beggeriana, que je considère comme le type, a les folioles à dents simples, ainsi que le R. Regelii, qui devient un simple synonyme ; la forme Silverhjelmii a les folioles à dents généralement-doubles, ce qui existe aussi dans le R. coriosma; enfin la forme Lehmanniana à les folioles glanduleuses en dessous, à dents composées-glanduleuses. Entre ces trois états, il existe des transitions qui ne laissent aucun doute sur la parfaite identité spécifique de ces einq prétendues espèces.

Nous avons vu que le R. Beggeriana avait été classé parmi les Synstylae; le R. Silverhjelmii a été rangé dans

la section des Cinnamomeae; le R. Lehmanniana a été rapporté avec doute aux Cinnamomeae ; Reuter rangeait son R. Regelii dans une section inédite, celle des Pisocarpae Boiss. FL. Or. mss. (Catalogue des graines recueillies en 1867 au Jardin botanique de Genève, p. 4) ; enfin M. Boissier (Flora Orientalis, I, p. 678) classe le R. Lehmanniana dans la section des Diacanthae Godet, section qui comprend, dans une première subdivision, le A. cinnamomea et dans une seconde, les R. anserinaefolia Boiss., R. lacerans Boiss., R. Lehmanniana et R. cabulica Boiss. Ainsi que nous le verrons tantôt, le savant auteur de la Flore d'Orient eut bien fait de persister dans ses premières idées au sujet de la deuxième division de ses Diacanthae et de maintenir son groupe des Pisocarpae qui est bien distinet de celui des Cinnamomeae, auquel il ne peut en aueune façon être associé. Toutefois, si je critique cette association, je dois dire que M. Boissier a bien jugé les affinités qui unissent les espèces du second groupe de ses Diacanthae.

Dans l'herbier de l’Académie de St-Pétersbourg, j'ai réuni dans une même section, que je désigne sous le nom de Microcarpae, les R. Beggeriana (incl. R. Silverhjelmii, R. Lehmanniana) et R. anserinaefolia (incl. R. lacerans).

En comparant les descriptions qui ont été données des R. Beggeriana, R. Regelii, R. Silverhjelmii et R. Lehmanniana, on pourrait croire que les caractères de linflorescence et des stipules sont assez différents dans ces cinq formes ; cela provient de ce que les descripteurs n'ont pas tenu compte et n’ont pas apprécié à sa valeur une partieularité très-curieuse du R. Beggeriana, celle d’avoir ses rameaux foliifères fréquemment couronnés par des fleurs. Ces rameaux foliifères peuvent être d'assez longues

pousses ou de prompts bourgeons naissant dans le voisinage des inflorescences normales. Les longues pousses ou branches foliifères peuvent se terminer par une inflorescence très-multiflore, portant même jusque 50 fleurs. C'est sur ces longues pousses que M. de Bunge a décrit son R. Lehmanniana. Dans ces rameaux foliifères. transformés en ramuseules florifères, toutes les stipules sont semblables ou à peu près : ce sont des stipules de rameaux foliifères, à ailes étroites, à oreillettes petites etdivergentes ; d'autre part, dans les inflorescences, les bractées et les bractéoles sont étroites et petites. Au contraire, dans les ramuseules florifères normaux, les stipules vont en se dilatant plus ou moins de la base au sommet des axes, à oreillettes plus larges et dressées ; les bractées et bractéoles sont plus ou moins dilatées; les inflorescences sont moins multiflores que les autres. En second lieu, dans les rameaux etramuseules foliifères devenus florifères, les feuilles sont généralement 9-foliolées, tandis que dans les ramuseules florifères normaux, elles sont 5-7-foliolées. Il résulte de ces faits que l'aspect général de ces deux sortes de rameaux ou ramuseules florifères est assez différent et peut facilement en imposer à l'observateur qui méconnait le phénomène dont il vient d'être question.

Avant de m'étendre sur d’autres particularités du R. Beggeriana, je vais en faire une description établie sur les riches matériaux que j'ai eus à ma disposition.

Rosa Beggeriana Schrenk £nwm. pl. novar., p.75; Walp. Repert. bot. syst., 1, p. 11; Ledeb. F1. Ross., Il, p. 82; R. Silverhjelmii Schrenk Bull. de la classe phys. et math. de l’Acad. de St-Pétersb., W, p.195; R. Lehmanniana Bunge PI. Lehm., p. 287; Boiss. FI. Or., I, p. 678; R. Regelii Reuter Cat. gr. Jard. Gen., 1867, p. 4; R. coriosma Dene Hort. Paris.

Arenisseau. Arbrisseau de taille moyenne et ne paraissant pas dépasser ord. un mètre de hauteur, à tiges tantôt roides, érigées, tantôt gréles et plus ou moins décombantes.

Tices. Tiges et rameaux à écorce d’un vert clair et glaucescent, brunissant par l’âge. Aiguillons jaunâtres, épars dans la partie inférieure des tiges, les uns très-grêles, un peu arqués, presque sétacés, les autres plus robustes et plus fortement arqués, devenant régulièrement géminés, plus robustes, plus fortement arqués dans la partie supérieure des tiges et sur les rameaux.

Rauwuscuces rLorirÈres. Ramusecules florifères normaux ord. courts, à écorce d’un vert clair et glaucescent, aiguillonnés, à aiguillons régulièrement géminés et semblables à ceux des rameaux.

Feuizces. Feuilles des tiges et des rameaux foliifères ord. 9-foliolées ; celles des ramuscules florifères, 5-7-foliolées. Stipules assez petites et assez courtes, glabres, pubescentes ou pubescentes-glanduleuses en dessous, finement denticulées aux bords, à ailes étroites dans celles des rameaux foliüfères et celles de la base des ramuseules florifères, à oreillettes petites, étroites et divergentes, à ailes devenant plus larges dans celles du sommet des ramuseules florifères, à oreillettes ovales-triangulaires et dressées. Pétioles glabres, pubescents ou pubescents-glanduleux, ord. aiguillonnés, à aiguillons petits et jaunâtres. Folioles ord. petites, d’un vert gai, plus ou moins glaucescentes, pubescentes ou glabres sur les deux- faces, plus rarement glanduleuses à la face inférieure, simplement ou doublement dentées ou à dents composées-glanduleuses, ord. ovales-clliptiques, un peu alténuées-arrondies à la base, brièvement pétiolulées, assez brusquement aiguës au sommet, dentées jusqu’au tiers inférieur ou jusqu’à la base.

Ixecorescexce. Fleurs en corymbe plus ou moins multiflore (5-12 fleurs) dans les ramuscules florifères normaux, parfois très-multiflores dans les ramuscules anomaux (jusque 50 fleurs). Bractées ovales-lancéolées, acuminées (plus étroites et plus petites dans les ramuscules anomaux), les secondaires égalant le sommet ou les deux tiers des pédicelles, glabres, pubescentes ou glanduleuses. Pédicelles grèles, lisses ou modérément hispides-glanduleux, de longueur variable, tantôt assez longs, tantôt courts, dressés ou un peu recourbés à la maturité. Réceptacle florifère très-petit (1-2 mill. de larg.}, ellipsoïde, ovoïde, ou subglobuleux, devenant promptement globuleux après l’anthèse. Sépales petits, entiers, ovales-lancéolés, terminés par une pointe eflilée plus ou moins allongée,

lisses ou plus ou moins glanduleux sur le dos, étalés après l’anthèse et plus ou moins promptement caducs. Corolle petite (25-50 mill. de diamètre), à pétales blanes, étroitement obovales, plus ou moins échancrés au sommet, dépassant un peu les sépales. Styles velus-laineux, à stigmates formant un capitule sessile. Réceptacle fructifère très-petit (en moyenne 5 mill. de long. et de larg.), globuleux, à parois très-minces, devenant à la maturité d’un rouge-noirâtre. Akènes très-petits et nombreux dans chaque réceptacle.

Var. «. genuina (R. Beggeriana Schrenk ; R. Regelii Reutcr). Folioles à dents simples.

Var. 8. Silverhjelmii (R. Sülverhjelmii Schrenk; R. coriosma Dene mss.). Folioles à dents la plupart doubles.

Var. 7. Lehmanniana (R. Lehmanniina Bunge). Folioles glanduleuses en dessous, à dents composées-glanduleuses.

Fionaisox. D’après les indications recucillies sur les étiquettes d’herbiers, cette espèce fleurit et fructifie en juillet et août. Au Jardin botanique de Genève, les fruits sont déjà mûrs au mois de juillet, tandis qu’à Copenhague et à Berlin, la fructification ne parait avoir lieu qu’en septembre. En considérant la production fréquente de prompts bourgeons florifères et la transformation de rameaux foliifères en rameaux florifères, je suis porté à croire que cette espèce fleurit longtemps et peut avoir sur le même pied et en même temps des fleurs et des fruits.

Aime DE Dispersion. Schrenk indique son R. Beggeriana dans la vallée du Koksu, c’est-à-dire vers la latitude du 45e degré et vers le 92e degré de longitude ; il signale son À. Siverhjelmii dans la vallée du Tschu ; M. de Bunge indique son R. Lehmanniana dans le bassin du Sarafschan au-dessus de Samarkand. Ces trois localités sont échelonnées dans le Turkestan, du sud-ouest au nord-est, entre le 85e et le 92e degrés de longitude. D’après les nombreux échantillons recueillis par Schrenk que j'ai vus dans divers herbiers, les variétés x. genuina, B. Silverhjelmii et y. Lehmanniana ne sont pas isolées sur des points différents du Turkestan, mais se rencontrent toutes trois dans les mêmes régions. Le R.coriosma proviendrait de la Chine et peut-être des régions nord-ouest de cet empire. D’après une indication de l’herbier du Jardin botanique de St-Pétersbourg, les graines du R. Regelii élevé au Jardin botanique de Genève auraient été recueillies en Mandschourie par M. Maximowiez. Il résulterait de ces indications que le R. Beggeriana oceuperait, en longilude, une aire extrémement étendue de dispersion.

Cette aire de dispersion est cependant dépassée par celle du R pimpineliifolia qui de l'Islande s’étend à la Mandschourie, et par celle du R. acicularis qui parait être circumpolaire.

Le R. Beggeriana ne peut, je le répète, se confondre avec aucune autre espèce étrangère à la section des Microcarpae. Ses petites fleurs blanches, son réceptacle florifère très-petit, son fruit de la grosseur d’un petit pois, la teinte de son écorce, de ses folioles et de ses aiguillons, lui donnent un cachet tout spécial et bien remarquable.

Pour terminer, je dois faire quelques observations sur le fruit. Celui-ci parait mürir très-vite, et J'ai vu, dans la mème frutescence, des fruits parfaitement mürs à côté de réceptacles encore verts et couronnés par les sépales. Son enveloppe est mince et tellement délicate que sur tous les échantillons fructifères desséchés que J'ai examinés, les sépales ont disparu des fruits mürs en emportant avec eux le disque et le col du réceptacle et de façon à mettre à nu l'extrémité des akènes supérieurs. Jusqu'ict, à l'exception du R. anserinaefolia Boiss., aucune autre espèce ne m'a présenté cette singulière et bien eurieuse particularité.

Page 1